Le présumé scandale du Brunello : état des lieux avec Angelo Gaja.
Certains pays ont-ils davantage vocation à être périodiquement secoués par des affaires et des scandales retentissants ? Ou ces derniers apparaissent-ils plus facilement au grand jour dans ces pays que dans d'autres ?
Pour s’en tenir au monde du vin, l’Italie nous a habitués à quelques convulsions notoires. Dernière en date, l’affaire « Brunello di Montalcino » qui a créé force remous dans la péninsule depuis six mois. Tant cette appellation est emblématique, notamment aux Etats-Unis, des grands vins italiens.
Aujourd’hui, les rumeurs, accusations, cris d’orfraie et amalgames divers vont bon train à ce sujet. Il faut rappeler toutefois, selon la formule consacrée, que la justice suit son cours.
Par ailleurs, il est important de dire ici que ce débat est alimenté par des positions idéologiques diverses : pragmatiques, cyniques parfois, peut-être, ou idéalistes, voire angéliques, sur l'autre bord.
Tant en ce qui concerne les producteurs, « clivés » entre grandes maisons et domaines plus petits, traditionnalistes intègres, voire intégristes, et modernistes plus ou moins visionnaires, que les journalistes dont les opinions reflètent, anticipent ou raniment une partie de ces clivages.

Angelo Gaja : "A propos de l’affaire Brunello qui a éclaté au printemps 2008 : j’ai pris la parole récemment à ce sujet pour clarifier le débat.
Contexte personnel en 1994, lorsque j’ai fait l’acquisition de la Pieve di San Restituta, je savais que j’étais en train de cueillir des fleurs dans un jardin que je n’avais pas cultivé. Le mérite principal appartenant aux générations précédentes qui y avaient travaillé et permis à cette appellation et, en particulier, à cette propriété d’être ce qu’elle est !

"Je savais que j'étais en train de cueillir des fleurs dans un jardin que je n'avais pas cultivé..."
Dans les milllésimes 2002 et 2003, nous avons pris la décision, avec mon œnologue Guido Rivella, de ne pas mettre sur le marché de Pieve di San Restituta et de déclasser toute la production : le vin était bon, sans plus, mais nous voulions une qualité supérieure. Nous avons donc tout vendu en vrac, au prix de la pomme de terre, renonçant à 90 % du chiffre d’affaires que nous aurions pu réaliser en vendant le vin en bouteilles !
Venons-en à la genèse de cette affaire Brunello il y a deux ans et demi, le Consorzio des producteurs de Brunello di Montalcino a, par une décision collective, décidé de faire un contrôle très précis des 1980 ha de sangiovese autorisés à produire du Brunello di Montalcino. Ce contrôle a permis de mettre en évidence, à l’intérieur de cette aire d’appellation, l'existence de cépages autres que le sangiovese, seul autorisé, je le rappelle, à produire du Brunello di Montalcino. Chez un certain nombre de maisons, il s’agissait d’un nombre de pieds anecdotiques mais, chez quelques maisons, on a trouvé 17 ha de cépages qui étaient déclarés comme du sangiovese.
Le Consorzio a demandé à ces producteurs de corriger le tir et d’éliminer ces cépages. Quelques grandes maisons ont refusé au motif qu’elles n’utilisaient pas ces cépages pour produire du Brunello di Montalcino…
La magistrature a alors été chargée du dossier et l’enquête a démarré.
L’affaire est sortie dans la presse et on a tout entendu, y compris de nombreuses contre-vérités, ce qui a contribué à ajouter de la confusion : par exemple tel journaliste a déclaré que des vins des Pouilles transitaient régulièrement vers Brunello.
Croissez et multipliez-vous !
Pour comprendre où nous en sommes aujourd’hui, il est important de rappeler quelques faits historiques :
Banfi a su pourtant corriger les erreurs et a commencé à opérer la reconversion de son vignoble, devenant ainsi le moteur qui entraîne l’appellation vers le succès, établissant aux Etats-Unis une très forte demande pour le Brunello.

Un Sangiovese et une appellation à deux vitesses…
En une trentaine d’années, l’appellation Brunello di Montalcino a donc vu sa taille passer de 60 à 2000 ha !
Les solutions proposées par Angelo Gaja
Passé ce constat, quelles solutions proposer ?
A mon sens, il faut faire deux choses :
L’adresse Ristorante « Antinè », via Torino 34/A – Barbaresco
Tél 0173 635294

Millefoglie di lingua in giardino e salsa verde tradizionale : une entrée remarquable d'Antinè.
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Mauss dit | Il semble qu'Angelo Gaja, particulièrement pratique et concret dans ses propositions, permette à ces produceturs "non historiques" de garder la mention "brunello" : ou alors je me trompe. |
Jacques perrin dit | Tu as raison, François, de souligner ce point. C'est exactement ce que j'ai dit à Gaja. On pourrait a priori faire un parallèle avec ce qui s'est passé dans le Chianti ou même dans le Piémont. Par rapport au Chianti, la situation est très différente : la force de la "marque" (plutôt que de l'appellation) Brunello est telle que vouloir contraindre une bonne partie des producteurs à, volens nolens, en sortir serait peut-être signer leur arrêt de mort en termes économiques. En ce qui concerne le Piémont, j'ai posé à Angelo la question suivante : n'avez-vous pas eu un peu le même problème dans le Piémont par rapport au Barolo avec le nebbiolo ? Voici la réponse de Gaja :"C'est différent : je suis sorti de l'appellation Barbaresco avec les crus (Sori Tildin, Sori San Lorenzo et Costa Russi) pour protéger et revaloriser mon Barbaresco "de base" qui était largement sous-estimé." J'ai même demandé à Gaja si, auparavant, ses vins d'appellation bénéficiaient de l'appellation d'un autre cépage, voici sa réponse :"Avant 1996, tous mes Barbarescos et Barolos étaient 100 % nebbiolo : depuis, selon les crus, on trouve un apport de 5 à 8 % de barbera dans les Langhe rosso. Avec le réchauffement climatique et la baisse d'acidité sur le nebbiolo, les Langhe bénéficient de cet apport. C'est tout. |
Mauss dit | Peut-on reprocher à Angelo Gaja d'afficher un tel pragmatisme ? |
Jacques perrin dit | J'irai voir les divins porcelets et j'irai voir Montecucco. Sur la route, je m'arrêterai dans un des restaurants les plus excitants d'Italie (même s'il n'est pas constellé d'étoiles au fronton) : la Pinetta à Marina di Bibbona. Nous y avions fait un déjeuner mémorable en novembre 2005, sauf erreur... L'adresse pour celles et ceux qui seraient (encore) dans les parages : LA PINETA, via Cavalleggeri Nord 27 loc. Stazione di Bolgheri 57020 Bibbona, Livorno. Tel. 0586 600016 Cuisine de poissons exceptionnels, apprêtés dans la plus grande simplicité : le patron, Luciano Zazerri, est un "fondu" de pêche. Menu dégustation à 70 ?. Très belle carte des vins.. Andiamo ! Il n'y pas que la "Route 68". A part ça, pour ceux que ça intéresse, toujours pas de nouvelles de Pascal Henry ! |
Yves dit | Les seuls Suisses véritablement disparus ces derniers jours sont ensevelis sous 50 mètres de neige au pied du Mont Blanc du Tacul, qu'ils reposent en paix. |
Mauss dit | Oui, mille fois oui pour La Pineta. |




























