BIENVENUE SUR Le Blog de Jacques perrin
RECHERCHE
Accueil> On the road > Verticale de Larcis-Ducasse (deuxième partie)
Jacques Perrin

Le Blog de Jacques perrin

Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Verticale de Larcis-Ducasse (deuxième partie)

Samedi 26 Juin 2010, 18:37 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2026 fois
Voici la suite de la dégustation de Larcis-Ducasse, cru classé de Saint-Emilion. Passionnante, cette dégustation le fut par la qualité des vins, l’originalité du terroir qui transparaît dans les réussites les plus significatives, l’évolution du style aussi. L’échange entre les différents intervenants fut dans la même veine : un dialogue nourri, respectueux et fructueux.

Alors, la modernité est-elle un fard, un artifice qui gomme le terroir ? Ou au contraire, un révélateur beaucoup plus précis de la grandeur d’un terroir ? Ne manquez pas video ci-après où Stéphane Derenoncourt explique son travail. Quoi qu’il en soit : « les vins de Larcis-Ducasse ne sentent pas, comme certains Saint-Emilion très extraits, le freinage de pneus de camion au mois d’août. » (copyright : Alain Dutournier, le fameux chef du Carré des Feuillants).
Après quatre heures de dégustation, nous sommes passés à table. Au préalable, chacun avait pu choisir le vin qu'il souhaitait regoûter à table.
 
La traversée du temps, de 1945 à 2009, nous a permis, revenant à l’ère contemporaine, de constater une rupture qualitative significative. A partir de 2002, Nicolas Thienpont et Stéphane Derenoncourt prennent les rênes de la propriété, même si, reconnaît Stéphane, « Jacques-Olivier Gratiot, le propriétaire, avait peur de moi, peur que la modernité travestisse le vin… Il a fallu travailler l’enracinement, trouver le point d’équilibre entre le pas de côte et le haut de côte, plus minéral, plus austère, régler les extractions et préciser les élevages. » Ainsi, depuis 2002, un important travail de rééquilibrage a été fait sur le vignoble.
Pour Bernard Burtschy, c’est à partir de 2006 que le terroir de Larcis s’affirme davantage. Et Jean-Paul Kauffmann d’ajouter « on retrouve le côté réservé, le côté St-Estèphe de Larcis. On est parti pour avoir de l’esprit de Larcis mais dans la modernité. »
Stéphane Derenoncourt et Nicolas Thienpont en compagnie des deux chefs : Alain Dutournier, dégustateur invité, et Thibaut Servas qui a réalisé le déjeuner et qui était visiblement très heureux de rencontrer Alain Dutournier !
 
Quatrième flight, les années 80

Larcis-Ducasse 1981 d’un « classicisme discret » comme le note Jean-Claude Berrouet, il arbore une belle robe grenat. Notes de réglisse, de fruits secs. Approche très « suave ». Très jolie entrée en bouche, avec un côté velouté. Dès le milieu de bouche, il se resserre et finit un peu ténu, sur la constriction.

Larcis-Ducasse 1982
merveilleux bouquet associant des notes épicées, minérales à des notes de cuir, de bouleau, de truffe. Entrée en bouche dense et fondante avec une trame autoritaire, serrée. Longue finale. Grande réussite qui mérite de figurer parmi les vins de référence du secteur ! 

Larcis-Ducasse 1985 nez intéressant, complexe sur des notes de fruits mûrs avec le caractère « crayeux » du terroir en filigrane.  Belle entrée en bouche, on a un très beau volume à l’évolution ; tannin un tout petit peu ferme, saillant. Belle finale.

Larcis-Ducasse 1988 robe soutenue, très jeune. Superbe fraîcheur d’expression sur des notes fruitées et poivrées. Très peu évolué dans son profil aromatique. Bouche avec de la tonicité, très belle fraîcheur, il finit droit, précis. Un vin-collector dans le millésime : « impressionnant, c’est un vin d’avenir, on en rêve… » Alain Dutournier.

Larcis-Ducasse 1989 j’ai déjà eu le plaisir de le goûter à de nombreuses reprises. Il y a quinze ans, je lui avais prédit un avenir extraordinaire. Promesse tenue ? Oui ! Nez complexe, très fin, notes grillées, café, cacao, épices. Superbe velouté de texture, il est expansif, notes de tabac, réglisse, fruits noirs, long développement. Il offre encore davantage de noblesse et de rectitude d’expression que le 1982.

Jean-Paul Kauffmann : « cette chair fondante, cette volupté et en même temps, une légère raideur, une retenue. C’est ça que j’aime dans Larcis, je n’aime pas les vins qui se donnent d’une manière évidente. »

Stéphane Derenoncourt : « j’aime le contraste entre la suavité de l’attaque et la salinité de la finale ! »
 
Larcis-Ducasse 1990 couleur plus évoluée que sur le 1989. Notes mentholées, de fruits mûrs mais l’ensemble demeure assez linéaire avec un tannin strict, qui manque d’élégance.
Jean-Claude Berrouet : » Il est un peu éclaté et finit asséchant. »

Cinquième flight les années 90

Larcis-Ducasse 1995 notes de rancio au nez. Très joli velouté à nouveau en entrée. Evolution sur une chair évidente avec un cœur de bouche d’une bonne densité. Malheureusement il finit à nouveau un peu sec…

Larcis-Ducasse 1996 nez sur la réduction mais il offre une belle densité de bouche et s’achève sur un tannin au grain savoureux et une persistance significative.

Larcis-Ducasse 1997 nez pas très complexe, linéaire, mais avec de la fraîcheur et du fruit (fraise). On retrouve ce profil au palais, avec une agréable tonicité.
Jean-Claude Berrouet souligne son caractère « très vivant, exceptionnel pour le millésime. »


Larcis-Ducasse 1998
curieusement la robe paraît plus évoluée que celle du 1997. Nez en demi-teinte, pas très ouvert. Note florale, épicée. Belle entrée en bouche, charnu, superbe texture, le tannin est noble, très légèrement épicé. Il a du potentiel et il faudra le revoir dans quelques années.  

Larcis-Ducasse 2000
belle robe jeune. Grande finesse d’expression au nez, notes de havane, de fruits rouges. Très jolie entrée en bouche, assez vive. On est sur un profil plutôt frais, élancé, très sapide, on finit sur le caillou. Très jolis tannins.
Ce vin partage un peu les dégustateurs, certains lui reprochant un « manque de puissance et une petite pointe de dureté. »
 
Dernier flight, une nouvelle ère !

Larcis 2001 notes de havane, moins précis que le précédent, très joli cœur de bouche mais moins « pur » que le 2000...

Larcis-Ducasse 2002 millésime « historique » » dans l’histoire de la propriété puisque c’est le premier signé par Nicolas Thienpont, nouveau régisseur, et Stéphane Derenoncourt, nouveau consultant pour la vigne et la vignification. Robe grenat. Nez sur des notes légèrement mentholées. Notes légèrement fumées, épices. Belle bouche, équilibrée, sans verdeur, avec un agréable velouté. Il est noble, précis, d’une belle fraîcheur, assez dense.

Larcis-Ducasse 2003 belle profondeur aromatique, sans rien de trop confit, ni de trop lourd. Notes de mûre, cerise confite. Entrée en bouche opulente, superbe texture, généreuse, chair gourmande, il monte lentement en bouche, voluptueux, irrésistible. Superbement équilibré pour le millésime, même si le caractère solaire de ce dernier est bien présent !  

Larcis-Ducasse 2004 robe très profonde. Grand nez, complexe, sur les fruits noirs, la violette, les  épices. Boisé fastueux en passe de se fondre. Entrée en bouche dense, très belle trame, développement continu. Grande longueur. Magistral pour le millésime ! Finale sur les fruits noirs, le cacao, le zan. La propriété a sorti ce vin en Primeur pour 14 euros ! Tous ceux qui en ont en cave seront bienheureux dans quelques années !

Larcis-Ducasse 2005 encore une robe impressionnante. Exubérant, pur, formidable potentiel, il est encore très proche du fruit avec des notes épicées, réglissées et minérales très présentes. Entrée en bouche pulpeuse, beaucoup d’éclat, de la densité et de la finesse. Incroyable dimension séveuse sur la finale. Toujours aussi impressionnant. A garder précieusement en cave (voir video ci-jointe).

Larcis-Ducasse 2006
la couleur est moins soutenue que sur les précédents. Plus haut en tonalité, plus vif, élancé, il est équilibré mais un peu linéaire. J’aime toutefois beaucoup sa texture, noble, expansive et la précision de ses tannins.

Larcis-Ducasse 2007
on ne peut qu’admirer l’équilibre, la justesse d’extraction de ce vin, sa fraîcheur, même si on sent un peu le bois à ce stade mais la fusion est belle. Finale un peu souple.

Larcis-Ducasse 2008
robe profonde. Notes sur le cacao, les fruits noirs. Superbe densité. Trame serrée. Il est plus difficile à juger à ce stade (la mise en bouteilles vient d’être faite) mais son potentiel est plus qu’évident. Stéphane Derenoncourt lui trouve une similitude avec le 1998.
Jean-Claude Berrouet : « quand je commente le 2005, je fais un commentaire très élogieux mais je ne goûte pas du Larcis, alors qu’en 2008, je retrouve mes repères. »

Larcis 2009 (échantillon tiré au fût) il se regoûte superbement bien, pulpeux. Une vraie priorité d’achat (si vous en trouvez encore…)
Moment de détente dans le grand parc de Larcis-Ducasse. 
Lire d'autres articles de la rubrique

Cet article a été commenté 7 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Mauss dit

Bel aéropage ! Merci pour ce rapport si complet qui restera dans les annales !

Samedi 26 Juin 2010, 19:22 GMT+2 | Retour au début

Cigogne dit

M. F. Mauss, vous avez, à ce qu'il semble, le profil tout indiqué d'un éditeur tout aérien.
Belle dégustation !

Samedi 26 Juin 2010, 22:33 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

I knew it !

J'ai toujours trouvé les altitudes supérieures aux terres à terres :-)

Dimanche 27 Juin 2010, 00:52 GMT+2 | Retour au début

Cigogne dit

S'il ne s'agissait que de grammaire ...

Dimanche 27 Juin 2010, 01:09 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit
Pascal Henry dit

D'autres auraient pu se contenter du :je préfère le vin d'ici à l'eau delà !!

Lundi 28 Juin 2010, 18:43 GMT+2 | Retour au début

Cuzon dit

ALAIN DUTOURNIER ... ( L'INCROYABLE CUISINIER, le fameux chef du carré des feuillants...)
C'est vrais pour ce que j'en pense et cela n'engage que ma personne, il est et restera le piètre cuisinier de mon histoire, "l'isant" de la création, de mes rencontres...
l'art étant pour cet homme plus que subjectif...

Vendredi 4 Novembre 2011, 02:47 GMT+2 | Retour au début