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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Le vin d'hier et de toujours !

Mercredi 28 Octobre 2009, 19:11 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2054 fois
Esthète, avec un zeste de dandy sapé milord, collectionneur, passionné par les grands vins, surtout ceux qui ont allègrement dépassé le demi-siècle, Pierre Chevrier a quelque chose d’un personnage romanesque, façon Des Esseintes. Peut-être est-il d'une autre époque, vit-il dans une autre durée, un rythme différent, nourri par d'autres souvenirs que ceux du commun des mortels...
Château Haut-Brion, une des grandes références de Pierre Chevrier.
 
Pierre Chevrier vient de publier un livre, Le vin d’hier, paru chez Slatkine. Ouvrage où explorant les recoins de sa mémoire et de ses carnets de dégustation, il dresse l’inventaire d’une partie de sa vie de dégustateur hédoniste.
Un « Panthéon dionysiaque », comme Pierre Chevrier aime le rappeler : très belle évocation, dans l’avant-propos, de ce lieu mythique des années 70-80, le restaurant Le Rosaire, dans le quartier de St-Jean à Genève.
S’y pressait une foule de passionnés, des amateurs de grands vins, des banquiers, des hommes d’affaire, séduits autant par l’ambiance que par la qualité de la cave. Durant la période des examens trimestriels, on pouvait y voir quelques enseignants en goguette – dont un très jeune professeur de philosophie –, venus, entre deux séances d'oraux, du collège voisin !

J’aurais pu y croiser l’ami Chevrier qui y avait ses quartiers mais la rencontre a eu lieu plus tard. A la grande époque des dégustations mythiques qu’il mettait sur pied, à Genève ou ailleurs ! Yquem était à l’honneur. Tous les producteurs présents aux dix ans du CAVE se souviennent encore du légendaire Yquem 1945 que Pierre Chevrier, tard dans la nuit, nous offrit à l’Auberge de Chateauvieux !

Vous trouverez ci-dessous un extrait d’un texte, Yquem, écrit de l’an 2020, publié dans Vinifera suite à un repas fastueux mis sur pied par Pierre Chevrier...

Yquem, l’or du temps, tel est d’ailleurs le titre du premier chapitre du Vin d’hier. Inutile de demander à Chevrier quel est le plus grand Yquem. Si les apothéoses sont nombreuses «aucun millésime d’Yquem n’est mineur». rappelle le passionné.  Et je crois savoir qu’il en a goûté beaucoup !

Haut-Brion est une des autres passions de Pierre Chevrier. Il retrace avec précision et style l’histoire de celui qui demeure le modèle historique des grands vins rouges de Bordeaux, le rôle de la famille de Pontac ; l’extase de Samuel Pepys et l’empirisme appliqué « Observations upon vines » du grand John Locke.
 
Le vin, on le sait, est la meilleure machine à remonter le temps. D’un chapitre à l’autre, on suit la trace de Napoléon, en route vers Ste-Hélène avec, à bord, un pipe de Madère 1792.
 
On revient sur l’année de la comète qui fait suite au calamiteux millésime 1810.
 
Le Tokay est à la mode ? Voyons ce qu’en pense Lorenzo da Ponte : » Je m’asseyais à ma table de travail vers minuit, une bouteille de vin de Tokay à ma droite, une tabatière pleine de tabac de Séville, à ma gauche, et une jeune Allemande de seize ans à ma disposition… C’est ainsi que j’écrivis, la première nuit, pour Mozart, les deux premières scènes de Don Juan… »

Dans son inventaire des grands vins, Pierre Chevrier n’oublie rien. Le Château-Chalon est à l’honneur également avec de pittoresques évocations de la cave du commandant Grand, 18 avenue Pasteur à Arbois et de feu le docteur Millet qui savait se tenir à table !
 
La vallée du Douro et les vins de Porto sont mis en lumière. Je garde un très beau souvenir de ce voyage que nous avions fait dans la région en compagnie de Pierre Chevrier.

En revanche, j’ai moins aimé le chapitre, pas assez inspiré, trop livresque peut-être, sur la Romanée-Conti.

On se consolera pourtant avec le sillage des vins du Rheingau, de Chypre, un vieil Hermitage Paille de 1864 : autant de prétextes à de joyeuses et studieuses divagations.
 
Le Vin d’hier est aussi un Vin de jamais – certains n’existent plus ou ne sont plus disponibles qu’à de très rares exemplaires.
En même temps, pour qui a eu le privilège de les approcher, d’y goûter, de s’imprégner de leur temps et de leur lieu, d’entendre l’histoire qu’ils racontent, il est un devoir, une responsabilité même – Pierre Chevrier le sait – celle d’en préserver la mémoire, d'en dire l' essence ténue, le souvenir ineffable !

Le livre Pierre Chevrier, Le Vin d’hier, vins historiques et d’exception, Slatkine
Vendanges à Haut-Brion : ce sera le vin de demain, pour les générations futures...

"Répondant à l'invitation de Pierre J. Chevrier, grand collectionneur,fervent admirateur notamment des vins d'Yquem, nous étions 12 en cette magnifique journée du 4 décembre 1993 pour célébrer le 400 ème anniversaire du Château d'Yquem au domainede Châteauvieux près de Genève.

(...)

Comment relater les 3 monumentsqui nous furent ensuite servis ? Certains critiques estiment que boire un grand Yquem est une expérience de type mystique et quiconfine donc à l'ineffable. Je tenterais pourtant de décrire ici, comme témoignage d'une expérience rare, ces trois vins: le premier, un Yquem 1893, à la robe ambrée avec des reflets bruns, peut-être légèrement entaché au niveau aromatique avec son nez de mousse, de champignon, de truffe. Mais quelle belle bouche, d'une remarquable fraîcheur d'attaque, évoluant sur une structure ample et élancée, et s'achevant sur une très belle finale. Il y a tout juste cent ans,ce vin venait de naître après un été si chaud que les vendanges commencèrent au mois d'août. Cette année-là, Yquem battit un curieux record et produisit 25 hl/ha. C'est en 1893 également que disparut Guy de Maupassant à qui l'un des plats suivants rend un hommage indirect.
Vint ensuite une pure merveille, l'Yquem 1869, portant allègrement ses 124 ans. Superbe robe dense,ambrée. Un nez qui éclate par étages aromatiques successifs : crème brûlée, figue sèche, raisin de Corinthe, réglisse, café, amandes.On est comme pétrifié de plaisir, au palais, par cette extraordinaire suavité de texture, parfaitement fondue, et cette structure enveloppante, à circonvolutions. La finale ascendante, trace longuement les signes du temps : de quoi faut-il nous souvenir nous qui, un siècle plus tard, commencions à peine à balbutier ?

Pour compléter le tableau, on nous servit un Yquem 1861, vin baroque à la robe soutenue acajou, aux reflets moirés. D'une année marquée par la griffe noire du gel qui s'abattit sur le vignoble un 6 mai ... Le rendement fut infime et, comme une centaine d'années plus tard, en 1991, il y eut quelques glorieux rescapés dont ce vin que l'on versa avec d'infinies précautions dans nos verres. Eclatant au nez avec des arômes d'essence de pin,de caramel, de vanille, de réglisse,de figue, il offrait ce jour-là une bouche un peu en retrait du nez,dense, d'une fine vivacité, mais qui n'offrait peut-être pas l'accomplissement de celle du 1869. En guise d'escorte, Philippe Chevrier avait imaginé des queues de langoustines sautées à l'émulsion de vieux sauternes et au caviar osciètre impérial. La fragrance iodée d'un très vieil osciètre, assagie par l'onctuosité d'une réduction de Sauternes finement émulsionnée. (...)

extrait de Yquem, écrit de l'an 2020
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Mauss dit

Il y a des riches qui savent vivre et surtout partager.
Belles évocations de moments rares.
Lorenzo da Ponte : le Bonobo de l'époque ?
Va savoir, Charles !

Jeudi 29 Octobre 2009, 02:03 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Le flamboyant Pierre Chevrier parle de son livre et présente son livre dans cette interview de Christophe Menozzi. Juste avant de d'emporter la décision (pour le compte d'un groupe d'amis) sur le Vin Jaune 1774 vendu lors de la récente "Percée". 57 000 euros le clavelin !
Voir ici : www.youtube.com/watch?v=a...

Mardi 8 Fevrier 2011, 18:22 GMT+2 | Retour au début