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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Bordeaux 2008, jour 6 : un scoop ! Ce qui brille dans les yeux des femmes...

Samedi 4 Avril 2009, 22:01 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2899 fois
Après une très courte nuit, ceci pourrait commencer ainsi. On se dirigerait, vous et moi, le long du grand estuaire où flottent de drôles de paquebots. Direction Saint-Estèphe. Mais qu’est-ce qu’il a fait au bon dieu pour habiter au bout du monde, celui-là ? Des aubes lointaines se lèveraient sur le vignoble muet. Premiers bourgeons. Souvenirs de l’hiver. Et là, posé comme une île à l’orée du silence, ce domaine, d’un autre temps au nom de marquis d'opérette. Mme Capbern-Gasqueton nous accueillerait, vous et moi, la mine sourcilleuse. Tandis que nous dégusterions cette rupture stylistique, le Calon-Ségur 2008, tout en grâce, en finesse extrême, tannins de ballerine, nous sentirions le regard de la propriétaire nous sonder, nous lui dirions que c’est bon, vraiment exquis, Denise, que nous n’avions jamais goûté un Calon aussi libéré du souci d’affirmer son autorité.
Sourire.
Dégustation à Pontet-Canet. Mercredi 1er avril.
 
Les Ormes de Pez, c’est à côté. On aligne les St-Julien, les Pauillac et les St-Estèphe, mécréants dégustateurs… Nous voici pour la cause des grands vins mués en bénédictins du goût. Certains, en proie à une forme d’inspiration divine, tapotent frénétiquement, violemment, sur le clavier de leur ordinateur. Staccato. Avec deux doigts uniquement… Pourquoi n’enseigne-t-on plus la dactylographie ?
L'inspiration est dans le verre. Jancis Robinson concentrée.
 
Un dégustateur mélomane (ce sont souvent les meilleurs parce que les plus subtils) évoque l’importance de l’attaque au clavecin et de ce qu’on nomme le sputo della canna (le crachat de la canne) à l’orgue. C’est (presque) de circonstance.
Un saut à Sociando-Mallet pour saluer mon ami Jean Gautreau en grande forme. Et goûter la daube, de la vraie que l’on sert ici aux dégustateurs de passage. Et ils sont nombreux, croyez-moi. On y a même croisé des célébrités.
Et le reste ? Dans l’ordre : Pontet-Canet pour goûter à la propriété le vin déjà dégusté ce matin. Superbe ! Montrose. Château Latour…
C'est le moment. Vous voulez un scoop ? Grandissime, le Latour 2008 ! Un des sommets du millésime !  Très cabernet (94 %), vibrant, très Latour avec ses notes de cèdre, de fruits noirs, d’épices, sa trame dynamique, parfaitement articulée. Et cette finale dotée d’une vraie dimension séveuse, d’une énergie que peu de vins possèdent à ce point dans ce millésime. Et là vous seriez emportés par cette densité minérale, ces vagues aromatiques si précises, complexes, cette impression de quasi perfection.
Vous sortiriez dans le soleil d’une fin d’après-midi pour d’autres dégustations encore. Jusqu’au soir.
La Cape, c'est ici...
 
Vous prendriez ensuite le tram direction la banlieue, des envies d’omnivore plein les mirettes. Pour vérifier si, dans cette ville de zazous qu’est Bordeaux, les transport publics fonctionnent. Parce que question sens interdits, on est vite pris dans la nasse ici…
La cible : un restaurant dont on cause, forcément... Pourquoi irions-nous dans ceux dont on ne parle jamais ?  La Cape, il s’appelle, coincé entre une fabrique de frigidaires et un parking. Un lieu forcément improbable.
Il  ressemble à un pavillon de retraités, c'est pas là que nous finirons notre vie, vous et moi, mais il n’offre que de belles surprises.
A commencer par un accueil enthousiaste et professionnel. Ce qui devient rare en France.
Décor sobrement contemporain, chic détaché, public pas trop branchouille. Des tables de nanas heureuses d’être là, de goûter à la cuisine du chef Nicolas Mage. Je n’invente rien. Des notables, des négociants en Aston-Martin, le président des Girondins de Bordeaux aussi.
La Cape est en voie de consécration.
Foie gras de canard mi-cuit, joue de cochon confite et...
 
Vous et moi serions devenus quatre. Nous attaquerions le menu dégustation. J’abhorre ce genre d’exercice d’ordinaire, mais j’ai senti que cela faisait briller les yeux des commensales, dont les vôtres… Allez, zoup, un brut de Billecart-Salmon pour se remettre d’aplomb après ce voyage ferroviaire !  

Foie gras de canard mi-cuit, joue de cochon confite et asperge verte de Touraine en tempura
St-Jacques bretonnes, pois gourmands, agrumes, tartare de citron de Menton
 


Lotte cuite à basse température à l’encre de seiche, tempura de chipiron à l’encre de seiche, petits pois en trois textures et jus d’encre

Mignon de porc en croûte de noisette, asperges blanches du Blayais, morilles et jus de café réduit

Cornet croustillant de chèvre frais et betterave, betterave confite et réduction betterave et balsamique

Sablé croustillant, ganache chocolat noir de Cuba et cigare Cohiba, crème glacée de Tonka et fumée de Cohiba

Comment c’était ? Ludique, assez tendance, mais sincère et juste, bien posé dans les saveurs. En dépit d’un mariage insoluble sur la première entrée et de ce jus de café réduit sur le porc qui ressemble à la volonté de démontrer qu’il existe des univers parallèles. Mais, ça, on le savait déjà…

Les vins (merci LPV qui nous les a servis à l’aveugle, of course).
Pommard 1er Cru Les Platières 1978, domaine Prieur-Brunet
Beaucoup de vie encore sur le bouquet, fragrances florales et truffées qui pourraient faire penser à un vin de la Côte de Nuits mais le tannin nous emmène bien dans son lieu d’origine. On aurait pu se tromper et dire : Volnay. C'est ce qu'on a dit.
Château Rayas 2002, Châteauneuf du Pape Grande finesse d’expression. Robe sans âge. Texture ample et déployée. Un vin tout en sensualité. Oui, j’ai vu des éclairs s’allumer dans votre regard. François Mauss vient également d'en parler. Amusant.
Plus étrange encore, nous avions dégusté le même vin l’an passé chez Quintessence à Tokyo. Sur un fabuleux porc de Kyushu…
Mais vous n’étiez pas là. Vous n’existiez pas. Pas encore.

Les prix  menus à 40, 60 et 80 euros

L’adresse Restaurant La Cape, 9 allée de la Morlette, Cénon
t. 05 57 80 24 25

PS Je file à l'endroit où St-Jean l'exilé a eu ses visions d'apocalypse. A Patmos. Si j'ai le courage, si internet fonctionne là-bas, je vous écrirai. Sinon vous n'entendrez plus parler de moi. Jusqu'à ce que je ressorte de la grotte...
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Cet article a été commenté 14 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Le VdP Vaucluse Domaine des Tours 2002 est déjà un vin admirable ...
Robe similaire.
Fruit, fleurs, épices pour un vin arachnéen ...

Rayas 2002 est sublime et la comparaison avec Bonneau 2002, plus corpulent, dans le verre d'à côté, fut divertissante.

Bon voyage !

Samedi 4 Avril 2009, 23:12 GMT+2 | Retour au début

Donzelle dit
Donzelle dit

... qu'elle repassera plus tard.

Lundi 6 Avril 2009, 11:40 GMT+2 | Retour au début

Repas sage ...

Il y a aussi le peuple migrateur (réalisateur) et microcosmos (producteur, narrateur).

Lundi 6 Avril 2009, 12:42 GMT+2 | Retour au début

Donzelle dit

Il y a beaucoup plus encore...

Bon appétit LaurentG !

Lundi 6 Avril 2009, 13:58 GMT+2 | Retour au début

Merci, Donzelle ... énigmatique ... :-)

Lundi 6 Avril 2009, 14:26 GMT+2 | Retour au début

Pascal Henry dit

Bravo Jacques!
Bravo d'avoir choisi La Cape comme destination gourmande.C'est Nicolas Magie avec un i pour l'orthographe.Je sais bien que lorsqu'on aime on ne compte pas mais tout de même,dithyrambique avec Latour 08 mais à quel prix?vais être taxé de mercantile mais un vin simplement destiné à une élite!je reste fidèle et dis vive Jean Gautrau!

Mercredi 8 Avril 2009, 12:18 GMT+2 | Retour au début

Jacques semble en session érémitique, quelque part dans le péloponèse ...
3 jours ...

Une éternité dans le temps cybernétique ! :-)

Mercredi 8 Avril 2009, 12:44 GMT+2 | Retour au début

Christian Rausis dit

M. Perrin,
Tout d'abord merci de nous faire partager vos avis éclairés. (j'apprécie également les photos !).
Cela m'intéresserait de savoir combien de temps avant dégustation le Rayas 2002 été ouvert et s'il a été carafé.
Merci d'avance pour votre réponse.

Christian Rausis

Mardi 14 Avril 2009, 14:28 GMT+2 | Retour au début

Christian Rausis dit
Jacques Perrin répond

Désolé Christian Rausis. J'ai un peu de retard dans mes post. C'est LPV (Laurent Vialette dit "l'expert") qui a amené la bouteille et qui a géré, impeccablement, le service. Le vin n'a pas été carafé et a été ouvert environ une demi-heure avant d'être servi. Seul petit problème, il a été servi un peu chaud et dans les verres pseudo-design et inadéquats que l'on pratique à La Cape. On est venus avec nos vins et nos femmes. La prochaine fois, on amène nos verres ! Voilà, vous savez tout !

Dimanche 19 Avril 2009, 19:12 GMT+2 | Retour au début

Christian Rausis dit

Merci beaucoup, Jacques Perrin !
Je publie votre réponse sur BDE !
Longue vie à vous, à votre club, à votre blog et à votre femme !

Christian Rausis

Lundi 20 Avril 2009, 16:59 GMT+2 | Retour au début

Juste une précision, le bordelais c'est la fierté de toutes la france! personne ne peut nier que les meilleurs vin de table au monde provienne de bordeaux.

Mardi 4 Aout 2009, 19:26 GMT+2 | Retour au début

"personne ne peut nier que les meilleurs vin de table au monde provienne de bordeaux."

C'est sûr que dit comme cela, on peut s'interroger ...

Mardi 4 Aout 2009, 19:36 GMT+2 | Retour au début