Qu'est-ce qu'un grand dégustateur...
Avec la montée en puissance des prescripteurs, des revues spécialisées, des palais idoines, depuis quelques années, nous assistons dans le monde du vin à l’émergence d’un fantasme particulier, celui du goût absolu. Dont un seul individu serait dépositaire.
Comme si, passant du monde du vin à celui de la peinture, tous les acteurs de ce marché, artistes, galeristes, journalistes spécialisés et acheteurs n’avaient désormais qu’à s’en remettre à l’avis du critique d’art absolu…
Illusion bien certaine, qu’entretiennent pourtant tous ceux qui, nonobstant les qualités réelles du critique d’art absolu, ont intérêt à ce que le système perdure.
De ce magma de notes, d’écarts types, de courbes de Gauss, pourrions-nous déduire, avec encore plus de certitude, qui sera le Van Gogh de demain et accaparer ses œuvres lorsqu’elles ne valent que le prix du châssis qui les accueille ? Pourrions-nous, vivant dans le premier cercle des proches du grand critique d’art, lire dans ses pensées et savoir, avant tous les autres galeristes, quelle sera demain la cote du génie méconnu ?
Sans qu’on le devinât forcément au début, les choses ont pourtant commencé à bouger, à évoluer vers d’autres directions, comme si le système se contestait de l’intérieur.

Revenons sur terre, parmi nos ceps et nos vignes. Le monde du vin, vous en conviendrez, est infiniment plus complexe, pluriel et ouvert, que le monde de l’art.

Bertrand Le Guern, qui fut le statisticien du premier Grand Jury (celui créé par Jacques Luxey) poursuit également le même travail depuis plusieurs années en corrélant les notes attribuées par une dizaine de dégustateurs lors des dégustations des primeurs à Bordeaux.
1. Les notes sont harmonisées.
2. Le coefficient de chaque dégustateur est calculé. Il mesure pour chacun son accord avec l'avis général. Les dégustateurs sont éventuellement éliminés s'ils diffèrent trop cet avis.
3. Les notes erratiques des dégustateurs non éliminés (différent trop elles aussi de l'avis général) sont éliminées
4. La note finale d'un vin est calculée en pondérant les notes de chaque dégustateur du coefficient de celui-ci.
Ce travail de compilation et d’analyse de Bertrand Le Guern est visible sur son site et mérite attention car il indique des tendances et propose une approche synthétique d’un millésime très intéressante.
« Ce classement n'est ni un plaidoyer pour ou contre tel ou tel vin, ni une attaque contre tel ou tel dégustateur, mais une tentative d'extraire une tendance d'une foule d'informations (parfois contradictoires), ici 7150 (à ce jour).
Le coefficient attribué à chaque dégustateur et figurant en bas des tableaux n'est pas une évaluation des compétences de ce dégustateur, mais mesure son "accord" avec l'échantillon. Plus il est élevé, meilleur est cet accord. »
Cet article a été commenté 8 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Philippe margot dit | C'est ce qui fait l'intérêt de l'avis moyen du Grand Jury Européen par rapport au jugement d'un seul dégustateur pris au hasard ou mondialement réputé. |
Mauss dit | Fascinant : kevin Shin lance exactement le même jour sur le forum de Parker un sujet ± équivalent, sur la notion de "palais absolu". |
Jacques perrin répond | Etrange coïncidence... Quelle conclusion en tire-t-il ? |
Mauss dit | Comme on le sait, sur le forum de Parker, les interventions vont bon train. |
Jacques perrin répond | Suis allé jeté un coup d'œil, si tu crois que j'ai le temps le lire, ne serait-ce qu'en diagonale, 110 interventions. Voici donc, pour les impatients comme moi, l'intervention initiale de Kevin Shin. J'aime bien Kevin quand il a des doutes : |
Mauss dit | C'est LA question fondamentale. Et elle implique en sus une immense modestie et un sérieux sens de la relativité. |
Alfredo dit | Intéressante la remarque sur les "senteurs de pétales de rose fanées" de M. Margot. Elle peut être mise en parallèle avec celles faites par Aristophane dans "Nous sommes tous des exilés tibétains" où il déclarait que nos opinions sont élaborées en fonction d'un certain système de pensée et de valeurs véhiculé par notre éducation. Dans ce sens on m'a dit un jour que si, pour nous européen, la neige était toujours blanche, les esquimaux avaient eux plus de vingt adjectifs différents pour en qualifier la couleur. |
Cretin Hop dit |




























