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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Bob Dylan, notre histoire.

Samedi 13 Octobre 2007, 23:55 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 12854 fois
Il symbolise à lui seul toute la jeunesse du monde. Ce moment unique où, dans notre histoire récente, est apparue une entité, ce continent inconnu, l’espèce nouvelle dont l’éthologie resterait à inventer, la jeunesse… D’autres, auparavant, avaient déjà eu vingt ans, des espoirs, des affres plein les mirettes, Nizan et ses frères de douleur, des comètes incendiées ; d’autres encore, longtemps déjà, y auront brûlé leur âge, princes des clameurs et des silences, revenus de rien, des Harrar intérieurs, amputés de leur vie... Mais Dylan ? «Je vois les garçons de l’été en leur perdition» (Dylan Thomas). Ou comment Robert Zimmermann est devenu Bob Dylan…
 
 
Far between sundown's finish an' midnight's broken toll
We ducked inside the doorway, thunder crashing
As majestic bells of bolts struck shadows in the sounds
Seeming to be the chimes of freedom flashing
Flashing for the warriors whose strength is not to fight
Flashing for the refugees on the unarmed road of flight
An' for each an' ev'ry underdog soldier in the night
An' we gazed upon the chimes of freedom flashing.

Bob Dylan, Chimes of freedom (extrait), 1964, une des plus belles…
A la suite d’autres biographes, François Bon est allé à la recherche de Dylan, a suivi ses traces, imaginé le puzzle, renouvelé le genre. Que sait-on d’une légende, de la façon dont elle se constitue, de l’époque qu’elle traverse. Et vous, embarqués avec. A des âges identiques, parcourus de courants souterrains, multiples : y pressentiez-vous la même chose ? nourrissiez-vous les mêmes révoltes ? La vie de Bob Dylan, comme un rêve qui n’a cessé de nous habiter.
C’est l’histoire d’un siècle. Qui commence par un exil. Odessa 1907. D’où arrivent les Zimmerman. Hibbing, la cité minière où l'hiver a les couleurs de l'éternité ; Duluth, le port sombre, les cornes de brume des cargos qui vous vrillent dans la nuit. Comme si vous étiez «creux en dedans» se souvient Dylan. C’est dans ce creux que naîtra la légende et la musique pour la dire. François Bon, l’écrivain, reconstitue les signes, décrypte les ruptures et les filiations (Woody Guthrie). Devenir Dylan, c’est comme n’être le fils de personne, se dire un jour qu’il est temps de partir, de s’arracher de tout cela, de ce qui vous englue dans une ville perdue au fin fond du Minnesota. Voir ce qu’il y a derrière l’horizon. S’inventer des ruptures qui sont autant de lignes de fuite. Dans l’éloignement progressif. Des lieux et de son nom : Fargo. Puis Minneapolis. Printemps 1960: Bobby Zimmerman – «lesté d’un autre monde et d’autres images » (F. Bon) – va devenir Bob Dylan.
 
Question : Bob Dylan, c'est vraiment une déterritorialisation ? Gilles Deleuze : Oui, oui. Qu'est-ce que c'est, musicalement, la voix de Dylan? C'est une espèce de voix blanche. C'est très curieux. Elle est de plus en plus nasale.
(Cours sur la musique, Vincennes, le  8 mars 1977)
 
On ne se fait pas tout seul. On ne devient pas le héraut de toute une génération sans se nourrir de la parole des autres, de tous ceux qui, insoumis, visionnaires, vous ont précédé sur ces chemins-là, vous ont passé, sans que, au début, vous ne le sachiez même, vous ont transmis le témoin. François Bon raconte cette histoire. Avec passion, érudition et le style de l'écrivain. Cette quête. Denver d’abord, l’Exodus. Puis, New-York, sous la neige. Arrivé dans une Impala défoncée. Deux jours et deux nuits de voyage à parler et à dormir. Un 24 janvier 1961. Avec juste ce halo, ce flou qui entoure les mystères. La géographie des débuts. The Wha. La rencontre avec les passeurs. Izzy Young d’abord. La mue a véritablement commencé. Elle va durer un an. Bob Dylan est entré dans ce nom qu’il s’est choisi, a fait corps avec lui, celui de son époque. Astre inconnu, Dylan se rêve orphelin, enfant trouvé de la chanson. Woody Guthrie sera le père de substitution. Les premières chansons de Dylan, celles de Woody, protest-singer avant l'heure... On garde ces images du Dylan de cette période. Un gamin ébouriffé, farouche plutôt que réellement timide, faux air de prolétaire, négligé, débraillé même, toujours fauché. Il apprend très vite, s'imprègne des courants et des énergies du temps. Une véritable éponge, diront certains. Tout Bob est dans cette urgence, aller au-devant de  ce qui l'attend, quelque part. Et les rencontres toujours, qui vous font et vous défont. John Lee Hooker. Farina. Paul Clayton. Robert Shelton. John Hammond.  Les filles, bien sûr. Celle dont on tombe amoureux, Suze Rotolo. Qui un jour le quittera. Plus tard, Joan Baez l'attendra sur le chemin de la gloire. Une autre histoire. Ces lieux qu’il hante des nuits durant, le Gerdes, le Gaslight. Le premier disque, enregistré en novembre 1961, au titre si peu évident encore : Bob Dylan… On ne comprendra Dylan, rappelle F. Bon, que si on relie sa trajectoire (son destin ?) à ce que furent les incertitudes, les grandes secousses et les déchirements de ces temps-là : construction du mur de Berlin, crise des missiles cubains, assassinat de J.F. Kennedy… La suite, vous la lirez dans Bob Dylan, une biographie de François Bon. Aux dylaniens de la première heure (dont je ne fais pas partie : j’avoue avoir mis longtemps à l’aimer, jusqu’au jour où j’ai lu les paroles…), aux autres, aux convertis, aux récalcitrants, à celles et ceux qui veulent comprendre quelque chose de notre époque, à ceux qui n’étaient pas nés à ce moment-là (ou qui sont en passe de mourir à leur jeunesse), je recommande vivement sa lecture.
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Arlo G. dit

Tant de chansons éternelles écrites par Raz. Pourquoi choisir. En attendant :
Let me drink from the waters where the mountain streams flood
Let me smell of wildflowers flow free through my blood
Let me sleep in your meadows with the green grassy leaves
Let me walk down the highway with my brother in peace.
Let me die in my footsteps
Before I go down under the ground.

Lundi 15 Octobre 2007, 10:13 GMT+2 | Retour au début

yves dit

et l'apport d'hugues Auffary à Bob: pas négligeable!

Lundi 15 Octobre 2007, 20:46 GMT+2 | Retour au début

ayves dit

auffray mais vous aviez rectifié

Lundi 15 Octobre 2007, 20:46 GMT+2 | Retour au début

“I started out on Burgundy but soon hit the harder stuff" Bob Dylan

Samedi 2 Octobre 2010, 14:15 GMT+2 | Retour au début