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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

De quelques vins de légende et du sublime...

Lundi 22 Mars 2010, 23:08 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 5951 fois

Parallèlement à la dégustation verticale des vins d’Antoniolo, j’ai eu le plaisir d’animer, le soir même, pour un groupe de clients privés, un atelier autour de « quelques vins de légende ». 

 

Tout l’éclat et la magie d’un grand vin du Mesnil ! Aucun des participants n’avait à ce jour goûté un champagne Salon. J’ai déjà parlé à plusieurs reprises de cette maison qui produit la quintessence du grand Champagne.  Monocépage (chardonnay), monocru (19 parcelles toutes situées au Mesnil sur Oger), production toujours millésimée et rare (39 millésimes seulement au vingtième siècle), c’est l’instant Salon et celui-ci est purement magique ! 
Bulle légère, d’une extrême finesse. Nez d’une grande distinction aux notes de fleurs blanches et d’agrumes.  Bouche, ciselée, dansante, sur un fil harmonique avec une très belle osmose entre le fruit et le minéral.

Puligny-Montrachet En La Richarde, Domaine d'Auvenay 2004 
Si en 2004, Lalou Bize-Leroy a déclassé ses rouges au niveau de « villages », elle juge ses blancs remarquables, malgré les problèmes de grêle, comparables selon elle aux 1992. Sur cette petite parcelle de 4000 m2, située en appellation « village » (à ne pas confondre avec le En la Richarde située sur les Folatières, Lalou Bize a produit en 2004 à peine 1200 bt. Ce vin imposant, d’une richesse phénoménale en extrait sec, au nez marqué par un léger réduit de bois, a surpris, voire décontenancé, certains participants. Et pourtant : arriver à cel niveau de complexité pour un simple « village » est assez phénoménal….

Château Laville-Haut-Brion blanc, Pessac-Léognan 2005 
Issu à 80 % de sémillon, ce petit cru de 4 ha donne un vin blanc rare, doté d’une exceptionnelle aptitude au vieillissement et qui figure parmi les meilleurs blancs secs de Bordeaux. A noter que, dès le millésime 2009, Laville-Haut-Brion change de nom et s’appellera désormais Château La Mission Haut-Brion blanc. Un vrai retour aux origines puisque dès 1928, au moment de l’acquisition du Clos Laville par Frédéric Woltner, propriétaire du Château La Mission Haut-Brion, le vin blanc qui en était issu fut nommé Château Mission Haut-Brion blanc, et ce jusqu’en 1934 où il devint Laville Haut-Brion ! 
Contrairement au Puligny qui le précédait, ce vin est beaucoup plus ouvert et plus accessible. Ses notes d’agrumes, de pin, d’infusion sont d’une subtilité rare et le corps fuselé, tonique, se développe longuement en bouche en direction d’une finale évasée et complexe. L’élégance d’un grand Bordeaux blanc sec qui, en dépit de son caractère avenant, a encore tout l’avenir devant lui !
Lalou Bize-Leroy dans une de ses vignes (Ce n'est pas ici "En la Richarde" mais Bonnes-Mares)
 
J’ai déjà évoqué, ici même, l’histoire et les vins du Clos de Tart, dont une fabuleuse verticale réalisée l’an dernier. 
Ce 2006 – que Sylvain Pitiot aurait tendance à rapprocher du 2001– se présente aujourd’hui comme un (presque) nouveau-né. La robe est belle, lumineuse, parée de nuances rubis. Nez fin, intense, sur des notes de baies des bois, de réglisse et de violette d’une grande pureté. La fusion du bois est parfaite. Corps splendide, dense, d’une magnifique construction avec une puissance qui dépasse les limites du millésime. Tannins d’orfèvre, magnifiquement nuancés. Une réussite !
 
La Mondotte, St-Emilion 2002 
C’est un peu l’outsider de la dégustation puisque l’histoire de la propriété est récente (premier millésime : 1996) et, de surcroît, il est présenté dans un millésime disons…exigeant. Bref, le genre de millésime où les meilleurs tirent leur épingle du jeu. Pas de problème pour cette Mondotte qui confirme ici son statut de réussite avec un vin raffiné dans sa présentation (notes finement mentholées, réglisse, violette) sur un corps à la forme sphérique, avec une pulpe qui enchante les participants. Un vrai vin d’hédonisme qui se goûte actuellement à la perfection. 

Château Latour, 1er GCC Pauillac 1999 
On se souvient que 1999 ne fut pas un millésime évident à gérer avec une sortie abondante, un été contrasté et une pression importante de mildiou. Sauf erreur, c’est dans ce millésime que la nouvelle équipe, dirigée par Frédéric Engerer, se met en place. Quoi qu’il en soit, un travail important a été fait cette année-là à Latour pour réduire les rendements et optimiser la récolte. Ainsi les merlots ont pu être rentrés avant les pluies. 
Si le nez paraît être en phase intermédiaire avec quelques notes un peu brouillées à ce stade, avec une touche animale, le corps est splendide, très droit, avec une finale aux tannins fermes et puissants. Contrairement à un certain nombre de 1999 qui ont évolué rapidement, ce Latour a conservé une droiture et une jeunesse remarquables. 
 
Une dégustation de « quelques vins de légende » sans un Yquem, c’est comme se laisser enfermer dans la cave idéale en ayant préalablement jeté la clé, syndiquer ce pauvre Hercule pour qu’il s’arrête au chiffre douze ou demander à un frileux de se lancer dans l’étude de l'inuktitut.
Alors voici, pour ne pas devoir affronter de tels épreuves, l'Yquem dans sa gloire native, son évidence de légende. Quelques notes florales, du coing, de l’amande, de l’abricot confit, du safran et un corps ciselé, élégant, avec une légère imperfection formelle mais qui, à ce niveau de classe, lui donne encore un relief supplémentaire et pourrait passer pour un grain de beauté. Et quelle longueur ! 

Cela étant perçu, ne me restait plus qu’à reprendre la lecture du livre consacré à Martha Argerich et à écouter le deuxième mouvement du Concerto en sol majeur de Ravel. On ne frôle jamais le sublime : ou il nous emporte ou il se détourne de nous…


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Bu Salon 1997 au domaine : grand champagne, fort, minéral, très 1996 ?

Un grand Latour 1999 dans une horizontale : www.invinoveritastoulouse...
Organique certes, mais c'est un peu sa signature ...

Lundi 22 Mars 2010, 23:34 GMT+2 | Retour au début

Pascal Henry dit

Jacques,
Savoir et ne pas pouvoir,connaitre et ne pas avoir accès,je ne suis ni envieux ni aigri,mais certaines fois.......Vous faites naitre un sentiment de frustration,à votre corps défendant.
Voir sans boire !
Salutations polyphénolisées tout de même

Mardi 23 Mars 2010, 09:31 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Grand Jacques : tu as servi les vins dans cet ordre, les blancs avant les rouges, ou tes fidèles pouvaient glaner à leur convenance ?

Bien à toi,

Mardi 23 Mars 2010, 09:54 GMT+2 | Retour au début

Pascal Henry dit

Et puis Gérard Rabaey qui plie les gaules fin 2010,c'est la fin d'une époque.
Triste journée en perspective.

Mardi 23 Mars 2010, 10:29 GMT+2 | Retour au début

Bu un magnifique d'Yquem 1996 (demi-bouteille - novembre 2008) chez l'ami Alain Winemega ...
"... une trace gustative d'une magnifique régularité.

Superbe d'yquem 1998 aussi, l'air de ne pas y toucher !

Mardi 23 Mars 2010, 12:56 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

Pascal : oui, Rabaey, le Pont de Brent, c'est un serrement de coeur. Tant de souvenirs inoubliables là-haut. Il faut dire à tous les amateurs de gastronomie : à vos téléphones, allez-y fissa ! Gérard Rabaey est un très grand cuisinier et parmi les ***, c'est sans doute un des meilleurs rapports prix/plaisir au monde.
Encore Pascal : pas de frustration. Je vais essayer de travailler mes commentaires davantage pour que tu aies vraiment le goût du vin à travers les mots (aïe !)
François : les vins ont été servis dans cet ordre.

Mardi 23 Mars 2010, 18:38 GMT+2 | Retour au début

Pascal Henry dit

Jacques,
Dans le mail que j'ai envoyé à Gérard Rabaey,j'ai employé la même expression,un serrement de coeur.Je lui ai demandé,comme faveur d'être à son dernier service,une table de un c'est une table de deux!

Mardi 23 Mars 2010, 20:05 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond