Les mots de la soif et de l'ivresse.
Visite guidée avec Philippe Margot qui a recensé pour vous toutes les manières, baudelairiennes ou pas, d'être toujours ivre...

Tout ça n'est guère apparenté à du bon vin. Juste du pinard… Ou de la piquette... Ou de la vinasse (comme on dirait pouffiasse, dégueulasse, connasse…).
On peut aussi dire, parlant du vin mauvais, de la vinoche ou du picrate qui, selon J.L. Calvet, viendrait du piccolo, autre mot pour le vin. D’où picoler suit en toute logique…
Beaucoup de boissons alcoolisées ont leur nom à elles : par exemple l'eau-de-vie, c'est souvent de la gnôle, du rouge c'est du rouquin (pas très courant), du beaujolais, c'est du beaujolpif.
– Qu'est-ce que tu préfères, un apéro, un coup de rouge ? C'est du rouquin-maison... (Céline).
On boit beaucoup entre deux mots : on picole, on se bourre (la gueule) ou, rare mais énigmatique, on se bourre comme un coing. Il existe une variante "se péter la gueule » ou « se camphrer la ruche. »
On biberonne aussi (il y a l'idée de la régularité), comme un enfant qui suce son biberon, nous disons avec un sens différent, on tète (est dit de celui qui ne lâche pas de téter, c'est toujours l'enfant qu'on met en cause, il tète sa mère, il tète son biberon) ; on siffle, on s'en jette un (dans la trappe, dans le col, dans le plomb etc. et bien sûr, on le fait rapidement).
On s'en envoie un (derrière la cravate, parfois). On écluse (une écluse est appelée à faire passer de l'eau, ça peut être quelque chose de plus fort), on pompe, on se torche. Il paraît que se torcher, se bourrer la gueule s'utilise plutôt à la première personne (genre: qu'est-ce qu'on s'est bourré la gueule hier, je te dis pas…), tandis que picoler, biberonner etc. s'emploie plutôt à la troisième, en parlant des autres (il ne fait que picoler).
Donc, logiquement on dira se cuiter ou, plus rarement, se biturer. Mais on peut encore se noircir, se poivrer ou se pinter (s'enivrer) ou pinter tout court (boire abondamment), avec toujours le danger de paraître vieux jeu ou trop provincial. Il y a aussi un charmant euphémisme: se piquer la ruche.

Plus tard, dans les Tontons flingueurs, monsieur Fernand s’en souviendra, de la Pologne :
– J'ai connu une polonaise qu'en prenait au p'tit déjeuner... Faut quand même admettre qu'c'est plutôt une boisson d'homme.
Mesures, demi-mesures et démesures.
Qu'est-ce qu'on écluse et qu'est-ce qu'on pompe ?
Un godet, un canon (les plus usuels, ce dernier étant à l'origine une mesure de capacité (1/16 l, pas grand-chose au fait), un glass (qui est plus rare).
Un ballon (10 cl) pour le rouge (c'est le nom d'un verre de vin le plus ordinaire). Un formidable (50 cl) = 2 demis (25 cl) = 2 galopins.
Un cadavre est une bouteille vidée, et certains "spécialistes" distinguent les bouteilles qu'on vient de vider et les bouteilles qui ont vécu jusqu'au lendemain d'une ripaille: celles-ci n'ont rien de cadavérique.
Un monocle est un verre reçu à l'œil, c'est-à-dire gratis.

Photo Max Kettel, Médiathèque Valais-Martigny
Quand on écluse le verre d'un seul coup, on fait cul sec : il s'agit ici du cul du verre, de son fond, naturellement. Au contraire, si vous prenez votre temps pour finir votre consommation, vous sirotez votre vin.
Traitons-le de tous les noms: c'est un alcoolo, un poivrot, un soûlard ou soûlot. C'est aussi un pochard (ou sa variante usuelle chez les jeunes pochetrons ou pochtrons), un sac à vin, un biberon, un vide-bouteille, il a un trou sous le nez etc. Parmi les derniers arrivés sur la scène: éponge, lavabo (peut-être parce qu'on dit "boire comme un évier"), tout-à-l'égout...
L'effet est connu de tous : après deux-trois verres de vin, on a seulement un coup dans l'aile, on est parti, pompette (on l'entend dire par des personnes âgées, après le premier verre: Oh, je suis un peu pompette; on est gai, en goguette, ou l'on a un verre dans le nez (ce qui laisse perplexe : en France, on se met vraiment n'importe quoi dans le nez !) ; on est gris, noir, mais en principe à ce stade, le vocabulaire n'est pas varié, il s'enrichit graduellement.
Les lendemains qui déchantent…
Puis, on se bourre, (on est bourré, beurré, ou beurré à mort), et l'on a sa dose, on est givré (à zéro), paf, schlass, raide , rond (comme une queue de pelle, comme une barrique, comme une soucoupe, comme un coing, comme une vache, comme une cantine, comme un boudin), blindé, cuit, plein, imbibé, mûr, rétamé.
Côté sentiments, l'euphorie monte, bien entendu : on est déjà dans les vignes du Seigneur.
Mais attention ! Le matin, chacun le sait, on a la gueule de bois, on n'est pas bien, on a soif et la bouche est empâtée. On peut aussi avoir mal aux cheveux ou avoir un casque.
Laissons le mot de la fin (ou de la soif) à ce brave Rabelais. Plutôt à l’oracle de la Dive Bouteille et à sa mystérieuse injonction : Trinch !
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Pascal Ferrand dit | Merci pour ce bel article de "bateau ivre"... Je vais lire ce blog sans modération |
Le Grand Pan dit | A la Trappe! A la Trappe! |
Nicolas Herbin dit | « Un coup de rouquin » se dit encore dans le sud de la Côte de Beaune. J'ai des amis qui l'utilisent quotidiennement à Puligny-Montrachet. Entendu même dans la bouche de Jean-Claude Ramonet semaine dernière, faisant péter un Chassagne Clos St Jean rouge : « bon on fait péter un coup de rouquin après le Montrach' ?! ». Dedjieuuuu, fallait-y qu'il soit bon pour passer après une telle bête... |
Maurice dit | Se camphrer la ruche ? Oui, mais pas avec n'importe quelle abeille !!! |
Gaston Sbire dit | Quote: comment en serait-il autrement en France, pays du vin, par excellence? |
Paul dit | Depuis les limbes de mon enfance, j'entends encore un vieux morvandiau de ma connaissance, qui prenait plaisir à se "pomponner la cravate" avec un bon verre de Sancerre. |
Zig Zag dit | On ne pense bien, qu'en marchant! |
Mauss dit | J'aime 'se pomponner la cravate" mieux que "se torcher le galuchon", non ? |
Eric C. dit | Voir aussi le très agréable "Dictionnaire amoureux du vin" écrit par B. Pivot, notamment aux entrées "Ivresse" et "Paf". |
Philippe Margot dit | Mise en page très circonstancielle. |
Nicolas Herbin dit | La citation de De Funès vient de la Soupe aux choux, n'est ce pas Philippe ? |
Philippe Margot dit | Vous avez tout juste Nicolas! |
Paul dit | Nico, quand on est en manque, tu sais bien qu'on peut toujours jeter un coup d'oeil a ses oeuvres ... |
Paul dit | Arrêtez de dire que je suis mort ... et ne vous foutez pas de ma gueule dans mon dos bande de petits sagouins ! Je vous surveille. |
Paul dit | Voila ce qu'il dirait ... |
Ex Convento dit | |
Laurentg dit | Slogans polonais : |
Jacques Perrin répond | Il est temps de convoquer ici l'immense René Daumal et les premières lignes de la Grande Beuverie... La suite, c'est vous qui l'inventez si vous voulez : |
Comment Dire? dit | L'Abricot est bien meilleur que n'importe quel huis clos www.tierslivre.net/spip/s... |
(off Course) dit | |
Armand dit | Je ne bois du vin, ni pour étancher ma soif, ni pour l'ivresse, seulement par amour du vin. |
Bouillon D'onze Heures dit | Pour M. Margot & consorts / avec gratitude - www.youtube.com/watch?v=e... (happy B-day Bob!) |
Pascal Henry dit | Et puis l'incontournable,je préfère le vin d'ici à l'au-delà! |
La Lampe Merveilleuse dit | " Tout se soutire" |



























