A Bordeaux, les vendanges se poursuivent sous un ciel céruléen. Château Bellevue à St-Emilion a rendré ses derniers merlots hier soir. Sara la petite japonaise qui commence à avoir le virus du vin y était. Elle est revenue sur un nuage, juste à temps pour seconder Serge Pulfer lors de la soirée consacrée à la cuisine japonaise et aux vins. C’était hier soir au Kotobuki une soirée C.A.V.E. : tout le monde a adoré, paraît-il. Il faut dire que le chef est vraiment excellent. Une adresse à découvrir. C’est à la rue Fort-Barreau 23 à Genève, juste derrière la gare. Je mettrai bientôt en ligne le menu et les vins.
Un autre qui doit être sur un nuage, c’est Hubert de Boüard, le dynamique propriétaire de château l’Angelus : un nom mythique pour moi car, je le rappelais il y a quelques jours à Michel Bettane, les deux premières bouteilles dont j’ai fait l’acquisition à mes débuts d’œnophile, un Angelus 1967 et un Latour 1968. Pour les millésimes, j’avais des circonstances atténuantes… La nouvelle est désormais officielle et je peux donc en parler : la famille de Boüard de Laforest vient en effet de racheter ses parts à la famille de Coninck et devient ainsi co-propriétaire de 50 % du château Bellevue à St-Emilion.
Bellevue, un terroir magique mais les investissements sont loin d'être terminés et le château vient d'être rétrogradé...
Prix de la transaction ? Dix millions d’euros pour 3.5 ha, ça fait cher le cep de vignes mais le rêve n’a pas de prix. En 1938, Maurice de Boüard, le grand-père d’Hubert, lorgnait, paraît-il, déjà sur cette propriété qui domine l’Angelus. La famille de Lavaud reste propriétaire de la moitié et nul doute qu’avec le savoir-faire d’Hubert de Boüard on va encore attendre parler de Bellevue. En attendant, ceux qui doivent rigoler, ce sont les de Coninck : en sept ans, Nicolas Thienpont et Stéphane Derenoncourt ont su réveiller ce «Bellevue au bois dormant» et révéler le potentiel de ce terroir magnifique qui m’avait particulièrement frappé. Voici ce que j’écrivais à son sujet en 2001.
"Les arpenteurs du St-Emilionnais ont repéré depuis longtemps la situation exceptionnelle de cette propriété de 6.5 ha sur la côte sud, dans le prolongement de Beauséjour Duffau-Lagarosse, juste au-dessus de l’Angelus. Le tandem de choc Nicolas Thienpont et Stéphane Derenoncourt est en place depuis 2000 pour lui donner le souffle qualitatif qui lui faisait défaut jusqu’à ce jour. Le résultat ne s’est pas fait attendre avec ce Bellevue 2000 (80 % merlot – 20 % cabernet franc) au corps mémorable, ferme, dense, parfaitement tramé, aux notes d’herbes sèches, de tabac et d’épices, à la minéralité affirmée."
(Vinifera 24 consacré aux Primeurs 2000. Cotation du Bellevue 2000 : quatre étoiles).
Demeure cette question : sur quelles harmoniques fonctionnera à l'avenir la triade constituée par le bouillant Hubert de Boüard et le duo redoutablement efficace formé par Nicolas Thienpont et Stéphane Derenoncourt, une paire qui a fait ses preuves sur d'autres crus célèbres du voisinage (Pavie-Macquin et Larcis Ducasse notamment) ?