La Grange des Pères, grand vin mythique du Languedoc.
Puis, ce sera la création du domaine, à partir de parcelles situées autour du village d’Aniane, lieu d’origine de la famille Vaillé.
Son choix se portera sur le massif de l’Arboussas, un plateau calcaire d’altitude alors en friche. Après dix ans de travail, c’est le premier millésime, le 1992 : un grand vin venait de naître !


1995 : bouquet peut être encore plus défini et plus lisse que le 94, sur des touches de suie plutôt jolies. Corps sinueux, tanins soyeux, vin de forme élégante et de toucher de bouche velouté. Une légère touche animale diversifie la saveur déjà épicée. Prêt et apaisé, il est pleinement à boire... à table.
1996 : un nez plus froid, avec également des notes de viande crue, de cuir frais. En aérant le vin, le bouquet s'épice là encore sensiblement, avec d'étonnantes notes de muscade. Si l'attaque est bien languedocienne avec une sensation de liqueur, la saveur est relativement évoluée et le tanin un peu à nu, étiré, froid. Vin droit, peut être un peu filiforme mais qui porte de belles rides et tient encore debout.

1998 : passé un premier nez aux notes intenses de musc, on découvre une bouche puissante, opulente et volontaire. Corps lisse et suave qui donne à l'ensemble une forme ramassée, plus qu'allongée. Généreux et semblant à son apex, il est à boire sur une cuisine méditerranéenne qui joue sur les cuissons lentes. Sucs de viande bienvenus…
1999 : difficile d'avoir un consensus car les deux bouteilles ouvertes différaient : la mienne présentait un nez de cuir frais évoluant sur des nuances de caoutchouc brûlé. Attaque chaleureuse et expansive, allonge sur une impression de salinité et d'acidulé qui peut faire penser à un début d'expression de terroir calcaire. Par contre l'alcool s'intègre moins en finale que sur d'autres années plus corsées. Mais on chipote…

2001 : grandeur totale de la Grange des Pères : bouquet kaléidoscopique qui réussit le pari d’associer la mangue, la merise, la réglisse, le poivre, la menthe. Magnificence de la bouche avec une harmonie tannique totale, le grain se fond dans le corps malgré sa haute sapidité et salinité, et l'ensemble se paie le luxe d'être suavisé par un élevage de premier ordre. Un des plus grands rouges français du millésime, il exsude sa terre natale.
2002 : moins d'intensité aromatique que 2001 mais on conserve une vraie précision sur des nuances d'eucalyptus. Trame tannique détendue, légère pointe herbacée dans le grain qui signe la difficulté de mûrir le raisin dans ce millésime maltraité par des pluies abondantes, début septembre. Mais le vin ne décroche pas et se paie le luxe de présenter une allonge très respectable. Un des plus beaux Languedoc du millésime, et de loin.
2003 : note de pêche rôtie typique de l'année, avec également de la fraîcheur et du fond par delà. Corps suave dès l'attaque et qui ne décroche pas, plus loin. Vraie plénitude dans un goût un peu exotique, on admire le prolongement de la saveur. Légère astringence et retenue de finale qui lui donne encore au moins cinq belles années devant lui. Difficile de trouver un meilleur rouge dans la région et sur le millésime, là encore.
2004 : étonnantes notes de fleurs séchées, avec une pointe d'abricot qui signe une parenté stylistique évidente avec le 2001. C'est un vin drapé et construit autour de tanins surfins, qui lui confèrent un raffinement sans pareil dans la région. On adore son velouté de finale et une fois encore sa grande sapidité (qui semble s'accentuer au fil des millésimes, comme si le terroir gagnait en expression). A rechercher d'urgence !

2006 : seul vin de la soirée servi en magnum, ce 2006 nous a étonnés par une petite note de colle qui le rendait difficile à cerner. Par delà, des nuances appuyées de romarin ne demandaient qu'à émerger. Bouche de construction similaire aux millésimes antérieurs, mais avec un décrochement qui confirme la probable déficience du bouchon. Quel dommage…
2007 : récemment mis, ce vin juxtapose à l'heure actuelle une somme de qualités qui pourraient bien en faire un futur must : nez opaque à la parenté de style proche du 2005. Grande suavité de l'attaque suivie d’une fermeté et d’une austérité érigée, l'élevage appuyant légèrement le fruit et la délicatesse du grain à ce stade. Les composantes doivent se lier et s'harmoniser, mais la dotation est terrifiante ! A suivre.
Remerciements chaleureux à la famille Vaillé, et tout particulièrement à Laurent, qui a fourni ces vins après les avoir façonnés avec une application émouvante. Mais aussi à Nicolas Bon, qui a animé cette dégustation avec brio.
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Laurentg dit | Superbe ! |
Pascal Henry dit | Bu la Grange des Pères rouge 2001,il y a quelques années à l'Auberge du Prieuré à Moirax chez Benjamin et Agathe Toursel,immense souvenir,et le dit flacon était proposé à 61 euros sur table,qui dit mieux dans l'hexagone? |
Laurentg dit | On y mange bien en effet ... |
Anne-laurence dit | Belle dégustation en effet... Merci Nicolas (x2) de nous la faire partager! |
Laurentg dit | Anne-Laurence, |
Pascal Henry dit | Me souviens de ma 1ère découverte de la Grange des Pères,ça remonte à vieux,6 ou 7 ans,un 96 rouge, bu à la Maison Borie chez Manu Viron à Lyon,un frisson chère la dite bouteille et bue trop jeune,mais un bon souvenir avec la cuisine inspirée du chef. |
Antoine Mantzer dit | En parlant "d'adresse à GDP", je l'ai trouvé à 70 et quelques euros la quille...et plus étrange à 12€ le verre dans un endroit étonnant...à Aigues-Mortes....au Dit-Vin. |
Laurentg dit | Verticale 2002/1992 (effectuée en mai 2005) : |
Nicolas Bon dit | Laurentg, |
Laurentg dit | OK |
Nicolas Bon dit | On passe toujours un bon moment aux Tontons, qu'on se le dise ! |
Nicolas Herbin dit | Au delà de la montée en puissance, l'idée était aussi de suivre l'histoire du domaine, de ses (presque) débuts au dernier millésime mis en bouteille. |
Caliopee dit | Un vin devrait toujours être un événement! Que ce soit comme l'oeuvre d'un artiste (où s'inscrit indéniablement Vaillé) ou comme un vecteur de convivialité ou juste comme un plaisir sybaritique... |
Nicolas Herbin dit | Chère Caliopée, |
Caliopee dit | Cher Nicolas, |
Caliopee dit | Pour compléter; une œuvre d’art –la finalité du métier d’artiste- est à lire, selon E.D. Hirsch, écrivain et critique littéraire, selon un axe triple ; le sens (meaning), la signification (significiance) et son application (using). Si l’on prend l’exemple du bidet exposé par Duchamp, le sens qu’il donne à son « œuvre » est un critique envers le « ready made » et la dénomination d’un objet manufacturé par le seul choix de l’artiste. On se retrouve donc face à l’éternel problème de définition de soi-même (en tant qu’artiste), de l’œuvre (en tant que telle) et de qui a l’autorité pour confirmer ou infirmer ces affirmations. Donc, je ne pense pas trop m'avancer en disant que le viticulteur peut être vu comme un artiste -tout est question de définitions! |
Nicolas Herbin dit | Chère Caliopee, |
Nicolas Herbin dit | Comme on dit : les grands esprits viennent de se rencontrer ! |
Jacky Delapierre dit | J'ai découvert un millésime 2007 |
Jacky Delapierre dit | J'ai découvert un millésime 2007 |






























