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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

L'instant Salon...

Lundi 16 Juin 2008, 15:03 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 5156 fois
Une visite chez Salon constitue un moment rare : j’ai rendez-vous ce matin avec Didier Depond, président du directoire de cette maison qui produit, selon moi, la quintessence du très grand champagne.

J’ai déjà relaté ici ce sentiment de complétude que j’éprouve chaque fois que le privilège m’est accordé de déguster un « S » de Salon, un champagne certes atypique (monocru, monocépage, millésimé), qui illustre le caractère visionnaire et l’intransigeance de son créateur, Eugène-Aimé Salon.

On connaît l’importance du storytelling dans l’art de capter l’attention, de susciter l’adhésion, de réenchanter même le monde. L’histoire que nous raconte le champagne Salon appartient à cette catégorie des mythes fondateurs. La voici...
 

L’histoire
Sur la photo que j’ai pu voir de lui au Mesnil sur Oger, Eugène-Aimé Salon ne coïncide pas a priori avec l’image que l’on se fait de l’hédoniste, galant, gourmet, raffiné, amateur d’effervescences diverses : le cheveux ras, le regard distant, compassé, impression renforcée par le port du monocle (?), les traits presque crispés, M. Salon laisse pourtant affleurer une sensualité un peu lourde, presque terrienne, contenue.
C’est sa réussite qu’il affiche dans sa manière de toiser le monde et cette réussite ne doit rien au hasard, ni à la chance.
 


Eugène-Aimé Salon naît dans une famille nombreuse, à proximité du Mesnil sur Oger. Un de ses frères travaille chez Lanson. Presque un anagramme qui, plus tard, aura peut-être son importance !

A douze ans, il arrive à Paris, sans illusions, mais pragmatique : ses seuls rêves sont certainement calqués sur ceux d’un autre Eugène, immortalisé par Balzac dans le Père Goriot. Eugène-Aimé récupère des chiffons, de la ferraille, fait fortune en quelques années.

Pour un jeune champenois ambitieux et pressé, le symbole, la clé ultime de la réussite, passe par le Champagne.
 
La collection des grands champagnes Salon, un voyage dans le temps
 
Eugène-Aimé Salon va créer une marque à son nom pour, dit-on, régaler son palais et celui des amis qui gravitent dans sa constellation. Et là, idée de génie, goût de la provocation et intuition de l’exception que constitue le terroir du Mesnil, le plus minéral de la Côte decs Blancs : il prend tout le monde à contrepied, affiche sa différence : son champagne sera un monocru (Mesnil sur Oger), monocépage (chardonnay) et toujours millésimé. Le premier sera le 1905. Suivront le 1909, le 1911, 1914, 1921, 1925, 1928…

Révélations sur la cave de A.H., à Berchtesgaden

L’histoire est imprévisible, ses détours souvent sinueux…
Le 5 mai 1945, la 2e DB de la division Leclerc arrive à Berchtesgaden. Parmi les soldats se trouve le sergent Bernard de Nonancourt, le fils de Marie-Louise Lanson.
Dans la cave d’Hitler, il découvre plusieurs centaines de milliers de bouteilles de grands vins français, des Bordeaux et des champagnes. Dont un certain nombre de caisses de champagne Salon 1928. Voilà pour la légende ou le storytelling, même si d’autres sources penchent plutôt pour des caisses de champagnes Lanson.

Quelques années plus tard, en 1988, Bernard de Nonancourt, président de Laurent-Perrier rachètera la maison Salon et continuera de maintenir l’esprit de perfection qui fait de chacun des millésimes proposés par cette maison un instant rare.
 
La philosophie de Salon expliquée in situ et les grands millésimes du siècle.

En compagnie de Didier Depond, j’ai pu déguster le nouveau millésime qui vient d’être mis sur le marché, le 1997. Après un très joli Blanc de Blancs de Delamotte, frais et précis et un Blanc de Blancs 1999 complexe et raffiné qui associe des raisins en provenance du Mesnil, Avize, Oger et Cramant, voici le Salon 1997 que Didier Depond considère comme l’antithèse du 1996 : » Je dis volontiers que 1996, c’est Cary Grant et 1997, Audrey Hepburn… »

Alors comment se présente ce Salon 1997 : bulle légère, d’une finesse extrême. Grande finesse aromatique au nez, moins orienté sur la minéralité que le 1996, marqué par des notes hespéridées, florales (fleurs blanches, acacia), léger côté ambré des grands chardonnay, une note de noisette. Superbe bouche, ciselée, dansante, sur un fil harmonique avec une très belle osmose entre le fruit et le minéral.
 
La salle de dégustation de Salon au Mesnil sur Oger

On connaît déjà les prochains millésimes : 1999, 2002, 2004 et 2006. Comme chaque millésime est élevé sur lattes au moins dix ans (douze ans même pour le 1988), le compte à rebours est lancé et il s’agira d’être patient. De toute façon, la demande mondiale excède très largement la production moyenne (60 000 bt) par millésime déclaré et la dégustation d’un « S » de Salon constitue un privilège rare.

Presque rien n’a changé ici depuis les débuts historiques. Ce sont toujours les mêmes parcelles (19) du Mesnil sur Oger qui donnent naissance à ce champagne rarissime. Sauf le Clos Tarin (1.85 ha comme la Romanée-Conti) racheté par la maison Krug en 1971 et rebaptisé Clos du Mesnil avec le millésime 1979.
Telle est la magie d’un grand champagne, ce rapport au temps, à la durée : vient enfin le moment où on le découvre, unique, comme suspendu, c’est « l’instant Salon ».
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Cet article a été commenté 11 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Thierry dit

L'instant Salon c'est quand la carte bleue fond, rien à voir avec l'instant Taittinger.

Je trouve très suspect que souvent les personnes qui ne le payent pas le recommandent.

Ayant régulièrement l'occasion d'en boire (et de ne pas régler l'addition), je trouve le prix totalement décorrelé de la qualité mais très correlé offre < demande comme vous le soulignez.

Si on vous demande ce que vous souhaitez boire quand vous êtes invités, choisissez Salon. Si c'est vous qui régalez, choisissez Comtes de champagne.

Quoiqu'il en soit, très joli reportage.
Merci Jacques.

Vendredi 19 Septembre 2008, 20:18 GMT+2 | Retour au début

François Bonilla dit

Je viens de decouvrir votre champagne salon 1997 je suis restaurateur en espagne a barcelone(Brasserie Flo Barcelone) et il m'a ete recomande par un de mes fournisseurs je tiens a vous dire que j'ai ete profondement deçu le produit etait totalement pla et pour ainsi dire presque totatalment mort en plus il nous a provoque un profont douleur de tete sela me surprent mais je me vois dans l'obligation de dire que le raport qualite prix es totalment injustifie 185€ la bouteille Hors taxes normalment pour les jaours exeptionels je consomme du cristal roderer ou du don perignon j'aimerais croire que cela provient d'une movaise conservation de votre produit a Barcelone atentivement mais profondement deçu François Bonilla

Jeudi 25 Decembre 2008, 14:45 GMT+2 | Retour au début

François Bonilla dit

François Bonilla dit Je viens de decouvrir votre champagne salon 1997 je suis restaurateur en espagne a barcelone(Brasserie Flo Barcelone) et il m'a ete recomande par un de mes fournisseurs je tiens a vous dire que j'ai ete profondement deçu le produit etait totalement pla et pour ainsi dire presque totatalment mort en plus il nous a provoque un profont douleur de tete sela me surprent mais je me vois dans l'obligation de dire que le raport qualite prix es totalment injustifie 185€ la bouteille Hors taxes normalment pour les jaours exeptionels je consomme du cristal roderer ou du don perignon j'aimerais croire que cela provient d'une movaise conservation de votre produit a Barcelone atentivement mais profondement deçu François Bonilla

Jeudi 25 Decembre 2008, 14:45 GMT+2 | Retour au début

Jeudi 25 Decembre 2008, 14:57 GMT+2 | Retour au début

J'ai pour ma part bu un excellent Salon 1995 au domaine.

Salon 1995
Des saveurs spécifiques, d’un raffinement très attractif, font ici florès : minéral, mangue, abricot sec, poire tapée, fruit confit, bergamote, végétal discret, épices (badiane, girofle, cannelle). Irrésistible présence crémeuse, concentrée mais aérienne, toute en finesse corsée et rémanente, dans un style moins musculeux que celui des meilleures cuvées de Jacquesson ou Selosse. Une splendeur, assez inimitable et tellement digeste, qui prouve que le chardonnay (on l’a déjà vu pour certaines cuvées précédentes) sait aussi produire sur la Côte des Blancs (à l’instar du pinot noir en Côte de Nuits), d’éblouissants vins arachnéens, c’est-à-dire denses et légers à la fois (si l’on veut bien accepter l’oxymore), complexes et minéraux.

Grands souvenirs aussi sur 1982, 1988, 1985, 1990 (merci à Lionel L, mo ami sommelier).

Jeudi 25 Decembre 2008, 15:16 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Excellent commentaire Laurent, j'abonde dans votre sens. Dans un registre différent mais émouvant également dégusté hier soir la cuvée Inflorescence de Cédric Bouchard dans l'Aube, un petit chef-d'œuvre de précision, d'équilibre et de minéralité...
M. Bonilla : je précise qu'il ne s'agit pas de "mon" Champagne Salon 1997. Cela dit un accident, ou un problème de conservation, sont toujours possibles. Je plaide pour ce cas de figure. Dommage ! Ne restez pas sur cette (mauvaise) impression : réitérez !

Jeudi 25 Decembre 2008, 15:25 GMT+2 | Retour au début

Informations synthétisées par Pascal Perez lors de la visite de juin 2005 :


Salon ne produit qu’un seul vin.
Ce dernier n’est élaboré que les meilleurs millésimes à partir de 15 Ha de vignes de chardonnay toutes situées au Mesnil-sur-Oger et dont 2 Ha appartiennent en propre à la maison. Les 13 Ha restant sont récupérés sous forme d’achat de raisin.
Le millésime actuellement à la vente est le 1995 et il se trouve être le 34ième de la lignée. Les millésimes à venir sont les 1996, 1997, 1999, 2002 et 2004.
60 000 à 80 000 bouteilles de Salon sont produites sur les millésimes retenus.
La viticulture est raisonnée, les vignes enherbées et des labours sont pratiquées, du moins pour les vignes en propriétés ou sous contrat.
Salon utilise toujours un pressoir traditionnel vertical. Les moûts ne voient jamais de bois et la première fermentation alcoolique est effectuée dans des fûts inox. La fermentation malolactique est bannie.
Les bouteilles sont ensuite bouchées avec des capsules et vieillies 8 ans sur lattes.
Chaque bouteille est remuée manuellement sur pupitre, essentiellement à cause de son creux intérieur (provoqué par son blason), creux dans lesquels les sédiments tombent et que seul un mouvement manuel adapté peut extraire.
Salon est dosé à 6/7 g/l.

Mardi 10 Fevrier 2009, 15:14 GMT+2 | Retour au début

Au domaine :
Salon 1997 : 17,5/20+ - 29/1/09
Senteurs brillantes de coquille d'huître, de citron, de craie, de noisette.
Bouche fermée, droite (un petit air de Chablis), dense et fine. Un style impérieux, fortement minéral, proche de celui du 1988 (et très différent de celui du 1995).

Autres beaux flacons dégustées durant ce séjour :
* Bollinger RD 96 : 17,5/20+ - 28/1/09
* Jacquesson Avize Champ Caïn 2002 : 17/20+ - 29/1/09
* De Sousa Caudalies 2000 : 17/20 – 30/1/09
* Selosse Substance : 17/20 – 30/1/09
* Krug 1998 : 18/20 – 30/1/09

Mardi 10 Fevrier 2009, 15:16 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Merci pour ces précisions et le commentaire sur le 1997, Laurent. Je viens de le regoûter très récemment, dans des circonstances magiques. Superbe finesse, un vrai vin dansant, aérien, moins tendu, moins minéral que le 1996 mais d'une grâce infinie. Pur moment de bonheur !

Mardi 10 Fevrier 2009, 16:24 GMT+2 | Retour au début

Marie Ahm dit

Jacques; I couldn't agree more! The 1997 is a masterpiece... A great example of elegance and finesse. Indeed a wine to be enjoyed at special occasions!

Mardi 10 Fevrier 2009, 16:28 GMT+2 | Retour au début

Présentation particulièrement minérale et austère, pour nous, pour une bouteille juste ouverte (une bouteille en attente ayant été jugée éventée).

Nous avons évoqué avec le jeune homme d'origine sud-africaine qui nous recevait le côté fluctuant de ce vin, parfois souriant, parfois plus acariâtre.

Goûtés auparavant :
Delamotte
Delamotte rosé
Delamotte BdB 1999 : très mûr, à la fois glycérique et pierreux (15,5/20)
Delamotte 1990, dégorgement tardif, doté de belles saveurs évoluées (16/20)

Mardi 10 Fevrier 2009, 16:46 GMT+2 | Retour au début

Il y a 2 jours : Salon 1996

Un Champagne magistral, presque parfait.
Somptueux !

Mardi 12 Juillet 2011, 11:42 GMT+2 | Retour au début