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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Vinea, à Sierre ouvert...

Lundi 6 Septembre 2010, 15:47 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 1429 fois

–    Dites, vous notez quoi dans votre carnet ?
–    Des impressions de dégustation… J’essaie de traduire des formes, des couleurs, des saveurs, des arômes, de mettre des mots sur mes sensations …
–    Ah ! Vous écrivez pour quel journal ?
–    Le mien.
–    C’est votre journal intime, alors ?
–    Non, c’est plutôt un journal extime. Mon journal intime, si vous voulez tout savoir, est certainement pire qu’un
hypothetical blend de Despentes et Houellebecq ! Il contient des éléments propices à faire s’empourprer violemment le visage de (fausses) vestales telles que vous !

Pendant que la foule se pressait dans les rues, la presse internationale du vin dégustait dans la cour du château Mercier. 

Profitant d’une soudaine trouée, j’ai réussi à me faire une place au soleil, pour déguster les vins d’un producteur connu. Me voici en train de goûter un vin, noir comme le fond d’une pétoire, atramentaire, rugueux, véritable pumpernickel liquide ! Je suis un brin sceptique mais la vie est belle et, c’est bien clair, on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans

Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche ...


Deux jeunes filles originaires sans doute de la région de Martigny (je dis ça d’oreille : musique de l’accent chantant) sont venue se lover entre l’encoignure du stand et moi. L’une d’elles fume avec l'allégresse d'un pompier qui a vu tomber les Twin Towers; l’autre m’observe avec l’application d’une entomologiste :
 
–    Dites, vous notez quoi sur votre carnet ?
 
De la fumée s’échappe en volutes des narines de ma voisine, pendant qu'elle hume avec application le vin. Elle monte lentement vers le ciel, la fumée, se confond avec lui. Où va-t-elle ? Où vont les jours ? Qui peut le dire ? Peut-être vers une autre planète, à 2 millions d’années-lumière d’ici ? Une planète menacée de destruction parce que deux soleils rivaux se mènent une guerre sans merci. Cette planète est connue. Elle s’appelle également Vinéa. Heureusement, Yoko Tsuno veille sur elle ! Et peut-être sur nous ?
 
 
Samedi après-midi. C’est la cohue au centre de la Cité du Soleil. La Street Wine Parade bat son plein ! Voici la dix-septième édition de Vinea qui après s’être internationalisé depuis belle lurette, se nationalise et devient le Portail suisse du vin avec des présences affirmées de vins vaudois, tessinois, genevois.
 
 
Visiblement, le Salon des vins suscite chaque année l’événement. C’est là qu’il faut être, se retrouver, en groupes, en petites constellations, parfois trans-générations ; en tribus bigarrées, avec leurs codes vestimentaires, leur piercing, leurs tatouages. Ou en solo, Eastpack avachi sur le dos, boots de biker, nombril à l’air.
 
La plupart hélas tiennent leur verre à l’envers,  comme une bouée de sauvetage à laquelle on s’agrippe :  c’est le détail qui tue ou, disons, celui qui trahit le béotien, malgré toutes les poses  adoptées pour donner le change…
Ceci, malgré une excellente initiative, la création, cette année, de deux ateliers d’initiation à la dégustation destinés au moins de 25 ans.
 Fabienne et Marc-Henri Cottagnoud : regarde la vague !
 
Je tente de garder le cap, fendant la foule, de plus en plus compacte. Certains stands sont pris d’assaut, comme des vagues successives s’emparent d’une île, la transformant bientôt en un souvenir d’île.
Jean-Charles Favre, pas plus impressionné que ça par la foule mais, lui aussi, est à l'extérieur de son stand !
 
Je veux saluer des amis viticulteurs. Certains ont apparemment déserté leur stand, le confiant à leur arrière-garde. Eblouis par tant de succès, un peu effrayés peut-être par cette gloire, ils croisent dans les parages, cherchant le réconfort d’une âme charitable. 
 
D’autres, et non des moindres, ne sont pas venus, préférant sans doute rester sur leur île.  
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