Sur la route de quelques épices.
J’y viens de temps en temps acheter des épices, découvrir de nouveaux produits, un sel rare de l’Himalaya ou de Hawaï. Avec la sacro-sainte boulangerie de Wolfisberg, il fait partie de mes haltes obligatoires à Carouge. Je savais, distraitement, que c’était également un restaurant mais l’occasion ne s’était pas présentée de le découvrir vraiment. Voilà qui est fait et si j'étais sujet à regretter quoi que ce soit, je serais malheureux presque de n’avoir franchi plus tôt la porte de ce comptoir... On y déjeune ou on y dîne dans de minuscules salles au milieu d'une théorie de très jolies filles. A peine plus de vingt couverts au total. Ou alors, tout de go, après avoir traversé la cuisine (minuscule), on peut prendre quartier dans le magasin lui-même, au milieu des fragrances d’épices et de poivres du monde, dans un décor qui oscille entre la machine à remonter le temps et l’épicerie Elisseievski avec des bougies parfumées (un peu) et des lumières de fête. Une grande table conviviale, le bois cérusé qui craque, une Arvine du sorcier Abbet à l’apéritif, et vous voilà partis pour un beau voyage gourmand sous la houlette bienveillante de Francine Mattei, l’hôtesse des lieux.

Ravioles de crustacés aux saveurs thaïlandaises
Domaine des Lauzières (2002) No 5762, Astérie, Vin de table français. Assemblage de grenache avec 20 % de clairette. L'idée était là, d'allier un tel vin, produit par le duo Pillon-Schlaepfer du côté de St-Rémy, mais un boisé intempestif, un peu rustaud, le fige trop dans sa gangue pour que la rencontre se fasse vraiment.
Château Pontac Monplaisir 1999 Pessac-Léognan
Un rouget peut-être un peu trop vigoureusement saisi mais cela croustille, crisse et la coriandre porte bien son nom de fraîcheur. Joli plat. Malheureusement, le vin ne suit pas. Il ne sera jamais au diapason. Un cassoulet lui conviendrait davantage. A moins qu'il ne demeure à jamais à fond de cale.
Finisterre 2003, Poggioargentiera, IGT Toscane

Même si nous étions au calme, pas poursuivis, on s’est rattrapés avec le dessert, vraiment remarquable et un accord aux subtiles harmoniques.
Tendre biscuit amandine et sa chibouste aux fruits exotiques
Empreinte passerillée 2000, domaine le Grand Clos.
Noblement épicé, il développe des notes aromatiques orientées sur la mûre, le cassis, avec un côté réglissée. La bouche allie merveilleusement une trame assez ferme caractérisée par un tannin très raffiné à une texture voluptueuse. C’est une des très belles réussites du secteur mais, au classement subjectif des participants à la dégustation, c’est le moins bien placé. Normal, c’est un Pauillac mais dans quelques années il sera superbe.
Il s’est un peu refermé par rapport à ma dernière dégustation mais demeure magistral. Sorti en tête des vins du millésime lors d’une dégustation du GJE, il confirme sa grande race dans un style opulent, un peu exotique au niveau du boisé, mais profond dans ses arômes et ses saveurs, au corps solaire, généreux de très grande tenue. Une grande réussite !
Apparu sur la scène médiatique pour la première fois en 1991, Valandraud est passé du statut de « vin de garage » (c’est même à son propos que l’expression a été inventée par Michel Bettane), à celui de notable avec près d’un ha de vignes aujourd’hui. Choisissant deux 1999, je voulais illustrer la notion de terroir et de millésime avec, dans le cas de Valandraud, un vin qui arrive doucement à son apogée (la robe et l’expression aromatique présentent d’ailleurs quelques signes d’évolution). Le corps est souple, de forme ronde, assez chatoyante mais la structure manque un peu de relief et d’unité. C’est plaisant, savoureux mais Jean-Luc Thunevin a fait beaucoup mieux !
On termine cette dégustation avec un vin que je n’avais pas goûté depuis un certain temps. Alors, là, c’est la grande classe. La couleur est superbe, d’une jeunesse incroyable. Le nez, complexe, racé, se développe sur des notes de cèdre, de fruits noirs, d’épices. Le corps est superbement tramé, dense, ascendant, avec une longue finale séveuse. Ce vin n’a pas pris une ride. Je me souviens que lorsque je l’avais goûté pour la première fois en Primeurs je lui avais trouvé un air très St-Julien. Ce qui, après tout, est bien la moindre des choses. Il l’a gardé avec une noblesse et un raffinement dans l’expression qui le classent parmi les meilleurs.
Cet article a été commenté 3 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
mauss dit | Bon, ben, on va être bref : à mon prochain passage à Genève, va falloir m'amener là. Yti des chances de voir le célébrissime Dr Bonobo ? On sussure, ici et là, que certaines épices sont nécessaires à sa vigueur légendaire ! |
Jacques Perrin dit | Oui, mais les homards, ici, ne font pas 3.5 kg. Alors, ce sera selon votre appétit. A vous de voir ! |
mauss dit | Va falloir que je pique dans l'assiette du Dr Bonobo : et je sais qu'il n'aime pas ça du tout ! |




























