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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Le vin des hyperboréens.

Mercredi 3 Fevrier 2010, 12:13 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 1026 fois
Sur ce chemin de gel, nous montons en direction du Pas de Bœuf, au-dessus de cette station valaisanne qui a fait du sentier planétaire sa source d’inspiration. Le temps est vif, sec, acéré comme une lame de Damas. Des courants d’air froid déboulent en salves serrées des montagnes voisines. On dirait des choquards venus faire leur marché en claquant du bec.

Arrivée au col. Le vent du nord souffle avec une sorte de rage à peine contenue. Personne n’a l’envie de s’attarder là. Ou se livrer à des calculs d’indice de refroidissement éolien. La température doit flirter avec les – 25°C.  

Même si tous les gestes fonctionnent au ralenti, j’ai soudain une pensée pour une terre accueillante qui se situe au-delà du règne de Borée – l’insidieux vent du nord – et de ses glaces. Ses habitants sont les hyperboréens auquel Nietzsche s’identifiait avec allégresse :
“Ni par terre, ni par mer, tu ne trouveras le chemin qui mène chez les Hyperboréens” 
 
« Regardons-nous en face. Nous sommes des hyperboréens, — nous savons assez combien nous vivons à l’écart. “Ni par terre, ni par mer, tu ne trouveras le chemin qui mène chez les Hyperboréens” : Pindare l’a déjà dit de nous. Par delà le Nord, les glaces et la mort — notre vie, notre bonheur... Nous avons découvert le bonheur, nous en savons le chemin, nous avons trouvé l’issue à travers des milliers d’années de labyrinthe. Qui donc d’autre l’aurait trouvé ? »
Nietzsche, l'Antéchrist
 
Les hyperboréens semblent me faire signe dans le grésil et la lumière blafarde d’un jour blanc. Premiers parmi les présocratiques, mi-chamans, mi-philosophes, ils sont à l’origine de la pensée grecque et marqueront de leur empreinte les pratiques apolliniennes de Delphes et de Délos...
 
Mais pourquoi je vous raconte tout ça, moi ? C’est fou ce à quoi on peut penser quand on est en train de geler sur place !  

Vous portez des noms de flammes et de lumière, leur dis-je. Vous vous nommez Abaris le Scythe, Aristéas de Proconnèse, Épiménide de Crète, Phérécyde de Syros ou encore, Hermotime de Clazomènes. On dit que vous êtes des faiseurs de miracle, que vous cultivez cette vertu de retenir le vent entre vos mains jointes, de guérir par la musique, d’ordonner les nombres et les étoiles. Vous êtes connus chez nous sous le nom d’ »hyperboréens ». Nous avons mis vingt-six siècles à retenir votre trace. Votre lieu d’élection se situe aux confins du monde, une terre parfaite où le soleil brille en permanence

Il faut dégager, et vite !  Quitter ces hauteurs ! On plonge dans la pente, fuse sur la neige étincelante. J’ai le nez d’un Pierrot mal luné. Gelé. Un comble pour qui pratique ce métier de humer ! Dans le vent, le froid, le silence, les visions, tout se mêle. Je me souviens d’histoires de rhinoplastie, de femmes auxquelles on coupait le nez pour infidélité supposée. Atroce époque. La chirurgie reconstructive a commencé ainsi...

Pierre-Yves Stoeri, gîte du Prilet
 
Quelques minutes plus tard, nous trouvons refuge au gîte du Prilet, où ronfle un poêle rassurant. Pierre-Yves Stoeri, mine de chat gourmand, s’approche avec la carte des mets. Un choix classique, très montagne, avec une raclette qui, m’assure-t-on, est une des meilleures à la ronde.
 
Le Pot au feu salvateur.
 
Va pour un Pot au feu salvateur ! Passé l’onglée traditionnelle qui vous danser la java alors que vous devriez être rasséréné, me voici attablé devant une solide marmite. Légumes cuit al dente, paleron de bœuf (du vrai Simmenthal, fondant, soyeux) et bouillon translucide. Nous voilà arrivés à bon port.
 
Et chez les hyperboréens que boit-on ? La carte des vins ne manque pas d’atouts, des découvertes, des valeurs suisses, des jeunes qui montent. On peut même s’aventurer vers des terres bordelaises accueillantes avec un Palmer 1993 à un peu plus de 100 frs ! Très jolie Arvine 2007 de Jean-Marie Pont à Sierre.
 
Bon, il est temps de filer maintenant vers le Nord. Des nouvelles bientôt.
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Cet article a été commenté 6 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Jacques,

Très faible Palmer 93 dans une horizontale en 2006 ...

Qq vins s'en sortirent bien (dans notre aprovisionnement) : Trotanoy, Haut-Bailly, Gazin, Clinet, Gruaud, Lafite, Las Cases.

Des nouvelles des bloggeurs du GJE ?

Mercredi 3 Fevrier 2010, 12:28 GMT+2 | Retour au début

Bendicht dit

La variante - la monteée du Prîlet au Weisshorn à travers la fôret et ensuite jusqu' au sommet du Touno: on s'y régale également, notament pendant la descente du Touno où on oublie toute philosophie sur le coup! The catch 22: à recommander que pour des journées bleues...
Autre: Jean-Marie Pont se bonifie effectivement avec chaque millésime - les vins de ce garçon sympa sont à suivre.

Mercredi 3 Fevrier 2010, 18:23 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Tu as raison Bendicht, la montée au Tounot, c'est pas mal aussi et il y a deux jolis couloirs à skier à la descente, pleine face. Mais non, on n'oublie pas la philosophie, sinon c'est elle qui vous oubliera !

Mercredi 3 Fevrier 2010, 21:18 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Aaarghhh !

C'est donc là l'origine de mes déficiences ! La philo m'a jeté aux oubliettes.

Sacré Grand Jacques !

Mercredi 3 Fevrier 2010, 21:49 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Déficience, déficience... Tout de suite les grands mots, François... Elle reviendra, la philo, au galop ! tu verras... C'est comme la musique. Sans elles, que serions-nous ? Rien ne nous préserverait de la bêtise et du désespoir !

Mercredi 3 Fevrier 2010, 21:56 GMT+2 | Retour au début

Luc dit

Ah, Pierre-Yves et Marie-Claude, connus à l'époque de la cabane de l'Illhorn.
Bon choix en effet!

Samedi 6 Fevrier 2010, 10:39 GMT+2 | Retour au début