Romanée-Conti, du vin et de la musique à l'état pur.
Quelle idée de naître en plein mois de février et d’avoir à célébrer ce moment-clé sous la bure hivernale ! Cela dit, je compte bien me pencher prochainement sur cette question : pourquoi trouve-t-on dans le monde du vin autant de personnes nées sous le signe des Poissons ? Je me suis amusé un jour à faire le compte, c’est sidérant, une véritable épidémie… Il doit y avoir des correspondances mystérieuses : le douzième signe du zodiaque serait-il soluble dans le vin ?
Quoiqu’il en soit, tous les Poissons (3) présents lors de la visite à la DRC, ce matin, avons fondu d’émotion en goûtant quelques-uns des vins de la mythique propriété.
On retarde au maximum ici les malos et comme 2008 est un millésime assez réducteur, nous goûtons des vins encore dans leurs limbes : Echezeaux 2008, équilibré, avec beaucoup de grâce ; la Romanée-St-Vivant, plus dense, à la chair ample et satinée, pleines de promesses et la Romanée-Conti, presque énigmatique à ce stade, mais avec une belle vibration minérale. A suivre.

Romanée-St-Vivant 2007 profil aromatique chatoyant, déjà expressif, d’une très belle plénitude, floral. Depuis 2005, la RSV a retrouvé toute sa place parmi l’empyrée des grands crus de la DRC, même si une (petite) partie des vignes va encore être arrachées, sur la bordure, sud-ouest, plus argileuse : sol compacté induisant une asphyxie des radicelles et qui nécessite un drainage.
Richebourg 2007 superbe nez, complexe, sur des notes de griotte, avec une touche florale. Corps dense, archétypique, qui associe à merveille une trame serrée à un sublime velouté de texture. Remarquable.
La Tâche 2007 grand bouquet, complexe, poivre, cardamome, floral, violette. Corps d’une superbe amplitude, ascendant. Tannins d’orfèvre, stricts et nuancés à la fois. Grande race.
Romanée-Conti 2007 si on ne goûtait pas comme le chef-d’œuvre, on pourrait penser qu’on s’est trompé d’histoire. Ou qu’on est à côté de la plaque... Rassurez-vous, il est à sa place. Au sommet !

On passe dans la crypte, un lieu hors du temps, serein, monacal. Le chemin qui y mène est certes jalonné de tous les trésors de la terre mais, je vous l’assure, il faut un certain dépouillement pour y accéder. « Nul n’entre vraiment ici, s’il n’est musicien… » pour détourner Platon.
Donc, on écoutera attentivement la musique des vins. D’autant qu’ils nous sont présentés à l’aveugle :
Grands-Echezeaux 1999 Derrière le café, le moka, le créosote, les notes grillées, on trouve les nuances typiques du cru (fruits rouges et églantier). Belle structure avec un velouté de texture très présent, raffiné. On pense à Richebourg mais le doute subsiste : il n’en pas tout à fait l’allonge spectaculaire. Echezeaux serait dans la finesse, Richebourg avec davantage d’allonge. La réponse est simple : "un Grands-Echezeaux est un petit Richebourg... "assène M. Noblet. Donc, l'évidence est là : ce ne peut être qu'un Grands-Echezeaux. Dans toute sa splendeur.

La Tâche 1956 alors là, c’est la séquence émotion ! Toujours à l’aveugle : bouquet magistral, truffé, puis floral avec des notes de rose de Damas, un réglissé d’anthologie, des vagues aromatiques qui vous submergent et vous titillent l’hypothalamus. A l’ouverture, il révèle des notes de cèdre, de noble poivron (que l’on trouve souvent sur ce cru), un végétal noble, un côté racinaire aussi. La bouche est fastueuse, presque infinie dans son développement avec une douceur tactile où, grands sensibles, se perdent les Poissons… D’ailleurs, c’est simple, François Mauss en a les larmes aux yeux : » Ce 1956, toute ma vie, je m’en souviendrai ! »

Goûtant ce vin à la propriété, il y a quelques années, deux musiciens du Philarmonique de Berlin avaient confié à Aubert de Villaine : »Nous avons assisté au dernier récital de Vladimir Horowitz. Il avait les doigts noués d’arthrose, mais, notamment dans les Scènes d’enfants de Schumann, il a atteint un tel niveau de perfection que nous avions l’impression d’entendre la musique à l’état pur. Ce vin lui ressemble : il est issu d’un millésime douloureux, blessé et, pourtant, c’est de l’essence de La Tâche, un vin à l’état pur ! »
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Laurentg dit | Bernard Noblet nous avait proposé cette mini verticale sur Echézeaux 2002, 99, 89. |
Christophe dit | Merci pour ce magnifique récit. En avril 2007, nous étions en compagnie de Didier Joris et de Christian Blaser "anciens profs de Changins" pour une visite mémorable... Je suis heureux de revoir Monsieur Nicolas Jacob en photo, il nous avait organisé une très belle visite viticole avant la dégustation à la cave avec Monsieur Bernard Noblet. Déguster lors de notre passage le Noirien parfait: Romanée-Conti 2006 prêt pour la mise en bouteille, je me suis dit que la perfection était là ! |
Jacques Perrin répond | Oui, Christophe, une certaine idée de la perfection se trouve là, ancrée dans ce qui est devenu une évidence de terroir, après des siècles d'entêtement de civilisation. Ce qui est beau également, c'est de voir l'humilité (la vraie, celle qui est proche de la terre), des gens qui y travaillent, cette manière unique de vivre avec le temps, de capter le génie du lieu, de se mettre à son service. J'allais oublier : merci aux moines de ST-Vivant arrivés ici au IXème siècle et qui ont eu, les premiers, cette géniale intuition. La réhabilitation de ce qui reste de leur abbaye est également une manière de rendre hommage à ces sourciers, arrivés là, presque par hasard... www.saint-vivant.net/ |
Paul dit | Merci Jacques de nous faire partager ces rencontres. Moments de partage, presque privés de par leur unicité, teintés de l'émotion née d'une tangible imprégnation spirituelle. |
Armand dit | Alors là Jacques, tu m'épates, tu as pourtant les pieds sur terre. Vu la durée habituelle de gestation de l'être humain, les naissances au premier trimestre sont évidemment dues au fait que le printemps est une saison qui favorise "les amitiés nocturnes", même si sous nos climats, elles ne sont pas obligatoirement nocturnes. |
Armand dit | C'est vrai que sur la 1ere photo, le François, il a l'air tout ému et à mon avis sur la dernière, il sait plus où il habite. |
Jacques Perrin répond | Armand, je devine à quoi elles sont dues mais le rapport avec le vin, pourquoi tant de Poissons solubles dans le vin ? |
Armand dit | Parce que les religions du Livre se sont employées à nous cacher le fait qu'à la création, il y avait l'eau avec des poissons et la terre avec la vigne dessus, et que ce sont les premiers à avoir peuplé la terre. L'évolution (Je tiens içi à remercier publiquement Darwin pour sa suggestion) à fait que les poissons devenus des hommes ont fait prospérer la vigne. |
Christophe dit | Merci pour la grande qualité de vos propos. Je partage à 100% vos sensations et surtout l'émotion. Pour info, en 2005, nous étions pour la première fois à la DRC avec votre ami Dr Chabloz, ce fut aussi un moment privilégié... |
Armand dit | Sinon on sait que le signe de la Vierge correspond au début des vendanges, ce signe est l'opposé polaire du signe des Poissons, qui correspond donc au début du cycle de la vigne (tout ça étant évidemment symbolique)...En tout cas se serait possible |
Christophe dit | Oups, je voulais dire notre ami Dr Chabloz, roi de la fluidité ! |
Jacques Perrin répond | Christophe, j'imagine Bernard Chabloz faisant son footing, avant la dégustation, en grimpant jusqu'au Cros Parentoux (quasi certain qu'il l'a fait !). |
Paul dit | Il y a une dureté et une introspection eastwoodienne dans le visage de cet Aubert là ... |
Armand dit | Enfin, je ne voudrais pas "noyer le poisson" |
Armand dit | La photo de François c'était avant ou après avoir gouté la Tâche 56? |
Armand dit | Pour l'édification des aficionados: |
Jacques Perrin répond | Merci Armand pour ces précisions. Selon "Le vignoble bourguignon, ses lieux-dits" (Ed J. Laffitte), "les terres étaient vraisemblablement travaillées à la tâche au lieu-dit "La Tâche" à Vosne-Romanée, c'est-à-dire que le l'ouvrage devait y être exécuté dans un temps déterminé. |
Laurentg dit | Visite de juin 2005 : ... Sont alors abordés les spécificités et orientations des différents terroirs, les dégâts du phylloxera, la quête du matériel végétal le plus fin (sélection des plants, pépinière personnelle, …) et la philosophie culturale du domaine (essais en biodynamie, rendements, remplacement des plants trop vieux, …). |
Yves dit | Les dégâts du phylloxera: |
Donzelle dit | "Rue du temps perdu"... il fait bon y faire un tour. |
Armand dit | Ca dépend: |
Yves dit | Levé tôt, couché tard...... et on ratait une oeuvre magistrale! |
Armand dit | Mon seul problème concernant le temps perdu, c'est le fait de "perdre" le temps. Le perdre supposerai que l'on sache où il devrait se trouver, or le temps n'a pas de lieu, il passe. |
Laurentg dit | Yves, |
Laurentg dit | Paul, |
Yves dit | Le mexicain j'avais un prof de droit qui avait eu droit à ce commentaire lors de sa soutenance de thèse: "monsieur, ce n'est ni une thèse, ni une synthèse mais une foutaise" et ça le suivait.......... |
Yves dit | Le mexicain puisque vous nous assurez que le Clint n'est pas (comme d'hab)très nettement surévalué, je vais me précipiter pour le voir dès qu'il passera au ciné-club de la commune |
Laurentg dit | Allez voir en priorité Mystic River ... |
Yves dit | Oui mais notre ciné club vient de fermer; ils passaient trop de films de Clint |
Jacques Perrin répond | Je ne vais plus guère au cinéma mais pour le grand Clint, je me déplace toujours. Manichéen ou pas, j'irai voir Gran Torino, d'autant que, vraisemblablement, c'est là son dernier rôle. |
Laurentg dit | L'échange m'a paru factice, comme la plastique d'Angelina Jolie. |
Paul dit | L'échange n'est pas factice du tout Laurent (ni forcément la Jolie d'ailleurs, êtes vous allé y regarder pour être si péremptoire ?), de très beaux moments de vérité en jaillissent. |
Laurentg dit | Paul, |
Paul dit | Je crois que ces moments de vérité sont les miens, je vais les garder. Ils ne vous parleraient peut être pas ... et vous avez sûrement les vôtres. |
Laurentg dit | Au delà de ce lapsus auquel on ne croit guère, ce film a des ratés. |
Jacques Perrin répond | Et voilà comment on est passé de la Romanée Conti, des traits marmoréens d'Aubert de Villaine à Gran Torino et à Clint Eastwood ! Drifting away... J'y cours tout à l'heure et vous en dirai davantage, si tout ceci m'inspire. Sûr qu'auparavant je vous aurai touché un mot de l'étrange "Minetti" vu l'autre soir au théâtre et de la bouleversante "exposition" de Michel Piccoli ! |
Laurentg dit | Jacques, |
Paul dit | Les cahiers détenteurs du bon goût me lassent plus que de raison Laurent ! Je tiens pour ma part ma source d'un professeur d'histoire américaine qui à trouvé la reconstitution fort à propos ... M'enfin, les goûts, les couleurs et les avis ! |
Laurentg dit | Paul, |
Paul dit | Content de partager l'avis de ce qui se fait de mieux en matière d'écorché vif, d'acteur sublime, de transcendance sur pieds ! Il est grand. |
Laurentg dit | Sean Penn considère entre les murs comme un très grand film et François Bégaudeau comme un immense acteur ... |
Jacques Perrin répond | Laurent et Paul, je sors tout juste de Gran Torino... Du grand Clint Eastwood, dans un genre qu'il explore depuis de nombreuses années. Toujours ce poids écrasant de la "faute" et son corollaire, la rédemption, qui donne ici tout son sens au film. Quand tout a foiré, comment peut-on être sauvé ? C'est noir et lumineux à la fois. Je mets ce film en parallèle avec "Minetti" de Thomas Bernhard, vu au théâtre avant-hier. Piccoli, même génération que Eastwood, y est sublimissime, la pièce encore plus désespérée et, au final, aucune rédemption, juste la neige qui tombe, le silence, la parole qui meurt... |
Laurentg dit | Clint Eastwood commencera dans les prochains jours en Afrique du sud le tournage de son prochain film - dont le titre n'est pas fixé -, avec Matt Damon et Morgan Freeman, qui évoque l'apartheid et retrace une partie de la vie de Nelson Mandela, sur fond de Coupe du monde de rugby de 1995. |
Jacques Perrin répond | Laurent, je comprends mieux la qualité très moyenne de l'image. Dans un premier temps, comme j'ai atterri dans une salle de cinéma un peu décatie, je me suis demandé si c'était une question de matériel... Avez-vous eu cette perception d'une image presque délavée ? |
Laurent dit | Un problème de cataracte peut-être (pour Clint, bien naturellement). |
Laurentg dit | Non, pas vraiment ... |
Laurentg dit | Je sors d'un affligeant slumdog millionnaire (je m'y attendais un peu, prévenu par les Cahiers, Paul :-)) |
Laurentg dit | Gloups ... |
Jacques Perrin répond | Voir et, surtout, entendre ici... |






























