Bobos nyctalopes, branchés omnivores et dégustateurs à l’aveugle adorent cette adresse, nichée dans le Xième, dans une rue où, ma foi, l’animation ne manque pas. Incroyable de voir que les chauffeurs de taxi parisiens ne connaissent pas ce genre d’endroit ! Un comble, il faut leur indiquer la station de métro la plus proche, Ledru-Rollin !
Petter Nilsson, wonder boy de la Gazzetta.
Haut lieu de la bistronomie bobo, la Gazzetta de Petter Nilson méritait bien un tel détour. Décor année de brasserie des années trente, deux salles, un bar, des bougies à foison, qui génèrent un clair-obscur entre Rembrandt et l’extinction des feux.
Pas de chance, la table qu’on nous a attribuée se situe dans un véritable trou noir ! Rien à voir hélas avec l’ »outrenoir » de Soulages et sa lumière particulière !
Vu d’ici, les plats ressemblent à un monde en gestation, un magma aux contours imprécis. Une voix dans la nuit évoque même l’atmosphère d’une alerte aérienne.
Question photos, je crains un peu le pire, Je demande donc à changer de table. On m’amène une luciole supplémentaire. Je me garderai donc de chanter ce soir : mon ami Petter, ma chandelle est morte, je n’ai plus de feu. D’ailleurs, l’info a circulé près du bar, tout à l’heure : Petter n’est pas là ce soir.
ambiance de la rue Cotte, un vendredi soir.
Voici le menu tel que j’ai réussi à le déchiffrer :
Jaune d’œuf confit et oignon doux de Cévennes, endive et cresson
C’est frais, amusant et pimpant. On attend la suite.
Saint-Jacques rôties et lentilles corail, aneth et vinaigre
Pour mémoire, voici ce qui reste du plat dans la chambre noire ! Ce sera la seule photo de la soirée. Contrairement aux apparences, elle n’est pas ratée… Mon Lumix réalise d'habitude des prodiges, mais là, mission impossible !
Lamelles de cabillaud et topinambours, citron et noisettes
Il y a de l’idée. Produit de qualité. Le cabillaud s’effeuille en corolles translucides. Cuisson impeccable. Lamelles de topinambours à cru. Elles semblent appeler irrésistiblement la noisette, un peu trop envahissante pourtant.
Bœuf basque braisé et purée de rattes, moelle fumée et champignons
Très beau plat dans l’esprit bistrot. Les saveurs sont franches, profondes, équilibrées et la moelle fumée est astucieuse.
On conclut cette leçon de ténèbres avec deux desserts assez ébouriffants, surtout le deuxième :
Semi-freddo de mandarines, meringues et pistaches
Ganache Caraïbe et brioche thé fumé, céleri et ananas
Carte des vins : plutôt limitée. Visiblement, on n’a guère l’envie ici de se compliquer la vie. Les vins sont classés en trois catégories : à boire frais / les insulaires et les continentaux avec une petite fenêtre sur l’Italie et l’Espagne, mais minime. Et les verres sont bistroy...
Dégusté un Château La Négly blanc 2008 Brise marine qui ne nous a pas emportés et un honnête Faugères 2008 L’Ancienne Mercerie qui ne casse pas trois pattes à un Domaine Saint-Antonin, par exemple.
Service distant et impertinent :"Pourquoi prenez-vous des notes, laisse-vous aller au plaisir !"
Les prix menu à 5 plats 38 € et 7 plats 50 €. Compte tenu de la qualité proposée, ils expliquent le succès de l’établissement et, peut-être, la parcimonie de l’éclairage.
Cela dit, soit je n’ai rien compris, soit nous n’avons pas vu le même film et il faudra qu’on m’explique pourquoi cette Gazzetta est considérée par certains comme la septième merveille de Paris !
L’adresse La Gazzetta 29 rue de Cotte Paris
t. 01 43 47 47 05