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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Sur un air de Phélan-Ségur !

Vendredi 31 Aout 2007, 12:38 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 1534 fois
Gare de Lausanne, un soir vers minuit. Que fait-on quand on a manqué le train ? Décrire ce lieu improbable. S’y arrêter.
Observation. Elle n’est plus qu’échos sonores. Bruits de pas dans le lointain. Sur le quai. Rumeur sourde.  Souvenir d’un Phélan-Ségur. Tout à l’heure. Ce n’est plus l’heure. Un remarquable 2001, fin et stylé, d'une grande fraîcheur, servi au Lausanne-Palace sur un Pavé de thon mi-cuit au poivre de Sarawak, caviar d'aubergines aux graines de sésame. Très bel accord imaginé par le chef-sommelier des Crayères à Reims et réalisé par le chef Edgar Bovier. Thierry Gardinier a invité quelques importateurs pour une soirée amicale autour de Phélan-Ségur. Tour de table habituel sur le prix des Bordeaux, sur les hausses, sur le marché. Les grands vins et les autres. J'aime beaucoup la Suisse qui nous le rend bien, dit Thierry visiblement très content d'être là. Nous aussi, on t'aime bien Thierry ! Ne manquez pas son Phélan-Ségur 2006 en primeur. Je viens de le regoûter. C'est incontestablement le meilleur Phélan-Ségur produit à ce jour!
 
Thierry Gardinier, le Phélan-Ségur 1989 en double-magnum, c'est mieux ! Surtout avec un Truffé chocolat amande pour amateur de cacao... 
 

Gare de Lausanne, un soir vers minuit. Est-ce le moment de penser à ce Filet de bœuf rôti entier du Simmental (décidément, quelques Français commencent à le savoir : nous avons un des meilleurs bœufs du monde !) avec sa réduction de bordelaise à la moëlle et pommes écrasées à la ciboulette, merveilleusement accompagné par un Phélan-Ségur 1996 ? Les saveurs demeurent. Impressions fugaces. Système limbique.

Décrire ce lieu que l'on ne fait que traverser. Toujours en partance.
Observation. La gare n’est plus qu’échos sonores. Bruits de pas dans le lointain. Sur le quai, trois cheminots. fluorescents,  sur un banc. Comme endormis ou prisonniers d'un songe, de destinations lointaines. Connaîtront-ils un jour le bonheur d'un air de Phélan-Ségur ?

Rumeur de la gare, réverbération des sons dans les souterrains et les couloirs. Ne montez pas. Pour aller où ?

Et ces lumières. Blafardes, trouées de points rouges. Feux d’arrêt. Dans le lointain une locomotive. Accroché derrière elle, un convoi. Trois points blancs en triangle. On part dans la nuit. "La Poste est partout chez vous". ""Vos médicaments meilleur marché 7 jours sur 7". Vigile sur le pas du magasin. Protectas. "Mon père est alcoolique". SGA affichages. Modules qui tournent comme les rouleaux d’un océan. "Pêches de minuit à 4.70 kg." Conversations dans le lointain. Qu’est-ce qui se dit ? A quelle heure arrivera le train ?
Ecrire sur le temps qui passe – quel est le temps d’une gare ? Lieux de passage. Qu’est-ce qui passe ?
Et toujours la litanie des pauvres mots, exsangues, étalés, collés sur les affiches : Doner Kebab, le petit à 5 frs.  Best sellers  en vitrine. La littérature à l’estomac. On vend des peaux de chats en Suisse. On vend des rêves. Le retour de la bête. Ce que ses fils ont gardé d’elle. Il y a dix ans une princesse de pacotille s’écrasait sur le pilier d’un pont. "Tendances : Les hommes jeunes c’est mieux !" L’aube le soir ou la nuit, de qui est-ce déjà ? Pourquoi Darrieusecq éprouve-t-elle le besoin de déclarer que "sa fiction est hantée" ? Histoires de plagiat / histoires parisiennes. Chercher l'inspiration. Là où elle se trouve... Ni d’Eve, ni d’Adam. Parce que je t’aime. "Il y a cinq ans leur petite fille a disparu. Un jour le téléphone sonne : on l'a retrouvée. Vivante." Guide des moments du vin. Elle à table. "Nous nous permettons de réduire vos coûts et d’augmenter votre revenu...." Swissmilch.ch. "Partez, surfez, rêvez..." Engagez.

 

 

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robert johnson dit

Que faire dans une gare, la nuit ? On peut fredonner "Love in Vain" et avoir une pensée pour Robert Johnson....qui a dû voir pas mal de gares la nuit, quand il n'y avait même plus l'espoir d'un dernier train...

"....when the train left the station, it had two lights on behind,
Well the blue light was my Baby and the red light was my Mind.
All my loves in vain...°

R. Johnson

Vendredi 31 Aout 2007, 13:17 GMT+2 | Retour au début

mauss dit

C'est très beau, Robert, très beau…

Vendredi 31 Aout 2007, 22:22 GMT+2 | Retour au début