Aida, opéra japonais dans la nuit étoilée.
Après l’Opération Soleil-Levant d’avril dernier, l’idée de retourner dans un restaurant japonais m’avait à peine effleuré. Peur d’être déçu, sans doute. Comment faire oublier Kojyu, Quintessence ou Mizutani !
Difficile, en même temps, de continuer à vivre uniquement sur ses provisions de rêves. La flamme risque de s’épuiser…
J’ai donc pris de sérieuses précautions, recoupé quelques adresses. Casting de premier choix, je vous assure ! Il fallait que le repas fût éblouissant.
Il le fut.

En quelques secondes, la translation s’opère, la magie nous emporte : nous sommes très loin d’ici...
Un mini opéra plutôt, mais sobre, dans ce minuscule restaurant du 7ème, Aida, dont le nom, évidemment, évoque d’autres fastes, chers à Verdi.L’accueil y est d’une courtoisie innée. En quelques secondes, la translation s’opère, la magie nous emporte : nous sommes très loin d’ici, des lumières de Paris, de cette rumeur qui jamais ne décroît.
Où ? A Tokyo, au milieu de coruscants buildings, une petite rue, à l’écart, un peu sombre. Une façade zen. On dirait l’intérieur d’un temple shintoïste. Il est là également le vrai voyage dans le temps et l’espace !

Petit flan cuit à la vapeur, sauce au homard : une entrée qui joue sur les textures et la gradation des saveurs dans le plus pur style de la cuisine kaiseki.
Tartare de veau et d’huîtres : tout simplement parfait, alliance de la terre, légère, et des embruns. C’est une idée que Senderens a depuis longtemps mise au goût du jour. Mais sans doute n’est-il pas le premier à l’avoir eue ?


Sashimi de barbue : alors là, c’est du tout grand ! J’ai pensé, une larme d’émotion dans les yeux, au grand Tooru Okuda du Kojyu. C'est tout dire ! Et cette astuce suprême : un morceau d’un muscle natatoire, juste grillé, qui amène un contraste étonnant.
Bar de ligne cuit à la vapeur, sauce bouillon japonais : dans le plus pur style kaiseki.

Chateaubriand saisi au teppanyaki, sauce soja et sauce radis-citron : du Limousin persillé de chez Hugo Desnoyer. Pas compliqué mais diablement savoureux, presque aussi bon qu’un wagyu, histoire de finir en beauté. Le rosé d’Egly-Ouriet est toujours au diapason. Il chante même dans le cristal.
Un dessert étonnant, peu japonisant sans doute, mais exquis, à fondre de plaisir : châtaignes et mousseline légère à la truffe noire.
Et, dans la nuit dansante, derrière vous, ce sillage sidérant, invisible constellation. Saveurs, éblouissements, aube-frontière. Tous ces rêves qui existent là-bas, à votre insu. Demain, peut-être viendront-ils vous visiter… Vous ne serez plus là, nomade énigmatique.
A nouveau sur la route. Vers d’autres destinations, d’autres rivages, d’autres bonheurs impatients et légers…
La cave Koji Aida aime visiblement la Champagne (Egly-Ouriet, Selosse, Jacquesson) et la Bourgogne avec de superbes références, à prix très corrects (Coche-Dury, Ente, Lafon, Leflaive, DRC, Bernard Dugat-Py, Claude Dugat, Mugnier, Perrot-Minot).
Les prix seize couverts maximum pour une cuisine de ce niveau, ça un prix, pas aussi dépouillé et zen que la cuisine hélas… (compter entre 120 et 160 euros par personne sans les vins).
L’adresse AIDA
restaurant japonais
1, rue Pierre Leroux 75007 Paris
tél&fax :+33 (0)1 43 06 14 18
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Mauss dit | Bon, cela semble tellement sorti du coeur plutôt que d'un cerveau analytique bullien qu'il ne reste plus qu'à réserver fissa. |
Cedille dit | |
Hélène Et Les Garçons dit | Superbe, on aimerait tant y aller ! Quand ? |
Laurentg dit | Cuisine du geste, symbolique, cérébrale (d'une certaine manière), frugale que cette Kaiseki Ryori. |
Jacques Perrin répond | Oui, Laurent, je pense que c'est possible. Il y a une washitsu pour 4 personnes ! |
Cup dit | "Le mot chien aboie-t-il ?" |




























