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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Divisions du coeur, lumières du temps et internet.

Mercredi 18 Fevrier 2009, 22:07 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2637 fois

Dans quoi me suis-je lancé ? Parler de choses aussi impalpables, aussi vitales ! Ces quelques idées, jetées ici à la sauvette, me sont venues durant un voyage en voiture avec une très jeune fille et ses soucis de cœur.

Le paysage avait ce jour-là la pureté d’un monde qui venait de naître sous nos yeux, le grand lac qui nous sert d’écrin ressemblait de plus en plus à un fjord du temps qui nous précède, nous les hommes. Je regardais cette évidence au loin, les tours d’Aï scintillantes sur leur piétement de silence blanc.

Rien, plus rien ne semblait exister hormis ce temps cosmique, cette lumière d’une fin d’après-midi, ce monde auquel nous appartenons, que nous traversons, dans l’illusion de la vitesse pure, pour rejoindre une vie qui ressemble souvent à l’écume des choses, à une illusion souveraine. Au fond, nous l’échangerions contre rien d’autre.

J’ai pensé à mon copain Harrison – tu permets, Jim, que je m’adresse ainsi à toi, vieux grizzli dont l'ombre rassurante me quitte rarement... Quitter, c’était aussi le thème notre discussion, la très jeune fille et moi. Ce drame, de ne plus être aimé ou d’aimer à des régimes d’intensité différents. La lumière descendait. Au moment où Simon et Garfunkel égrenaient la première strophe du nostalgique et prenant Sound of silence :
 
Hello darkness, my old friend
I've come to talk with you again?
Because a vision softly creeping?
Left its seeds while I was sleeping?
And the vision that was planted in my brain
Still remains
Within the sound of silence
 
Photo Bea Frendermann.
 
Impossible arrêt sur image. Jim a raison : le temps ne passe pas, il ressemble à cette lumière qui se dissout presque imperceptiblement autour de nous. Il est comme ce nuage qui nous enveloppe de son silence, nous emporte ailleurs sans même que nous le sachions. Nous sommes toujours à la même place. Rien n’a changé en apparence. Et pourtant chacun se rêve différent. Chaque jour nous réinventons notre propre vie. Ou nous mourons à nous-même.
Pour se prémunir contre cette vision, tenter d’en juguler le risque, nous voudrions vivre dans cette suspension du temps, ce moment où l’on croit que la lumière va se figer, que le temps s’arrêtera peut-être. Nous aimerions tellement croire à l’éternité et à l’invariabilité de nos sentiments...
Tu continues d'avoir raison, vieux grizzli... Oserais-je risquer cette paraphrase ? l'amour et la mort deviennent des choses relativement faciles à négocier quand on pense à la Terre comme à un champ de mines de cinq milliards d'années. 
 
Des tourments d’amour, allez savoir pourquoi, nous avons glissé, toujours dans cette conversation, vers le maillage chronophage qui au quotidien permet à des millions de personnes de rester en contact, l’immense et arachnéenne Toile. avec sa durée qui ne dure pas, son éternel présent (souvent vide de présence) qu’elle déroule devant nos vies, tel un écran où sont projetés en permanence une partie de nos illusions, désirs, fantasmes, miracles, comme un rêve sans étoile (Eluard).

La route virevolte en lacets multiples, petits tunnels sombres, villages arrimés aux pentes, au fond de cette vallée perdue.  Dans la montagne, un autre temps déploie son rythme, alenti, essentiel. Fin du parcours.

Dans quoi me suis-je lancé, vraiment, à philosopher avec une très jeune fille ? Je voulais vous parler d’autre chose, des nomades, de fusées dans le ciel, de l'art de la trajectoire. J’ai dévié.
Ce sera une autre fois.

Je vous salue d’ici pour plus de légèreté encore.
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Cet article a été commenté 9 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Nicolas Herbin dit

Je suis bien content de lire ça.

Et si l'Homme avait inventé le Temps une fois de plus pour se repérer, lui qui vit écrasé sous le poids de sa Condition Humaine et qui toute sa vie cherche des points de repère(s) ?

La nature humaine aime les belles lignes (droites), peu les nuages de points. On peut appliquer cette image à beaucoup de domaines. Voire les différences entre individus, le goût, l'art, etc...

ps : pour les peines de coeur, le meilleur médicament, c'est de continuer à vivre pour soi, non ? J'entends encore la voix du Léo raisonner : "on naît seul, on meurt seul, on naît seul, on......"

Jeudi 19 Fevrier 2009, 08:07 GMT+2 | Retour au début

Nevermore dit

"L'amour est fait pour mettre un nouveau brillant dans vos yeux, pour peindre vos joues d'un nouvel incarnat, mais non pas pour repandre des neiges sur votre tete. Son devoir est de vous embellir; ce seroit grand'pitie qu'il vous vieillit, lui qui rajeunit tout le monde. Arrachez de votre tete ce cheveu blanc, et en meme temps arrachez en la racine qui est dans votre coeur, et prenez des affections plus gaies."
Fontenelle

Jeudi 19 Fevrier 2009, 13:13 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Ravissant, Fontenelle. Thank you, never-more !

Jeudi 19 Fevrier 2009, 13:35 GMT+2 | Retour au début

Juste à l'instant :
Exposition Virilio/Depardon à la fondation Cartier : Terre natale - ailleurs commence ici.

L'homme se barde de technologies. La planète, surpeuplée, au même moment, décline.

C'est de l'art contemporain, des témoignages avec du texte, du son, des images.

Du bon usage des crises ...

Jeudi 19 Fevrier 2009, 16:29 GMT+2 | Retour au début

Harvey Pollen dit
Méduse dit

Dis Léo, qu'est-ce que t'en penses ? Et ça taille une de ces gueules à la galerie j'farfouille, le samedi soir, quand la tendresse... Le temps et l'amour. Toujours.

Jeudi 19 Fevrier 2009, 21:48 GMT+2 | Retour au début

Méduse dit
Raven dit

Magnifique, tant le texte (qui me rappelle un peu le parfum de ma jeunesse) que les photos.

Beau rêve.

Bruno

Mardi 24 Fevrier 2009, 15:36 GMT+2 | Retour au début