Martha Argerich, l'éclair et les sortilèges.
Je salue ici la parution de l’excellente biographie L’enfant et les sortilèges consacrée par Olivier Bellamy à la pianiste Martha Argerich.
J’en ai entamé la lecture, juste avant une dégustation de quelques vins de légende, que je relaterai demain. Vous l’avouerais-je ? J’ai presque souhaité que celle-ci ne s’éternise point, afin de pouvoir, au cœur de la nuit, en parcourir encore quelques pages.
Gulda : »Oh ! Argerich, je crois qu’on est de la même famille. »
De l’enfance à la maturité, des années de formation aux grandes interrogations, le livre de Bellamy retrace la carrière de l’immense Martha, ce pur joyau, enfant surdouée, apparue un 5 juin 1941 à Buenos Aires. Si Juanita, la mère, prendra plus tard en mains la carrière de son prodige de fille, tel un manager redoutable, c’est le père, « Tyrano », qui très tôt aurait décelé l’éclair de génie dans le regard de sa fille.
Les dons de Marthita ou Martula, comme on l’appelle à l’époque, apparaissent très tôt : à l’âge de deux ou trois ans, au moment où, effleurant pour la première fois un piano, la fillette reproduit intégralement une sonate qu’elle a entendue jouer.
A cinq ans, Martha est confiée à l’autorité inflexible du célèbre pianiste italien Vincenzo Scaramuzza qui « habité par la folie de la netteté et de la souplesse, désirait avant tout une expressivité maximale de chaque note. »
Olivier Bellamy rapporte cette scène qui va bien au-delà de l’anecdote : à l’intraitable Vincenzo Scaramuzza qui un jour a renvoyé Martha de sa classe de piano parce que celle-ci avait omis de le saluer et de s’en excuser, Juan Manuel Argerich, le père de Martha, avait rétorqué : »mais enfin, c’est une enfant ! ». La réplique du maître fusa, sans appel : »Non ! elle a neuf ans mais son âme a quarante ans. »
Comme si déjà, on pouvait pressentir ce qui constituera la trajectoire, belle, irradiante, de la pianiste : le caractère fulgurant de l’extrême précocité, une fraîcheur juvénile et une forme de grande maturité, qui n’est pas uniquement liée à l’âge.

A cet instant, on lit, dans l’incompréhension de Charles Dutoit, son ex-mari, la distance qui semble les séparer...
Après Scaramuzza, le destin de Martha Argerich croise la route de Friedrich Gulda. Martha n’a que quatorze ans. Elle le suit à Vienne, accompagnée par ses parents.
« En entendant jouer Friedrich Gulda, Martha Argerich a senti un grand vent d’air frais la traverser.
C’était un mariage tellement idéal de la virtuosité et de l’intelligence que tout, à côté, paraissait sentimental, vieillot ou maniéré. Le rythme d’abord : impérieux, fondamental, décanté. Le texte respecté à la virgule près, avec un sens maniaque de la précision, mais surtout une énergie vitale, physique, proche du jazz. »
C’est Gulda lui-même qui, un jour, après avoir entendu la jeune fille interpréter le Concerto italien de Bach, aura ce cri du cœur : »Oh ! Argerich, je crois qu’on est de la même famille. »
Plus tard, Gulda dira à son confrère Paesky : » ce n’est pas seulement la première pianiste du monde, c’est un phénomène qu’on ne peut pas expliquer. »
D’autres jalons encore : Vladimir Horowitz, Arturo Benedetti Michelangeli (qui en un an et demi n’accordera que quatre « leçons » à Martha…), Nikita Magaloff et les pianistes frères et complices Fou Ts’ong, Nelson Freire, d’autres encore.
1957 est une année charnière dans celle de Martha Argerich : concours de Genève, concours Busoni à Bolzano, prix du podium de la Jeunesse à Hambourg, la jeune pianiste remporte tous les premiers prix, suscite une engouement incroyable, embrase des salles entières qui l’acclament debout, dans ce bonheur d’assister à l’éclosion d’un génie, cette joie extrême d’être traversé par l’éclair musical, transformé, de pressentir que désormais, peut-être, rien, dans sa propre vie, ne sera comme avant !

Que René Char me pardonne de modifier ainsi ce fragment de la Parole en Archipel :
« L’éclair me dure,
La musique me volera de la mort. »
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Caliopee dit | Avec le temps, ce que l'on gagne, c'est l'expérience, ce que l'on perd, c'est l'illusion. |
Armand dit | Le génie de l'interprète c'est quand elle entends et traduit des choses que le compositeur n'entendais probablement pas. |
Laurentp dit | Elle sera de retour au Festival de Verbier cette année. Le 17 juillet. |
Brely Sylvie dit | C'"est un très beau livre qui fait ressentir de l'intérieur la vie d'une artiste exceptionnelle...j'ai beaucoup aimé |
Mauss dit | Grand Jacques : |
Nicolas Herbin dit | Ne pas se priver non plus de la quotidienne d'Olivier Bellamy - "Passion classique" - sur la radio éponyme (je sais, les puristes vont encore dénigrer, ils adorent faire ça) : c'est franchement souvent très bien. For me, i say. |
Pascal Henry dit | Ne jamais perdre son âme d'enfant entretien l'illusion |
George Clooney dit | C'est qui son coiffeur? |
Caliopee dit | Et comment fait-on pour ne pas perdre son âme d'enfant?! |
George Clooney dit | Caliopée je viens de lire un article sur un gars qui s'est nourri toute sa vie de pain et de chocolat: |
Olivier dit | J'aime bien son interprétation de la sonate de Liszt libre et féline...ainsi que son interprétation hallucinante avec Kremer des sonates pour piano et violon de Beethoven. Après faut quand même reconnaitre que dès qu'elle est avec d'autres personnes cela se gâte un peu, un peu du genre à en faire qu'à sa tête! enfin c'est ce que je trouve. |
Le Goffe dit | Moi, c'est son jeu dans Bach que j'affectionne particulièrement et notamment dans les suites anglaises; à mettre en parallèle avec la version d'Ivo Pogorelich... ça n'est pas un hasard si Martha Argerich a claqué la porte du jury quand on a pas donné le 1er prix au concours chopin à celui qu'elle estimait devoir le recevoir..j'adoooore cette personne! |
Laurentg dit | Bertrand, |
Genevieve Normand dit | J'ai adoré ce livre de O. Bellamy et j'en ai fait cadeau à des amis qui apprecient Martha |
Alfredo dit | Entretien avec Alberto Neuman: |






























