Krach boursier : où sont les gourous ?
Alors qui faut-il croire, le visionnaire ou l’économiste ? Etant entendu qu’ "un économiste est une personne capable d'expliquer rationnellement le lendemain ce qu'elle avait été incapable de prévoir la veille." Dont acte !
Lundi 21 janvier les Bourses asiatiques et européennes ont dévissé en chœur. Chute d’une ampleur inconnue depuis le 11 septembre 2001.
Aujourd’hui, mardi 22 janvier, la Réserve fédérale américaine, la Fed, a baissé son taux directeur à 3.5 % (la plus forte baisse depuis une quinzaine d’années). Sans effet escompté sur Wall Street qui continue sa baisse.
Toujours les fameuses subprimes ! Ces crédits hypothécaires accordés à des millions d’Américains incapables de les rembourser, revendus dans des pochettes-surprises par ceux qui les ont émis, splittés, camouflés, packagés et vendus à d’autres, des stratèges de la finance, encore plus madrés, qui les ont les ont fourgués à d’autres (y compris, souvent, à ceux-là même qui croyaient s’en débarrasser) plus loin sous un nouvel emballage…. On appelle cela mutualiser le risque.
Dans une récente interview donnée à Libération, Dean Baker du Center for Economic and Policy Research, évalue à 2200 milliards de dollars la perte partielle due à l’effondrement du marché immobilier. On peut y ajouter une autre bombe à retardement, celle des credit cards pre-approved offertes «gratuitement » à des centaines de millions d’Américains. Le résultat est aujourd’hui un encours monstrueux sans doute encore supérieur à celui des subprimes, soit environ 2500 milliards de dollars.
Des produits destructurés
En ligne de mire se trouvent les Collateralized Debt Obligation (CDO). Ces produits obligataires structurés ont dopé artificiellement le marché américain de l’immobilier et de toute forme de crédit, attirant dans leur nasse pigeons et investisseurs de tous horizons, banques, fonds d’investissement, caisses de pension, etc. Structurés, vraiment ? S’il est un adjectif dont il faudra à l’avenir se méfier, c’est celui de collatéral. Lors de la première guerre du Golfe, les stratèges du Pentagone nous servaient déjà ce brouet !
Où sont les responsables ?
A l’heure des comptes, on cherchera en vain des responsables. Beaucoup ont depuis longtemps pourtant tiré la sonnette d’alarme. Un des amis, économiste, professeur d’université, pas du tout marqué politiquement à gauche, s’étonnait déjà il y a une dizaine d’années des aberrations d’un système où les « richesses » produites par la spéculation boursière supplantent allègrement celles produites par la valeur «travail», où les Etats-Unis financent leur déficit en vivant à crédit sur le reste du monde. Actuellement, pour éviter la faillite, le système américain est contraint d’emprunter deux milliards de dollars par jour…
Toujours selon Dean Baker, si, au milieu de la cohorte des spéculateurs et des grands pestidigitateurs, il existe un responsable en chef, c’est bien "Alan Greenspan, l’ex-boss de la Fed. Il a ignoré les lois de régulation du marché du crédit, qui aurait pu limiter les abus. Aujourd’hui, il réécrit l’histoire en tentant de s’exonérer. Il dit qu’il ignorait le scandale des subprimes ou qu’il n’a pas été prévenu. C’est faux." (Interview à Libération).

Peur de passer pour de mauvais prophètes ou des oiseaux de mauvais augure ? Le château de cartes est-il prêt de s’écrouler ? Qui veut encore jouer aux dominos ?
Certains, tel Marc Fiorentino d’Euroland Finance, vont plus loin: après le dégonflement de la bulle immobilière aux Etats-Unis liées au subprime, il prédit l’implosion de la bulle chinoise
«Le problème, c’est qu’on continue à faire croire aux gens que la Chine est un Eldorado, on les fait investir dans des usines qui tournent à vide et on construit de plus en plus d’usines pour attirer de l’argent et continuer à prendre des commissions ». (…) La Chine est pour moi la plus grosse mascarade de ces quatre dernières années. Le plus grand danger est l’explosion de la bulle chinoise. On s’en approche puisque la première digue, celle de l’immobilier qui tenait l’économie américaine à bout de bras vient de tomber.»
L’oiseau de Minerve.
Entre prédictions et supputations, entre délires interprétatifs (sur la fin de ceci ; la fin de cela) et cynisme arrogant, entre vision et économie, entre ignorance et mondialisation, la tentation est grande parfois de s’en remettre aux ailes de la chouette, oiseau de mauvais augure pour certains, oiseau de Minerve pour d’autres. Comme s’il était impossible de choisir entre l’incertitude du futur et la sagesse souveraine. «La chouette de Minerve ne prend son envol que la nuit» (Hegel).
Cet article a été commenté 8 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Ticho dit | Et si tout cela était orchestré pour faire payer au Monde entier la guerre en Irak et en Afghanistan? |
bernard dit | Si tout cela était orchestré, ne serait-ce pas accorder un crédit énorme, disproportionné, à l'intelligence des stratèges américans ? Ceux qui vont tirer parti de cette crise, ce sont les "fonds souverains" tapis dans l'ombre qui ont su attendre leur heure. Ils sont déjà en train de s'immiscer dans la vénérable UBS... |
Heeter dit | |
Heeter dit | Enigme |
Laurentg dit | Prémonotoire. |
Laurentg dit | Le gourou discrédité |
Laurentg dit | Le gourou discrédité |
Alfredo dit | 10 Gaffes by Doomed CEOs : |





























