Les voyageurs du temps, premier silence, dernier Sollers.
Nous le pressentons : l’espace comprend plus de trois dimensions et le temps n’est pas si linéaire que cela. Pourquoi ne percevons-nous que ces quatre dimensions ? Même combat pour le goût : pourquoi en rester toujours à la dimension quadripartite (salé, sucré, acide, amer) de l’archipel du goût ?
La réponse est (presque) simple : parce que nos capacités d’énonciation sont en deçà de ce que nous pouvons percevoir ou formaliser. Breton ne disait pas autre chose quand il écrivait : la richesse de notre monde dépend de notre pouvoir d’évocation.
Sollers, nouveau Théodor Kaluza, l’a compris : selon lui, les vrais voyageurs du temps sont les écrivains et les poètes. Ils nous emmènent dans un temps multidimensionnel, le temps-intervalle et le temps-lumière des Chinois, l’éternité retrouvée rimbaldienne, le temps unifié de Novalis. Au passage, Sollers convoque aussi Antonin Artaud :
« L’uniformisation du temps est une chose grave, puisqu’elle en a accompagné et suivi une autre qui est l’uniformisation des corps. »


Virtuose de la phrase musicale, de la formule bien frappée, émailleur obsessionnel d’intertexte (la citation est chez lui un modus scribendi permanent), Sollers s’essouffle pourtant (l’âge,vraiment ?). Il a beau se démener, se dédoubler, multiplier les assauts, risquer cette comparaison : » A une échelle microscopique, et en toute humilité, comme Scardanelli, ce livre est aussi un collisionneur. Les phrases sont des tubes parcourus de faisceaux rapides. » Voire ?
Mauvaise nouvelle. A la fin, Viva finit par déserter le Centre de tir pour s’exiler à Hong Kong. Rassurez-vous, elle sera vite remplacée :
« Bien que n’ayant plus, depuis longtemps, ce que Casanova appelle joliment « le suffrage à vue », je n’ai pas eu grand mal à amener Sophie, 25 ans, dans mon studio d’expertise. La grâce du début du 8e siècle chinois, vous dis-je : élégance, vivacité, rigueur, gaieté, insolence, plaisir.
Où était la France au début du 8e siècle ? Le voyage du Temps a ses lois. »
Puisqu’il nous le dit…
Le livre Philippe Sollers, Les voyageurs du temps, Gallimard
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Laurentg dit | Une vie divine |
Laurentg dit | Ascension, bien sûr ! |
Jacques Perrin répond | Ascension, au delà du nord, de la glace, de la mort... Pile, Laurent ! En ce moment même j'y suis, dans les montagnes, sous un ciel éclatant. Hier, perdu dans les neiges, enfonçant jusqu'à la taille sur des itinéraires non visibles, la neige est venue en abondance cette année. |
Armand dit | Etonnant , parler de "l'au delà du nord" pour "les voyageurs du temps" - ce temps qui laissait sans voix Saint Augustin , ce grand voyageur - m'évoque forcément ce vers de Paul Celan "Dans les fleuves, au nord de l’avenir, je ne jette le filet qu’avec hésitation" et évidemment Ulysse, et Sollers que j'allais voir chez Gallimard pour photographier des manuscrit retrouvés de Joyce. |
Laurentg dit | "j'y suis, dans les montagnes," |
Laurentg dit | Armand, |
Nicolas Herbin dit | Jacques, en parlant de Sollers, vous dites « Diogène des beaux quartiers » : vous pouvez expliquer ? J’entrevois difficilement... |
Armand dit | Bien sur, Nicolas, c'est LA bonne question. |
Mauss dit | Grand Jacques : |
Jacques Perrin répond | Grande question, Nicolas ! Les Grecs déjà distinguaient entre Chronos (temps des corps) et l'Aîon (temps des incorporels) qui sont deux temps différents, le cercle et la ligne droite. Tout ceci nous ramène aux stoïciens. Certains déjà en arrivaient à ce paradoxe : puisque le temps n'est ni fini, ni infini, ni créé, ni incréé, il n'existe pas. Mais c'est un paradoxe qui ressemble à une aporie. Avec la métaphore de Diogène, on ne quitte pas vraiment les stoïciens. Le côté Diogène de Sollers, c'est une certaine forme de cynisme, de liberté par rapport aux convenances (en matière sexuelle notamment), ce qu'il appelle "La Bête" (opposée aux Parasites) dans son dernière livre. Et les beaux quartiers ? Pas besoin de faire un dessin. Hormis son "studio d'expertise" qui doit être convenable et exigu, Ph. S. ne loge sans doute pas en banlieue. |
Jacques Perrin répond | François, je cherche ce qui pourrait manquer dans ta liste des stalkers... Je vois deux "manques" : les bons lecteurs, attentifs, éclectiques, passionnés (sans lesquels Mille Plateaux n'existerait pas) et la musique. Oui il manque une oreille, ou plusieurs ! Sinon, honneur au fan's club ! Et dire que beaucoup ne se sont encore jamais manifestés ! Par quels rêts la vérité doit-elle passer ? |
Laurentg dit | Nicolas, |
Temps dit | Facile de créer sur des illusions, |
Heeter dit | Une forme de gratuite "Le Temps est un enfant qui joue en deplacant les pions: la royaute d'un enfant." Heraclite |
Nicolas Herbin dit | Jacques, merci pour ces éclaircissements. |
Laurentg dit | Merci, Nicolas ! |
Laurent dit | Que le temps existe ou non, il s'écoule. |
Nicolas Herbin dit | Laurent(toutcourt :-)), rassurez moi, vous n’avez pas compris ma question, c’est ça ??? |
Laurentg dit | Sollers est dandy ... |
Laurentg dit | "Dieu est mort, Marx est mort et moi-même, je ne me sens pas très bien..." |
Laurentg dit | Jean Biès |





























