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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

L'affaire Polanski : cul-de-sac.

Mercredi 30 Septembre 2009, 19:27 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 3518 fois
La spectaculaire arrestation de Roman Polanski, la semaine dernière à Zurich, a suscité de nombreuses réactions : sur l’oscillomètre des bons sentiments, elles vont des cris d’orfraie aux jugements les plus divers où, de l’esthétique et de l’éthique, on confond parfois les règnes.  Sans oublier le légalisme strict et vertueux...
 
De Répulsion (1965) à Cul-de-Sac (1966), de Catherine Deneuve (photo) à Françoise Dorléac.
 
Le droit, la loi et moi…
On peut l’aborder selon différents points de vue : l’affaire Polanski (ou plutôt : sa réactivation après de longues années de mise en veilleuse) apparaît comme un révélateur, le miroir de notre société ainsi qu’en témoignent les prises de position et le tollé soulevé par cette arrestation.
De nombreux artistes ont déjà protesté et les milieux culturels se mobilisent pour demander la libération de l’enfant terrible du cinéma. Des ministres français sont sortis du bois pour défendre Polanski et stigmatiser l’attitude de la Suisse. Des politiques de l’autre bord se sont émus de ces déclarations. Marine Le Pen a cru relancer sa carrière en évoquant « un ignoble soutien. » Cohn-Bendit et Luc Besson se sont retrouvés dans le même bateau.  What else ?

Beaucoup de buzz médiatique autour de pas grand chose ? Pas si simple...
 
En Suisse, il est vrai que les faits – le viol d’une enfant de 13 ans –  qui remontent à plus de trente ans seraient prescrits. Malheureusement, ils ne le sont pas aux Etats-Unis et, dans le cadre du traité d’extradition entre la Suisse et les Etats-Unis, ce sont malheureusement les règles de l’Etat requérant qui s’appliquent. D’où l'arrestation de Polanski. 

L’œuvre et la vie

Fallait-il pour autant solliciter les grandes pompes, désavouer le cliché de la fameuse discrétion helvétique, et coffrer le metteur en scène, à sa descente d’avion, alors qu’il venait assister au festival de Zurich où quelques heures plus tard un prix pour l’ensemble de son œuvre aurait dû lui  être remis ?
 
Les autorités politiques suisses ont beau multiplier les déclarations gênées à ce sujet, on ne peut s’empêcher de penser qu’arrêter Roman Polanski dans ces condition est pour le moins maladroit et irritant sur le plan des signes. Roman Polanski vit une partie de l’année à Gstaad. Procédant à cette arrestation dans le cadre anonyme d’un aéroport international, pensait-on  éviter de troubler la quiétude feutrée de la station du Sannenland ?

Bonne pêche policière, en tout cas : le procédé aura rameuté une partie de l’opinion internationale, contribuant au passage à véhiculer encore un peu plus l’image d’une Suisse formaliste et un brin désemparée. Laquelle n’hésite pas à prendre, symboliquement, la culture en otage !

Wanted and desired

Sans doute une des clés de toute l’histoire se trouve-t-elle dans le documentaire Wanted and desired que Marina Zenovich a consacré à la vie de Polanski.
 
Sorti fin 2008, ce film revient sur l’affaire Polanski, l’histoire du viol, le procès, et met notamment en exergue le juge Laurence J. Rittenband, surnommé « le Marteau » et le rôle ambigu qu’il a joué dans cette affaire.
Manipulé par ce dernier, Polanski aurait, après sa libération sous caution, pris la fuite pour éviter la très lourde peine que le juge lui faisait « miroiter ».
Sans vouloir minimiser la gravité des faits, reste que tout désignait Polanski comme le coupable à abattre...

De la culpabilité et de l'innocence
Après l’assassinat de Sharon Tate par Charles Manson et sa clique, Polanski s’est trouvé dans la position de la victime qui doit prouver son innocence. Sa femme, enceinte de huit mois, vient d’être sauvagement assassinée : à cette douleur immense s'ajoute la rumeur, l’odieuse rumeur, qui répand le soupçon délétère d’une complicité possible de Polanski avec les assassins de sa femme.
Depuis cette tragédie, sa vie, volens nolens, sera souvent associée à ces images, ces eaux troubles, ces fêlures où se côtoient, pour reprendre un vers de Léo Ferré, « le génie, le soleil et la mort… »

Aujourd’hui, même si sa victime de 1977, Samantha Geimer, a déposé en janvier 2009 une requête pour que les poursuites contre Polanski soient abandonnées, ce dernier se retrouve dans la position du coupable qui doit prouver que, trente-deux ans plus tard, il n’a pas cessé d’être coupable.

Restons un peu dans cette logique absurde avec quelques images de l’un de ses films au titre emblématique, Cul-de-Sac.
Je revois ce long plan fixe initial, les mouettes, la presqu’île, la ligne d’horizon, les poteaux électriques, le générique. Il y avait ce drôle de type hébété, gangster de pacotille, qui ressemblait à Groucho Marx. Et Lionel Stander en brute épaisse. Mais surtout, il y avait la sensualité presque éthérée, si fragile, de Françoise Dorléac courant à demi-nue parmi les dunes. Nous étions en 1966. Roman Polanski, avec son compère Gérard Brach, venait de signer un chef-d’œuvre qui allait le faire accéder à la notoriété.

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Cet article a été commenté 18 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Mauss dit

A t'on évoqué en Suisse la possibilité d'une sorte de "compensation" faite aux USA pour l'histoire UBS ?

Mercredi 30 Septembre 2009, 20:53 GMT+2 | Retour au début

L'Esthétique est éthique?
Aux USA, Un juge n'est pas l'état. On peut toujours avancer cet hypothèse, car on ne pourra jamais la prouver d'autant plus que les juges sont quand même aux USA indépendants de l'état.

Mercredi 30 Septembre 2009, 21:41 GMT+2 | Retour au début

Olif dit

Sharon Stone assassinée par Charles Manson, c'est probablement par instinct basique? Je me tate!

Mercredi 30 Septembre 2009, 22:09 GMT+2 | Retour au début

Alfredo dit

Pour les lecteurs intéressés par les aspects légaux de cette affaire et notamment des précisions concernant la notion de prescription, le blog de Maître Eolas a apporté quelques développements sur ces sujets. C'est ici :

www.maitre-eolas.fr/post/...

Mercredi 30 Septembre 2009, 22:26 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Bien vu ! Une Sharon peut en cacher une autre...

On en a évidemment parlé en Suisse : apparemment,aucun lien entre entre l'UBS et l'arrestation de Polanski !

Mercredi 30 Septembre 2009, 22:27 GMT+2 | Retour au début

M A N U dit

A lire, ce commentaire de Buisson sur le blog d'Yves Paccalet.

bit.ly/1W1Yoo

Jeudi 1 Octobre 2009, 09:24 GMT+2 | Retour au début

Carle dit

Je peux témoigner que Roman Polanski n'est pas un violeur de "petite fille."
A 17 ans, j'avais un ami que je voyais parfois dans un club "l'Elysée Matignon" et cet ami s'appelait Roman, il était très gentil... Moi, j'étais encore un Bébé qui ne connaissais pas les jeux du sexe et qui n'y pensait même pas! J'étais mal chez mes parents et aimais aller danser, parfois, le soir venu. Cette relation était sans arrière pensées de ma part. Lui avait des vues sur moi, probablement, mais n'a jamais rien forcé. Ma naïveté lui donnait plutôt un coté pygmalion protecteur. Le jour même de mes 18ans, je suis allée boire un verre (de lait) dans ce club et là, il m'a fait une vraie proposition, et j'étais libre de refuser ou d'accepter. R.P a été correct et je n'ai pas le souvenir d'avoir été forcée à quoi que ce soit. J'ai simplement refusé. Il aurait pu profiter de cette enfant que je suis restée longtemps, mais non, il ne l'a pas fait. J'aimerais connaître cette femme qui a porté plainte...à mon avis, elle a été quelques peu consentante...

Jeudi 1 Octobre 2009, 10:37 GMT+2 | Retour au début

Christian Rausis dit

"Mesdames messieurs les jurés, l’accusé reconnaît avoir enivré au champagne, donné des barbituriques, et avoir, malgré ses refus répétés, pénétré par la bouche, le sexe et l’anus cette personne.
— Objection, le physique prêtait à confusion !»
Pour info, l’intéressée à 13 ans : "

Vous disiez quelque peu consentante !!

Sans commentaire.

Jeudi 1 Octobre 2009, 11:14 GMT+2 | Retour au début

Carle dit

Je n'y étais pas et vous non plus. Si ces faits sont avérés, alors RP doit être condamné. Point. Au regard de mon expérience,( puisque par rapport à beaucoup, j'ai des faits tangibles sur lesquels m'appuyer et non provenant d'une opinion), je m'interroge sur la véracité de ce qu'avance cette femme aujourd'hui encore. Elle maintien les faits mais ne veut plus en parler! Moi, si on m'avait fait ça, à 13 ou à 17 je pense qu'encore aujourd'hui je souhaiterais avec rage que justice soit faite à la petite fille que j'étais.
D'autre part, je n'aurais jamais donné mon avis si je n'avais pas eu quelque chose d'autre sous le coude que mon opinion.

Jeudi 1 Octobre 2009, 11:43 GMT+2 | Retour au début

Z dit
Yves dit

"Malheureusement, ils ne le sont pas aux Etats-Unis et, dans le cadre du traité d’extradition entre la Suisse et les Etats-Unis, ce sont malheureusement les règles de l’Etat requérant qui s’appliquent. D’où l'arrestation de Polanski."

vous au moins on peut pas dire que c'est la honte qui vous étouffe belle âme!! puisque vous n'avez que les poètes au bout de votre plume
-" moi mon remord ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts, qui sont morts pour être aimés" - c'est de Paul ELUARD."

Jeudi 1 Octobre 2009, 18:48 GMT+2 | Retour au début

Rausis Christian dit

"J'ai appris à mes dépends, mais aussi et surtout aux dépends de celle à qui j'ai fait tant de mal, qu'une gamine de 13 ans ne peut en aucun cas donner son consentement pour une relation sexuelle avec un adulte. Je le répète, il est impossible qu'elle donne son consentement, y compris lorsqu'elle est explicitement demandeuse, c'est vous dire combien certains font fausse route et pourquoi je fus très justement condamné pour viol."

Qui plus est sous l'emprise de l'acool,des barbituriques et de Polanski qui est peut être un cinéaste génial, mais aussi un pervers et un lâche!

Merci pour votre message courageux.

Jeudi 1 Octobre 2009, 20:10 GMT+2 | Retour au début

Jury Populaire dit

Distinguer le droit de la morale, la prescription de la dette perpetuelle; la fonction de juge semble inhumaine.

Jeudi 1 Octobre 2009, 21:13 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Le poète vous salue M. Yves et vous informe que les propos concernant la prescription et le traité d'extradition sont la synthèse de ceux d'un célèbre avocat pénaliste. Dormez tranquille et n'oubliez jamais qu'"un rêve sans étoiles est un rêve oublié." (Eluard)

Jeudi 1 Octobre 2009, 23:26 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Et ça continue ! Mardi un très bon article dans Le Temps signé par Luc Debraine www.letemps.ch/Page/Uuid/...
Et aujourd'hui dans Libération un article de Lionel Baier, réalisateur qui, sous le titre "Cul-de-Sac au pays des Helvètes" met scène avec une saine ironie notre îlot de suissitude et le pirate Polanski en qui nos autorités voudraient voir un marin comme les autres...

Vendredi 2 Octobre 2009, 15:11 GMT+2 | Retour au début

Alfredo dit

Bernard Bertossa: «La loi pour Polanski aussi» :

www.letemps.ch/Page/Uuid/...

Mardi 6 Octobre 2009, 16:42 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Décidément, ce qu'il est convenu d'appeler l'"affaire Polanski" est un étrange miroir. En France, les chacals aiguisent leurs dagues contre l'infortuné F. Mitterrand, ça sent la curée...
Hier soir, à la fin d'une conférence qu'il donnait à Yverdon, Jacques Chessex s'est effondré au moment où il répondait à une question sur l'affaire Polanski.
carnetsdejlk.hautetfort.c...

Samedi 10 Octobre 2009, 10:18 GMT+2 | Retour au début

Jury Populaire dit

J'ajoute que le pardon ne se confond pas avec la prescription et qu'il constitue une forme de dette perpetuelle.

Mardi 27 Octobre 2009, 19:14 GMT+2 | Retour au début