BIENVENUE SUR Le Blog de Jacques perrin
RECHERCHE
Accueil> Chemins d'altitude > L'ami de John Harlin : Dieu est-il un auteur anonyme ?
Jacques Perrin

Le Blog de Jacques perrin

Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

L'ami de John Harlin : Dieu est-il un auteur anonyme ?

Dimanche 25 Mai 2008, 22:25 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2602 fois
« Le hasard, c’est le pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer » écrit Corinne Desarzens dans son dernier livre, Tabac de Havane évoluant vers le chrysanthème, qu'elle vient de m'adresser.
J’avais prévu de vous en parler aujourd’hui...

Dans son livre, l’auteur mentionne une histoire que j’ai écrite il y a plusieurs années, Conversations dans l’Eigerwand.
Dans la terrible paroi nord de l’Eiger, nous suivons la progression d'une cordée qui, le soir, au bivouac, se livre à un étrange rituel : la dégustation d’un château Margaux, hommage indirect au grand alpiniste John Harlin, disparu dans cette face.
 
Les saxifrages
 
Ce matin, après un détour hier par le Val Ferret pour admirer le jardin alpin de Jef, notamment ses saxifrages, et goûter la cuisine de l’excellent Jean-Maurice Joris des Alpes à Orsières, une impulsion, une nécessité, retrouver les montagnes (vous aurez remarqué que, avec ces voyages incessants, les « chemins d’altitude » sont devenus rares sur ce blog ) et monter, si les conditions le permettent, jusqu’au refuge de Plan-Nevé.
Le ciel arbore une mine des mauvais jours et il y a encore beaucoup de neige en altitude, soit : j’aviserai plus haut…
De toute façon nulle âme dans les parages à qui demander mon chemin, ni promeneur, ni haruspice.
 
Cabane de Plan-Névé, un promontoire idéal sur le Chablais.
Surgit un grand gaillard, bronzé, détrempe sportive, les traits burinés par l'âge, visiblement affûté pour une course sérieuse.
 
Je l’interroge sur l’état des névés sommitaux.
Il confirme mes craintes. Parle de l’utilité d’un piolet, de crampons peut-être…
 
Le doute commencerait-il à me tarauder ?
Je m’apprête à quitter ce frileux, à tenter un baroud d’honneur lorsque j’entends une autre chanson avec une pointe d’accent anglo-saxon que je n’avais pas perçue initialement :
       – Je n’avais pas l’intention d’aller de ce côté mais, si vous le souhaitez, nous pouvons tenter le coup et y aller ensemble !
Banco !
 
L'ami de John Harlin...
 
On s’ébroue, traverse des sentes forestières, gagne peu à peu de l’altitude.

La conversation roule sur la montagne, sa beauté, des dangers, les plaisirs de l’escalade, le trophée des Muverans, son couloir glauque qui remonte le Pacheu, le miroir d’Argentine…

Arrêt bref pour se désaltérer et scruter le ciel avec son manteau épais de nuages. Une buse nous survole. Nous continuons à parler de montagne ; soudain, cette évocation, ce souvenir, étrange et douloureux, dont l’écho se perd dans le silence…
       – Je suis arrivé en Suisse pour enseigner à l’école internationale de Leysin. J’ai fait plusieurs courses avec John Harlin.              Je devais d’ailleurs faire partie de l’équipe de logistique lors de la tentative qui lui coûté la vie à l’Eiger en 1966.
 
Le trailer tiré de The Alps, le film qui met en scène John Harlin Jr sur les traces de son père à l'Eiger : c'est très "américain" mais les images sont somptueuses.
 
Ai-je rêvé ? Je demande à mon inconnu de  répéter ce qu’il vient de me dire, de me donner des détails.

Le hasard, ce dieu farceur, a mis sur mon chemin, Niggel, un des amis de John Harlin au moment même où je suis en train de retravailler le texte, assez prémonitoire, que je lui avais consacré !
Comme si le destin nous avait donné rendez-vous ce matin-là du côté de Plan-Nevé...
 
On a fini par arriver là-haut, dans la neige et le froid : il faut encore s'occuper du feu !
 
Il n'y a pas de coïncidences. Il n'y a que des hasards que, parfois, nous mettons toute une vie à interpréter. 
 
La course départ de Pont de Nant (1253 m). Le sentier jusqu’au refuge (2282) est très bien tracé. Actuellement, les névés sommitaux sont encore bien fournis. Equipement "montagne" et prudence requis. Compter encore 2 à 3 semaines avant que l'itinéraire soit totalement en conditions.
Horaire compter 2h30 pour la montée.
Ambiance montagne sauvage avec une très belle perspective sur les Diablerets, Argentine, Grand Muveran et région du Chablais.
Au retour, arrêt obligatoire à l’Auberge du Pont de Nant où, David Favre, un ancien de Roland Pierroz propose une cuisine originale à des prix d’une grande aménité. Petite carte des vins sympa (Devayes, P.A. Meylan, Hortus, Gauby, etc.).
 
David Berger et ses desserts : il fait même un soufflé à la Chartreuse.

Auberge du Plan de Nant

1888 Les Plans-sur-Bex
Téléphone 024/498.14.95
Fax 024/498 34 90
e-mail : info@pont-de-nant.ch
 
 
Lire d'autres articles de la rubrique

Cet article a été commenté 6 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

mauss dit

Voilà un sourire perrinien qui mérite un 10/10.

Un jour, tu écriras les hasards de tes rencontres : tu seras toi-même surpris par ce qu'ils représentent !

Lundi 26 Mai 2008, 02:45 GMT+2 | Retour au début

lory dit

Quelle belle journée dans la nature...la montagne donne tellement de force!

Lundi 26 Mai 2008, 11:31 GMT+2 | Retour au début

Alfredo dit

A lire, peut-être : Eiger, la dernière course par Joe Simpson

Lundi 26 Mai 2008, 14:24 GMT+2 | Retour au début

Hélène et les garçons dit

Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous ! ! !

Lundi 26 Mai 2008, 21:31 GMT+2 | Retour au début

Michel grisard dit

Heureux de te voir reprendre la route des cimes, Jacques.
Pus de 1000 m de dénivelé, avec l'entrainement resto que tu as, c'est pas mal.

Lundi 26 Mai 2008, 23:30 GMT+2 | Retour au début

Joseline Waechter dit

Apparemment, c'est Einstein qui avait dit cette phrase, décidément le plagiat se retrouve partout. Cette dame aurait dû citer sa source, ça n'aurait enlevé à son livre.
"Le hasard, c'est Dieu qui se promène incognito." (Albert Einstein)
conscience.33.free.fr/Tex...

Dimanche 16 Octobre 2011, 08:03 GMT+2 | Retour au début