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Jacques Perrin

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Jean Ferrat, la fin d'une époque.

Samedi 13 Mars 2010, 23:13 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2916 fois
L’actualité a provoque parfois d'étranges collisions.  La dépouille de James Brown aurait été volée (on dirait Un Privé à Babylon de Brautigan !) et le camarade Ferrat à la voix d’or, s’en est discrètement allé. Avec la disparition de l’ermite d’Aubenas, c’est une époque qui prend fin, celle des monstres sacrés dont les initiales commencent par B et F.
Jean Ferrat en compagnie d'Elsa Triolet et de Louis Aragon.

Les hommes politiques y vont de leur déclaration dans l’urgence, c’est qu’on l’avait presque oublié celui-là, même si ses disques continuaient de cartonner en terme de ventes. Un paradoxe pour un chanteur engagé qui se méfiait du Système

A propos de F... : dans la montagne.fr, (titre prédestiné !) un certain Jean Ferré entonne son couplet. Il a, malgré son patronyme, toujours préféré Ferrat à Ferré dont, dit-il « A l'époque, ses chansons ne m'accrochaient déjà pas. Et c'est toujours pareil aujourd'hui. Je n'ai jamais aimé non plus son côté anarchisant ».
On le laisse à ces certitudes.
Pour moi, entre Ferré et Ferrat, c’est tout choisi !  Même si j’ai la plus grande estime pour le chanteur Ferrat, dont la rencontre avec Aragon fut déterminante. Pourtant, l’alchimie n’a pas opéré immédiatement. En 1955 déjà, Ferrat a mis en musique Les yeux d’Elsa mais ce n’est que cinq ans plus tard avec J’entends, j’entends que le poète et le chanteur se trouveront.

C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou

Louis Aragon, J'entends, j'entends

Nous sommes en 1960, Ma Môme, signée Ferrat, vient de connaître le succès. Séquence nostalgie avec ce « clip «  rétro. Devant le juke box, le chanteur de charme, tendu comme avant d’entrer en scène. Et le regard de la belle qui ne vous quitte pas des yeux. Ferrat a bien raison de déclarer avec Aragon : » la femme est l’avenir de l’homme »

Par la suite, la complicité entre les textes d’Aragon et le chanteur sera telle qu’on a l’impression d’une véritable symbiose. Ces poèmes ne sont pas ceux d’un parolier, ces chansons ne sont pas celles d’un simple interprète : la voix de Ferrat révèle la nature profondément musicale des poèmes d’Aragon dont la merveilleuse liberté des images ne le cède en rien à une métrique rigoureuse qui la prédestinait à être chantée.

Que choisir parmi ce florilège de chansons – et je me garderais de passer sous silence les chansons où s’exprime le Ferrat parolier, telles que Nuit et Brouillard, La Montagne ou Je ne chante pas pour passer le temps – les chansons d’amour bien sûr mais il en est une pour laquelle j’ai une prédilection particulière. Elle s’intitule Robert le diable et évoque bien sûr la figure de Robert Desnos, compagnon de route de Louis Aragon, poète fulgurant et immense, déporté et mort à Theresienstadt en 1945.

A quelques années d’intervalle, Robert le Diable résonne en écho avec Nuit et Brouillard qui évoque la déportation du père du futur chanteur. Ce dernier est âgé de 11 ans lorsque son père disparaît dans l’enfer d’Auschwitz. Il est sauvé à ce moment-là par des militants communistes qui le recueillent. Il y a des engagements et des fidélités qui ne sont pas simplement idéologiques.

Tu portais dans ta voix comme un chant de Nerval
Quand tu parlais du sang jeune homme singulier
Scandant la cruauté de tes vers réguliers
Le rire des bouchers t'escortait dans les Halles
Tu avais en ces jours ces accents de gageure
Que j'entends retentir à travers les années
Poète de vingt ans d'avance assassiné
Et que vengeaient déjà le blasphème et l'injure

Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne

Louis Aragon, Robert le Diable

 

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Cet article a été commenté 3 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Pascal Henry dit

Je croyait qu'il était éternel Ferrat,ça n'est ni une bonne nouvelle ni un bon dimanche.

Dimanche 14 Mars 2010, 12:09 GMT+2 | Retour au début

Nicolas Bon dit

Mais il l'est Pascal, il l'est éternel ! seulement maintenant, il l'est ailleurs...

Dimanche 14 Mars 2010, 19:34 GMT+2 | Retour au début

Et dans "La Montagne", le vin n'est pas absent :

"...Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu'au sommet de la colline
Qu'importent les jours les années
Ils avaient tous l'âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C'était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S'il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle..."

Lundi 15 Mars 2010, 13:04 GMT+2 | Retour au début