Mai 68 : comment changer la vie (suite).
L’agitation qui caractérise le quarantième anniversaire de cet événement, les interprétations complètement différentes, contradictoires, aberrantes parfois, qui en sont données, témoignent à mon sens du caractère vivace de ce bouleversement, de la charge d’émotion qui lui est associée et de la difficulté actuelle de comprendre ce qu’a été Mai 68, d’en intégrer les forces, d’en assumer l’héritage, d’en revendiquer l’originalité.
Ainsi, a-t-on pu observer, ces derniers mois, chez certains hommes politiques, certains penseurs également – qui sont sans doute définitivement passés à côté de ce pan de l’histoire – des crispations significatives autour de la question de la pédagogie notamment mais aussi, paradoxalement, autour d’une société addictive à la consommation dont Mai 68, en promouvant l’hédonisme individuel instantané, aurait été en quelque sorte le modèle…

Qui est sourd au grand mouvement du rock qui a commencé au milieu des années cinquante a peu de chances de comprendre quelque chose au séisme qui mettra une quinzaine d’années, le temps d’une génération, à déferler comme une lame de fond qui emporte tout sur son passage ! Mai 68 n’est qu’une des manifestations, certes particulièrement significative, d’une série de mouvements tectoniques, inconnus jusque-là, inouïs, à travers lesquels, émerge peu à peu un monde pluriel, complexe, libre. En fusion.
C’est une première évidence : Mai 68 vient de beaucoup plus loin que Mai 68. C’est un héritage sans légataires. Et qui, à son tour, d’une certaine manière, ne laissera pas d’héritiers.
A travers ces strates, ces modulations, ces recompositions, des tribus nouvelles apparaissent, des minorités, des devenirs singuliers qui dynamitent les images traditionnelles, les représentations collectives sur ces « continents » oubliés, les jeunes, les femmes, les artistes, la vie, la vraie…
Deuxième évidence : le lien, la force qui va révéler ces possibles, révéler ces sources nouvelles, installer durablement ces énergies, la vague qui va tout emporter est avant tout musicale. Mai 68 est la crête acérée d’un immense maelstrom, une chanson de geste, une épopée dont les hérauts s’appellent Elvis Presley, Bob Dylan, Jimi Hendrix, les Beatles, les Stones, les Doors, Janis Joplin, le Jefferson Airplane, le Grateful Dead, Steppenwolf, the Who, tant d’autres encore.

Regardez ce qui se passe en 1967, cette vitalité musicale, ce feu soudain, cet atelier des rythmes, des paroles et des sons nouveaux. Tout est (presque) là, tout annonce ce qui se passera un an plus tard. Voir ici même : 1967, année lysergique
Mai 68, la manifestation du devenir
Dans l’Abécédaire, Gilles Deleuze livre son interprétation de Mai 68, prenant le contre-pied de la plupart qui ont vu, un peu rapidement, dans ce mouvement le triomphe de l’imaginaire.
Selon Deleuze, au contraire, Mai 68 représente «une bouffée de réel à l’état pur», le réel comme événement intempestif dans lequel les gens, les désirs, les foules, les individus ont été pris, aspirés, amplifiés :

"Un philosophe est un homme qui ne cesse pas de vivre, de voir, d’entendre, de soupçonner, d’espérer, de rêver des choses extraordinaires, à qui ses propres pensées semblent venir du dehors, d’en haut ou d’en bas, comme des événements ou des coups de foudre à lui destinés. " (Nietzsche, Par- delà bien et mal)
«Et cependant tout le monde veut respirer et personne ne
peut respirer et beaucoup disent « nous respirerons plus tard ».
Et la plupart ne meurent pas car ils sont déjà morts.»
Mai 68 et les phénomènes de devenir. »
Elisabeth Badinter, Honnie soit la nouvelle bien-pensance
André Comte-Sponville
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musil dit | Il est effectivement rare d'avoir à propos des années 68 (j'insiste sur le pluriel) une position historique. "Mai 68" n'est pas un "évènement", découplé de l'histoire des mouvements sociaux; à noter que la réduction au mois et aux deux derniers chiffres de l'année est un indice du traitement que la plupart des caciques actuels proposent, le circonscrire (circoncire!) au plus près, le décontextualiser, en faire une récréation étudiante! 9 millions de grévistes, la plus grande grève générale depuis les années trente, un chef d'état aux velléités putchistes, rappelez-vous Baden-Baden, la montée en puissance de la contestation sociales dans divers pays ... tout cela s'est prolongé jusqu'en 1973 : la signature du programme commun! ( ne pas oublier qu'en 68 la CGT tirait déjà la gueule, le désordre c'est comme la chienlit, ça ne plaît pas au Grand Frère). |
Jacques Perrin dit | Merci Musil pour cet éclairage très intéressant et cette évocation : on y est, on se retrouve dans le bain mais arrive-t-on à imaginer la suite ? |
MrBark dit | je suis admirative du sens critique doint tu fis preuve |
Armand dit | Je l'ai pas (encore) lu, mais j'ai vu une photo que je connaissais. Pourquoi ne pas indiqué l'auteur de cette photo? |
Jacques perrin dit | L'injustice est réparée. De plus, Gérard Uferas est un superbe photographe. Grâce à vous, Armand, je connais maintenant un peu mieux sont oeuvre. |
Luc dit | APPEL EMEUTES LES NUIT SUIVANT |
Heeter dit |





























