11 septembre 2001, dans les ruines du futur...
Paru en traduction française chez Actes Sud en avril dernier, sous le titre L’homme qui tombe, ce dernier est un livre essentiel qui, dans l’orchestration convenue, béate et soporifique, des romans de la rentrée, mérite d’être lu en priorité, même avec ce léger décalage.
L’attentat du 11 septembre 2001, est le point de départ du récit. Cette image plutôt, celle d’un homme, un survivant, Keith, qui traverse les décombres du World Trade Center, une mallette à la main.
Cette fuite et ce retour à la vie sont décrits par DeLillo dans un premier chapitre hallucinant. L’écriture est à la fois d’une étonnante sobriété, quasi phénoménologique dans sa description, collant parfaitement à la scène décrite, coïncidant totalement avec elle, échappant à la re-présentation, au cliché.

Auparavant, Keith avait une vie, à Manhattan ; une situation ; une femme, Lianne ; un enfant.
La mallette, qui n’est pas sienne, récupérée dans le chaos de la tour, va ouvrir pourtant une parenthèse dans le désastre maîtrisé auquel ressemble désormais son existence.
Rien, désormais, ne pourra être comme avant.
« Parfois, ces nuits-là, il semblait sur le point de dire quelque chose, un fragment de phrase, rien de plus, et tout serait fini entre eux, toute parole, toute forme d’arrangement, quoi qu’il en fût des traces d’amour qui s’attardaient encore. (…) Il traversait l’appartement, légèrement penché de côté, avec un sourire que déformait la culpabilité, prêt à briser une table et à y mettre le feu afin de pouvoir sortir sa queue et pisser sur les flammes. »
Après un essai théorique, paru un an après les attentats, In the ruins of the future, DeLillo a écrit le roman que nous attendions sur ces événements.
Alternant les points de vue – y compris celui des terroristes qu’il tente de sonder– parce que la réalité est complexe, duelle, constituée de cette multiplicité, de cette violence aussi, aveugle, qui depuis le 11 septembre s’est intériorisée, DeLillo entraîne le lecteur, sans pathos, dans les recoins les plus sombres de la psyché humaine.

« Le deuxième avion, quand le deuxième avion apparaît, dit-il, nous sommes tous un peu plus vieux et un peu plus sages. »

Tout est double. Comme les Twin Towers. Elles ressemblent à des fantasmes, dit l’un des personnages. On pourrait penser qu’elles ont été posées là pour un justifier un scénario maintes fois écrit, le pire :
« Mais c’est bien pour ça que vous aviez construit les tours, non ? N’ont-elles pas été conçues comme des fantasmes de richesse et de puissance, destinés à devenir un jour des fantasmes de destruction ? C’est pour la voir s’écrouler que l’on construit une chose pareille. La provocation est évidente. Quelle autre raison aurait-on de la dresser si haut et puis de la faire en double, de la dupliquer ? C’est un fantasme, alors pourquoi ne pas le répéter deux fois ? Ce que vous dites, c’est : La voici, démolissez-la. »
"– Si tu lui donnes le nom de Dieu, alors c’est Dieu. Dieu, c’est tout ce que Dieu autorise."
Et plus tard, bien plus tard, lorsque Keith, devenu joueur de poker professionnel, aura perdu/brûlé ses dernières illusions, sa femme se mettrait à penser, discutant avec elle-même que "Dieu est la voix qui dit : »Je ne suis pas là. »
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Mauss dit | Pourquoi une photo de Chicago en couverture et non de NYC ? |
Armand dit | Pour voir ceux qui font attention à ce qu'il regardes. Ou plus prosaïquement par ce que ça rime avec le nom de l'auteur. Sinon je penses que Windy city est tout indiquée pour les brumes sur la ville. |
Julia dit | Merci pour cette description de "L'homme qui tombe", un livre à lire absolument, sans doute le meilleur ouvrage sur les attentats du 11 septembre ! |
Heeter dit | (...) "Q'elle aussi nous donne l'oubli, qu'elle aussi nous donne l'ivresse |
Laurentg dit | Bien aimé ce livre, également : |





























