Une vie romanesque.
Un livre traversé de part en part par une vitalité joyeuse et frondeuse, écrit au burin et à la gouge, poli comme une pierre de lune par le temps et l’infinie patience de ceux qui savent qu’aucune soif n’est extinguible parce que la soif fait partie de la vie comme la musique jaillit du silence.
Un objet à ne pas mettre entre toutes les mains : altérés, adventistes, atrabilaires, frileux du coude, autistes du gosier ou pourfendeurs de silènes, s’abstenir !
Libraire retiré de la passion des livres, noceur céleste, érudit de la vie, ami de Jim Harrison, Gérard Oberlé a quitté depuis longtemps son Alsace natale, dont il a gardé pourtant un goût certain pour la démesure, cachée derrières les apparences bien lisses de la phrase, pour monter à Paris. Depuis une trentaine d’années Gérard Oberlé vit dans le Morvan.
On peut lire Itinéraire spiritueux comme un Bildungsroman, un roman de formation : au goût, à ses sortilèges, ses folies, ses excès... On y croise une galaxie de personnages étonnants, vivants ou disparus, emportés dans cette sarabande dionysiaque, ce tourbillon affolé des sens, des riboteurs de première, des affidés de la riboudingue.
L’enfance d’abord, à Saverne, "ma mère était bien trop jolie pour être heureuse". C'est dit. Le trouble de comprendre un jour que, dans sa solitude même, l’ivrogne n’est jamais seul :
"Vise un peu celui-là, mon petit. On peut dire qu’il n’est pas seul !"
Arrive, bien sûr, pour notre jeune lettré le temps de la première biture... Rituel initiatique.
Les années de formation au métier de vivre mettent un sérieux coup d’accélérateur. Oberlé tient une librairie de livres anciens, rue Henner, à Paris. Dans son antre, que l’on devine un peu sombre, "se pointent à l’heure du Chablis" Jean-Claude Carrière et Luis Bunuel, Louis Malle ou Milos Formann accompagné de "quelque jeune actrice qui, disait-il, savait lire." Des frangines aussi, des vraies, vaillantes, avec leurs godelureaux, tout un petit monde foisonnant, appliqué, dur à la tâche, sachant varier les plaisirs.
Les lois de l’hospitalité
Paris est peut-être le centre du monde mais le livre justifie son titre. Il s'agit bien de trouver sa route quelque part. Nous voilà débarqués, au chapitre IX, dans le Val d’Aoste, chez Renzo, un ami comme on en fait plus. Les lois de l’hospitalité sont sacrées, impérieuses, chez cet homme d’une libéralité qui frôle la magnificence.
Cuisinier éblouissant, collectionneur de vins encyclopédique parachevant l’œuvre commencée par son père, Renzo a amassé dans ses caves plus de cinquante millésimes de ce que l’Oenotria recèle de meilleur. Ou la rencontre de l’œnophile et du bibliophile : "L’œuvre d’un écrivain et celle d’un vigneron sont toutes deux l’aboutissement de savoirs ancestraux, de méditations, d’efforts, d’intuitions et de raffinements infinis."

Les vins, les grands auteurs.
Dans cette quête infinie, cette noria festive, les vins sont de la partie, viatiques obligés, passeurs de rêve, même si l’auteur concède quelques infidélités avec des tord-boyaux.
Les Baroli pour lesquels Oberlé invente la redoutable expression «être barolisé», le Sciatettra de Cinque Terre, le Montlouis de François Chidaine, les grands bordeaux, tels le Talbot 1945 ou le Montrose 1928 dégustés dans le restaurant à la mode de ces années-là, La Ciboulette, juste en face de Beaubourg ; où officiait, maître d’œuvre vêtu de tenues flamboyantes, Jean-Pierre Coffe. Auquel Gérard Oberlé rend un vibrant hommage.
Défile également le cortège des grands auteurs, férus en libations, les Jarry, Cingria ou Norge qui, souvent, convia Oberlé à dîner "avec des anges connaisseurs de grands vins." Qui n'eût aimé faire partie de ces anges ?
La perfection entre l’intitulé et l’objet décrit. Un forme de haïku transposé au monde du vin.
On referme bientôt ce livre «écrit par amitié» avec une nuance de regret.
Gérard Oberlé, Itinéraire spiritueux, 272 p. Grasset
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manuel casel dit | " globaliser" |
Loizobleu dit | Bonjour, vous n'êtes pas là ? Mince. Comment ai-je fait pour tomber chez vous ? Ne le sais pas. Mais c'est festif : je vais m'en régaler d'un petit verre de vin partagé invisiblement auprès des dunes d'Ali. |




























