BIENVENUE SUR Le Blog de Jacques perrin
RECHERCHE
Accueil> On the road > La fumée a disparu.
Jacques Perrin

Le Blog de Jacques perrin

Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

La fumée a disparu.

Samedi 1 Novembre 2008, 00:45 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 1835 fois
Fin de repas dans ce restaurant dont j’ai déjà parlé ici. Une terrine de chevreuil et foie gras de canard et des Gnocchis aux feuilles d’épinard, cèpes au lard de montagne. Juste la touche de rusticité éclairée nécessaire après une après-midi dans la froidure d’une cave pas comme les autres, celle du domaine de Mythopia en Valais où j’ai goûté un Clos des Martyres 2007, un pinot noir aux promesses affirmées. On en reparlera
La neige est venue (presque) sans prévenir.
A une table voisine, un couple très glamour se mire dans le regard des autres, visiblement heureux d’être reconnu. Elle, fine, mutine, bien conservée, disent les lecteurs assidus des journaux people (est-ce pour se persuader que le temps n’a pas d’épaisseur qu’elle a posé récemment en Vénus Anadyomène ?) ; lui, sourire ravageur, sigisbée au cœur tendre, wonder boy en quête de centre de gravité.
 
Peter Schmidt de la cave Mythopia : philosophe, anthropologue, vigneron et apiculteur. Des vins hors normes. 
Je suis intrigué par ce manège : à tour de rôle, des dîneurs sortent à intervalles plus ou moins réguliers, glissent dans le froid acéré.
 
Terrine de chevreuil et foie gras de canard, une rusticité éclairée et un prix cadeau !
 
Parfois, des tables entières se volatilisent et je craindrais presque de me retrouver seul au milieu du restaurant.
Ils sortent faire des ronds dans la nuit, tirer une taf, si vous préférez.

Tout à coup, cette évidence me saisit : la fumée a disparu. Le monde a recouvré une partie de sa pureté originelle.

Bizarre époque. Avant, pour être dans le vent, il fallait fumer comme un chef Comanche en détresse. Dans les avions, sur les cimes verglacées, sur les plateaux d’Apostrophe ou du TJ, dans les grands restaurants entre une bouchée de petit Choux farci de langoustine au beurre de béluga et une de Homard à la vanille, en écoutant les stridences de Deep Purple, on boucanait, on grillait des sèches, des vertes et des pas mûres, on s’encalminait de Gauloises égrillardes, de Celtiques romantiques ou des Craven A qui, en plein hiver, valaient sans doute deux sous de trèfles, si j’en crois ce brave Léo !

Aujourd’hui, fini tout ça. On a délocalisé. Terminé le règne des hauts fourneaux ! Exit la java des Boyards et des clous de cercueils. Oubliée la libération de toutes les pensées chère à Pessoa.
Enfin nous pouvons sacrifier à notre passion du goût dans la transparence. Sans inutiles volutes. Ni remugles tenaces de cendrier refroidi, le lendemain. On respire enfin avec nos poumons de flanelle : sûr, Léo,  que la vie est là...
Et l’on voudrait nous persuader que c’est attentatoire à notre liberté, une, indivisible et frivole, que d’enfermer la fumée à l’extérieur...
Avant de la voir disparaître ?
Lire d'autres articles de la rubrique

Cet article a été commenté 7 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Nicolas Herbin dit

T'es bien roulée dans ton tabac
Viens que je t'aspire au bout de mes doigts
Comme une frangine à la dérive
Qu'a son tabac dans ses archives
Et qui vous refile tous ses dossiers
Histoire de mieux vous renseigner
T'es une donneuse de paradis
T'es ma Gitane et ça m' suffit
T'es ma Gitane, t'es mon amie

T'es bien sapée dans ton futal
Comme une cibiche qu'on fume au bal
Comme une frangine qui part en douce
Qu'a sa valise dans sa frimousse
Et qui vous laisse sur le pavé
A faire, tranquille, des ronds de fumée
T'es une copine de patachon
T'es ma Gitane, t'es mon tison
T'es ma Gitane, t'es mon patron

T'es bien à l'aise sous mon briquet
Viens que je t'allume et viens t'user
Comme une frangine à régalade
Qu'on boit d'un trait sous une œillade
Et qui s'épuise comme un godet
Au fond de la gorge à se régaler
Et quand l'amour vient se consumer
Comme un mégot dans le cendrier
Je prends une Celtic dans mon paquet

Léo Ferré - La Gitane - "Ferré 64"

Samedi 1 Novembre 2008, 03:12 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Manquait la Gitane, eh oui ! Ah la Gitane...

Samedi 1 Novembre 2008, 09:48 GMT+2 | Retour au début

Heeter dit

Feues Les Pauls - Fillmore West enflamme
Merci Jacques.
www.youtube.com/watch?v=O...

Samedi 1 Novembre 2008, 11:12 GMT+2 | Retour au début

Dieu est un fumeur de havanes ...

Samedi 1 Novembre 2008, 16:20 GMT+2 | Retour au début

Heeter dit
Heeter dit
Tea 4 2 dit