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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

De Abbet à Pétrus : l'alchimie des passions.

Vendredi 15 Juillet 2011, 12:04 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 10556 fois
Il a encore frappé, le magicien ! Quelques amis. Des gens qui sont motivés, qui viennent, qui apparaissent comme ça… Une trentaine de vins. Un parcours de vigneron. Une trajectoire. Celle de Christophe Abbet. C’est le moment où j’entre vraiment en scène…non… pas vraiment… Dehors, le petit jardin de Carine, près de la rivière,  avec ses fleurs en liberté qui exhalent un bonheur simple et rassurant. L’Alchimie 2002 vient d’être mis en bouteille. Christophe remercie les amis présents parce que ce sont des choses qui donnent l’essence pour continuer à vivre, comme une voiture qui doit rouler.
L’essence. Les apparences. Les sens.
La vie qui suit son cours.

Le vigneron parle, doucement, de l’Alchimie, une nouvelle thématique de vins, en contrepoint à la série des Ambre.
Une autre début, une façon différente d’entrer en matière, une appoggiature harmonique. L’alchimie, je ne sais plus que c’est, j’ai trop lu… ou plutôt si, comme le dit Antoine Pétrus, qui m’a suggéré le nom, c’est la rencontre des passions.
Christophe Abbet.
La dégustation

1. La marge
 
L’air du Temps 1998
Beaucoup de noblesse dans l’expression aromatique, notes de rhum, de figue, d’oxydation ménagée, notes pâtissières.  Belle bouche, avec de l’extrait sec et une finale complexe, sur un noble rancio. 
« J’étais témoin d’un phénomène qui avait de la valeur. A l’époque les enfants qui ressemblaient à ça, ils ne vivaient pas longtemps. C’était un jus de raisin trop riche. »
 
L’air du Temps 1999
Le nez est moins délié que sur le 1998. Notes d’agrumes, fruits confits, il est plus puissant d’approche que le précédent. En revanche quelle finesse de bouche, et, notamment sur la finale. Très belle ligne, avec de la fraîcheur.   
 
Décembre 1998
Ce n’est pas un surmaturé. Belles notes de toffee, le nez n’est pas tout à fait ouvert. Il  rappelle certains single malt, avec des notes maltées, d’écorces d’orange également. Il offre une finale sur la salinité, presque iodée. Un vin idiosyncrasique. Très belle longueur.  
« C’est un vin improbable, mais il pourrait se reproduire, 60 bt on été faites et c’est là que j’ai commencé à faire fortune.
C’était une feuillette de 110 litres. »
 
Marsanne 2000
Belle robe à reflets dorés. Nez avec des notes vanillées, fruits confits, poire, rhum. Très belle bouche, à la texture noble, très caressante. Forme sphérique. Il offre une très belle assise. Un vin de plénitude.

Ermitage 2003
Mis en bt en 2009 (un fût produit)
Le nez est fin, mais de complexité moyenne. Le caractère solaire du millésime est présent mais sans excès. L’expression aromatique est un peu simplifiée. Il offre une belle tenue. Grande richesse de constitution, mais on finit un peu sur la sucrosité.
 
Alchimie 2002
Robe à reflets ambrés. Notes de havane, d’épices. Très original dans son approche aromatique. Encore plus expressif en bouche qu’au nez. Notes d’angélique, de fruits légèrement confits. Cet assemblage de marsanne et d’arvine est long et stylé. Très belle persistance aromatique.  
« Alchimie : c’est une nouvelle thématique basée sur un élevage encore plus long qu’Ambre, sur des équilibres qui peuvent aller d’un vin blanc sec à un liquoreux. Le nom m’a été soufflé par Antoine Pétrus. Alchimie : parce que c’est la rencontre de deux passions. »

Alchimie 2000
Belle robe ambrée. Notes de pain d’épices, d'abricot sec ; touche balsamique. Superbe approche, très tactile. Beaucoup de suavité et de race dans la texture avec des notes aromatiques très fines, un côté pêche rôtie, abricot confit.
   
 
2. Les débuts

Cheval noir 1989 blanc sec.
Cet assemblage de chardonnay et de petite arvine (élevé en barriques parce qu’il fallait que nous gommions nos complexes...) a gardé une étonnante vitalité, une forme de fraîcheur, en dépit d’une prise de bois perceptible. Il a traversé les ans avec un certain bonheur, même si la complexité n’est pas tout à fait au rendez-vous.   
 
Surmaturé 1989 C. Abbet (marsanne et sylvaner). C’est une esquisse. Les premiers pas de l’alchimiste. Le premier vin imaginé et réalisé par Christophe à partir des bourbes récupérées du Cheval Noir. Production totale : 50 litres. Très jolis arômes d’amande, de cire d’abeille, d’agrumes mais la bouche manque d’envolée.  
 « C’est un vin qui est figé, qui essaie de sortir de léthargie avec beaucoup de peine ».  

Cheval noir 1989 Noble (marsanne et sylvaner) élevé en barrique.
Superbe richesse de constitution. C’est un vin ample, généreux, noblement confit. La finale manque toutefois d’un peu d’élévation. Il finit sur la sucrosité pâteuse.
 
Cheval Noir 1990 Noble
Robe dorée. Nez sur la réduction, notes grillées. Notes de caramel, de crème brûlée. Très suave dans son approche, la bouche est riche, avec davantage d’équilibre que le précédent, plus de tenue, il finit sur des notes de fraîcheur et de roche pilée.   
 
3 Ambre (s)
 
Ambre : quel beau nom pour un vin liquoreux, si riche en connotations diverses ! Au niveau visuel d’abord, par sa manière de refléter la lumière en reflets « chauds », dits ambrés. Ensuite, par son appartenance au monde végétal, animal et symbolique.
L’ambre (ou succin) est également une résine fossile produite par la fossilisation de forêts de conifères datant de quelque 70 millions d’années et dont le gisement principal se situe sur les rives de la Baltique.   
Cet ambre, aux couleurs variées, constitue une parure très recherchée dont les Grecs – Thalès le premier –  avaient déjà mis en évidence les vertus magnétiques. Ce condensateur de courant possède en effet la propriété de s’électriser par frottement : en se chargeant lui-même, il contribue à décharger de leur électricité statique celles et ceux qui le portent.
Sur le plan symbolique enfin, l’ambre joue le rôle de médiateur entre l’énergie individuelle et l’énergie cosmique.  

Ambre 2005
(pas encore mis en bt, sorti il y a un mois du fût)
Belles notes aromatique, complexes, sur les fruits confits, l’abricot, l’amande, ainsi que des notes de malt. Très belle bouche, malgré sa teneur élevée en sr (160 g), il intègre parfaitement ce sucre. Seule la finale est un peu sur la réserve. Grande sensation d’harmonie potentielle sur ce vin.
« C’est un vin qui développe une sensation de fraîcheur que j’ai rarement eue, il ne démontre rien de particulier. »  

Ambre 2004
Notes d’abricot confit, de moka, de fruits secs, d’agrumes confits, de cannelle. Pointe de volatile.   Superbe liqueur, parfaitement intégrée avec une dimension d’énergie qui va l’emmener loin dans le temps.  

Ambre 2002
Robe ambrée. Nez très fin dans son expression. Il a des notes fraîches, sur les agrumes, le carambole, la mandarine, le cédrat, le cinq épices, un peu oriental. Très clair dans son expression, très élancé dans sa ligne, avec un côté presque aérien. C’est un très beau liquoreux, sur un côté plus passerillé que botrytisé
 
Ambre 2001
Il est plus terrien, plus humus, plus champignon, tabac blond, épices. Trace de bois. Grande matière mais le vin donne l’impression d’avoir moins de forme, d’être moins précis que le 2002 malgré son caractère imposant, sa grande richesse de constitution. Baroque, festif, c’est un vin qui a gardé une certaine tonicité et finit sur des notes de fraîcheur et d’agrumes confits.
 
Ambre 2000
"C’est une année où, reconnaît Christophe, la question faire ou ne pas faire de l’ambre aurait pu se poser".
Nez très pâtissier. Toffee, vanille. Boisé fastueux, assez démonstratif. C’est riche, suave, mais ça manque un peu de patine, de fondu, voire de subtilité.
 
Ambre 1998
Belle robe. Le nez est intéressant, avec une certaine complexité (coing, écorces de fruits, sous-bois) malgré une touche de volatile. Marqué par l’élevage en bouche, avec un boisé qui ne s’est pas totalement fondu. Très beau retour sur la finale qui déploie une certaine énergie.
Il y a quelques années, Christophe Abbet déclarait à propos de ce vin : »J’ai eu beaucoup de travail pour réussir à sortir une barrique cette année-là. Son équilibre se joue ailleurs, s’il en a un… S’il s’en sort, c’est un brave, un maître ! »
 
Il s’en est presque sorti !
Mise en bouteilles du dernier millésime d'Alchimie. Christophe Abbet en compagnie du chef Mauro Capelli.
 
Ambre 1997
Belle robe ambrée. Expression aromatique d’une merveilleuse complexité sur la figue, les fruits secs, l’orange confite.  C’est nettement plus fondu, plus équilibré, plus complexe que le précédent. Trame majestueuse. Il est dense, complet, sublime tenue en bouche, avec un côté ascendant jusqu'en direction de la  finale, d'une longueur stratosphérique.  On perçoit ici une matière première de rêve, idéalement botrytisée. Un chef-d’œuvre !
 
Ambre 1996
Le nez truffe noblement. Notes complexes, originales. Incroyable rémanence de la truffe. Notes de thé vert. Antoine Pétrus compare ce vin à de vieux Jurançons. Magnifique bouche, avec une texture déployée, et une finale sur des aromatiques très fraîches. C’est un vin d’arrière-saison froide, de neige, et cela se sent.
 
Ambre 1995
Ici également, on a un rappel de truffe, mais le nez est nettement moins précis et moins complexe que sur le 1996. Le bois paraît comme plaqué sur la matière. (c’est un des élevages les moins longs sur l’Ambre…)
Jolie structure de bouche des notes de fruits exotiques.
« C’est un millésime qui semblait partir sur des notes de truffe, millésime de passerillage sur souche en très peu de temps, en une semaine. »
 
Ambre 1994 (une barrique)
Deuxième millésime d’Ambre. 160 g sr. Beaucoup de botrytis. Notes de thé, de fruits secs, d’agrumes confits. Touche de volatile. Très belle bouche avec de l’extrait sec, beaucoup d’énergie sur ce vin,  très belle finale sur les agrumes confits.  De la race, incontestablement ! Une performance si l'on se réfère à la climatologie houleuse de cet automne 1994 (43 jours de pluie !)

Ambre 1993
(une barrique)
Un peu plus sur le champignon, moins précis, moins profond dans son expression aromatique que le 1994. Jolie finale sur des notes salines, de schiste, de geniève.  Bon, mais il n’offre pas le raffinement des meilleurs.
« Le raisin ne ressemblait à rien. Quand le jus a coulé dans le pressoir, j’ai dansé dans la cave ! »
 
4. Les autres

Alchimie 2003
« C’est un vin qui, comme le 1999 l’a été est empreint d’un phénomène bien connu, quand on veut trop bien faire, on fait des erreurs : il lui a fallu du temps pour retrouver son chemin. C’était la récolte de l’aliénation dans les vignes, à l’affût du confit, une demi-journée pour une caisse de raisin.
Il a fait les deux fermentations. Il commence à peine à retrouver son chemin. »
Robe très ambrée. Notes de toffee, de thé, de marron glacé.Très riche, la bouche est majestueuse. Oxydation ménagée qui lui va bien et qui l’empêche de sombrer dans la monotonie du caramel.   
 
Surmaturé 2000
Mis en bouteille en 2007 (67 bouteilles produites !)
Robe à nuances brunes. Etonnant en bouche, on s’attend à quelque chose de plus riche, belle fraîcheur, notes de fruits confits, de figue, d’agrumes,
« ça, ce sont  les vertus de l’oxydation sur un liquoreux » On est à l’opposé des premiers »
Il n’y a pas d’élevage. Il y a peut-être une presse insistante pour extraire les sucs les plus riches du raisin et cela lui donne un côté ligneux, sur la fraîcheur.
Complètement différent de l’Ambre 2000 !
 
Goetia 2004 Arvine
Très confit, notes décadentes, de fruits confits, de papaye.  
« Il y a quelque chose qui est de l’ordre du non-vin, dixit Christophe mais l’alcool lui apporte une dimension que le sirop n’a pas, c’est un happax ! »
Voir aussi ici.

Merci à Christophe et Carine pour ce moment suspendu hors du temps, à ceux qui sont apparus dans l'embrasure, à l' alchimie !
 
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Quelle belle dégustation ...

Son Humagne rouge 2006 m'a fait belle impression.

Vendredi 15 Juillet 2011, 16:08 GMT+2 | Retour au début

Un livre de référence :
www.amazon.fr/alchimistes...

L'alchimie est bien une recherche de l'or mais, plus sûrement, de l'or que chacun possède en lui-même. Paulo Coelho, auteur du récit " L'Alchimiste ", a contribué récemment à populariser cette vérité originelle et à dégager l'alchimie de quelques faux-semblants. La nature de l'alchimie est à la fois matérielle et spirituelle. Au travail sur la matière répond simultanément le travail sur soi. Cette oeuvre d'âme est ainsi liée à des opérations techniques tendant à équilibrer les mouvements intérieurs et à assurer la métamorphose de l'être. Jean Biès fournit les clefs de cette initiation dans un livre total où, à l'instar d'une enquête policière, il .s'attache à décrypter le mystère des origines et le sens symbolique du vocabulaire, explore les ouvrages révélateurs, scrute la personnalité d'alchimistes célèbres, surprend l'artiste au travail dans son " laboratoire ", exploite les étapes du Grand Œuvre... Partant de l'art royal égyptien, relayé par la Grèce antique et l'alchimie arabe, il nous conduit jusqu'à l'époque moderne, où Jung découvre que l'alchimie exprime les lois éternelles de la psychologie.

A lire en sirotant un nectar de Christophe Abbet ...

Vendredi 15 Juillet 2011, 16:23 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Grand Jacques : pas d'accent à Petrus : respecte nos Maîtres latinistes !

Vu des paroies intéressantes sur le lac de garde. Va falloir muscler tes abdo !

Samedi 16 Juillet 2011, 15:27 GMT+2 | Retour au début

Mauss dit

Grand Jacques : pas d'accent à Petrus : respecte nos Maîtres latinistes !

Vu des parois intéressantes sur le lac de garde. Va falloir muscler tes abdo !

Samedi 16 Juillet 2011, 15:27 GMT+2 | Retour au début

Jacques Perrin répond

François,
Tu as raison mais, sauf erreur, ce Pétrus-là n'a pas le même accent que l'autre Petrus...

Quant aux parois de la région d'Arco, elles sont sublimes. j'en ai parcouru quelques-unes, entre deux Vinitaly, avec mon ami, le guide Roberto Paoli. Voici son adresse si jamais tu veux t'essayer à la grimpette...

it.netlog.com/Robicanyoni...

Samedi 16 Juillet 2011, 15:47 GMT+2 | Retour au début

Milleret Jean Luc dit

Je suis étonné que notre ami LaurentG ne mentionne pas une superbe bouteille d'Ambre 97 dégusté chez notre ami Alain ....je suis même reparti avec la bouteille . ....grande classe ! Quand je pense que nous n'avions pas terminé nos bouteilles de Yquem 97 et Climens 97 lors d'une belle soirée à l'Auberge des Moranières....

Comme toujours , de magnifiques reportages ...qui me donnent envie de présenter ce vin pour une prochaine soirée de notre club ....

Samedi 16 Juillet 2011, 22:56 GMT+2 | Retour au début

Jean-Luc,

Pas de souvenir de ce vin ?!

Moi, j'ai bu Yquem 97 au château et j'ai bu tout mon verre ...
:-)

Dimanche 17 Juillet 2011, 21:29 GMT+2 | Retour au début

Paul dit

Quote laurentg : Pas de souvenir de ce vin ?!

C'est pas possible, on a perdu Laurentg. La nuit va être agitée, va falloir fouiller disques durs et petits carnets ...

;-)

Dimanche 17 Juillet 2011, 23:40 GMT+2 | Retour au début

Paul,

J'ai demandé à mes 2 assistantes, Solange et Micheline, Paul !
:-)
Toutes 2 titulaires d'une BEP de fouilles cybernétiques de l'université de Namur.

Et puis au pire, l'ami Alain me confirmera ...

Lundi 18 Juillet 2011, 06:55 GMT+2 | Retour au début

Aucune trace de ce vin, Jean-Luc ...

Je vois qu'il a été commenté sur LPV pour autant ...

Lundi 18 Juillet 2011, 09:53 GMT+2 | Retour au début

Paul dit

Paul,

Cela me donne surtout envie de goûter les nectars de ce producteur.

Les suisses (Darioli, Chappaz, Zufferey, ...) sont très forts pour les liquoreux, non ?

Mardi 19 Juillet 2011, 09:54 GMT+2 | Retour au début