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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Histoires de Valerie Solanas.

Mardi 9 Mars 2010, 18:27 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2375 fois
C’est vraiment une fille étrange. Sur le meilleur portrait que l’on possède d’elle, on la voit, émaciée, visage anguleux, regard intense, concentrée sur le geste d’écrire. Elle est coiffée d’une casquette, vêtue d’une pelisse, comme s’il faisait froid au-dehors. Ou, peut-être, à l’intérieur.
Pièce tirée de Drömfakulteten de Sara Stridsberg et représentée au SIRIUS TEATERN OCH TEATER 90° 
 
« L’enfance est une éternité de libellules éblouissantes et brûlantes… »
Naissance à Ventnor City, dans le New Jersey. Enfance trouble, sordide même. Violée par son père. Une mère ambivalente, proche et absente. A quinze ans, elle largue les amarres. Elle quitte le désert, la mer, « l’amoncellement des miroirs sans tain » pour d’autres plages, d’autres brûlures.
On la retrouve, boursière, à l’Université du Maryland. Elle brille, subjugue, fascine. Son destin est tout à coup paré des feux d’une gloire possible, d’une renaissance : chercheuse en psychologie ? écrivain ? Présidente de l’Amérique ?
 
Elle traverse ensuite les USA. Mendie. Se prostitue. On perd sa trace. Elle réapparaît à Greenwich Village, une pièce de théâtre sous le bras : « Up your Ass » qu’elle fourgue à Andy Warhol. Elle a choisi : elle sera écrivain ! Dans la foulée, elle écrit Scum Manifesto, pamphlet féministe pur et dur, qui lui vaudra une certaine gloire. Ou comment réduire les hommes à leur portion congrue.

 
"ANDY : Je ne veux pas être Andy Warhol"
Le 3 juin 1968, dans le hall de la Factory, elle tire à trois reprises sur Andy Warhol. Celui-ci a égaré l’unique exemplaire de « Up your Ass ».
A cet instant, cette fille étrange entre dans l'histoire ; elle a un nom : « Appelle-moi comme tu voudras. Mon vrai nom, tu ne le sauras jamais. La théâtralité. La mise en scène. L’extermination. »

Celle qu’on emprisonne et qui séjournera ensuite à plusieurs reprises en établissement psychiatrique s’appelle Valerie Solanas. Sa trajectoire chaotique s’achève un soir d’avril 1988, au Bristol Hotel, un clandé sordide pour michetons. Seule, malade, anonyme.
 
Valerie et Marylin : « Une métaphore ratée. Comment décrirais-tu cet oiseau ? »
Cette histoire brisée, erratique, tragique s’est imposée à la romancière Sara Stridsberg ; Valérie Solanas est entrée dans sa vie comme une déflagration : »J’ai été ensorcelée par le paradoxe Valerie Solanas », confie-t-elle dans sa postface à son dernier livre, La Faculté des Rêves.
 
La pute intellectuelle, l’enfant sauvage, la rebelle, la lesbienne militante et son double rêvé, Cosmogirl : ou les fragments de la vie fracassée de Valerie Solanas. Dans l’espace de la fiction, ils constituent peu à peu un motif, tissent une atmosphère, déterminent différents régimes d’intensité.  

Peu importe qui était la « vraie » Valerie Solanas historique, dont le nom signifie « oiseau des mers » : l’espace que se donne la fiction est celui du jeu, de l’invasion, des miroirs, des lignes de fuite, « une promesse d’absolument rien ».

Echapper à la tyrannie du personnage et la psychologie censée le définir, décrire plutôt à travers la figure de Solanas une époque (l’Amérique de McCarthy), les courants et les forces souterraines qui la traversent, c’est ce que réussit admirablement Sara Stridesberg. La Faculté des Rêves, son deuxième roman, est une réussite, par son approche, plurielle, centrée sur plusieurs perspectives (dialogues imaginaires, abécédaire, monologue intérieur) et par une écriture d’une étonnante maturité.

Cette intrusion de la fiction dans l’espace du réel est toujours fascinante Quand un véritable écrivain s’empare d’un sujet aussi fort, quand la fiction en faisant intrusion dans le « réel » porte, comme disait Deleuze, "la vie à l’état de puissance non personnelle", on se trouve alors face une œuvre vitale, nécessaire, bouleversante. C’est incontestablement le cas de La Faculté des Rêves de Sara Stridsberg !
 
Extrait...
LA NARRATRICE : Valerie ?
VALERIE : Oui ?
LA NARRATRICE : Je n’arrive pas à ne pas penser à toi.
VALERIE : Il faut que tu penses à autre chose. Rentre chez toi et termine ton roman, là.
LA NARRATRICE : Il est à chier, le roman.
VALERIE : C’est bien. Va-t’en maintenant, bébé romancière. Tu vas voir, ce sera une belle journée dehors.

Le livre Sara Stridsberg, La Faculté des rêves, La Cosmopolite, Plon

Post scriptum : même démarche, même approche ? Sévère, le dernier livre de Régis Jauffret vient de sortir. Il est consacré à la fameuse affaire Stern. Je ne l’ai pas encore lu mais on ne peut s’empêcher d’établir un parallèle entre ces deux figures, Cécile B. et Valerie Solanas. Andy Wharhol n’avait pas revêtu de miroir-latex aux fantasmes ; il a survécu quelques années à cette tentative de meurtre. Pour le reste, il sera intéressant de croiser les lectures et d’observer la façon dont, s’emparant d’une figure, la littérature réussit à la porter à son point d’incandescence.  
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Incognito Solo dit

Il me semble vous avoir connu. C etait il y a 12 años, un matin d ete au bord de la panamericana. Vous portiez des chaussettes fushia... valerie.

Mercredi 10 Mars 2010, 23:44 GMT+2 | Retour au début

Incognito Solo dit

Erreur... ca n etait pas vous... Valerie tout de meme.

Mercredi 10 Mars 2010, 23:52 GMT+2 | Retour au début