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Jacques Perrin

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Domaine de la Romanée-Conti, un fragment d'éternité.

Mardi 6 Decembre 2011, 17:31 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 3879 fois
Deux soirées placées sous le signe de l’exception : ce mois de décembre débute majestueusement avec une double dégustation des vins du domaine de la Romanée-Conti ! C’est un grand privilège de pouvoir organiser de tels événements ; c’en est un, encore plus grand, de le partager avec une cinquantaine de passionnés venus parfois de très loin. Emotion, recueillement, les yeux brillaient ces soir-là, avant, pendant et après. Voici quelques traces écrites de ces moments rares…

Jacky Rigaux était présent pour animer cet événement. Après avoir dessiné la grande fresque des moines bénédictins épris de perfection et de rationalité, déchiffrant le vitrail bourguignon à la manière d'un Aristote penché sur son Organon, Jacky Rigaux a présenté les vins de soirée :
"Rien n'est achevé. Il faut faire sentir cette exaltation, et que le monde n'est que la forme passagère du souffle"
Philippe Jaccottet, La semaison

Domaine de la Romanée-Conti, Echezeaux 2006
Issu de la réunion, en 1937, de 11 lieux-dits, le grand cru les Echezeaux (37 ha 99 et 22 ca) a été considérablement agrandi par rapport au climat d’origine, l’Echezeaux Haut dans lequel se trouvent les 4 ha 67 de la DRC. Subtil et retenu, cet Echezeaux, comme tout premier vin jeune au début d’une série, nécessite un temps d’adaptation. « Il est en train de se replier dans sa gangue » précise notre conférencier. Laissons-lui le temps mais on peut déjà admirer au passage son nez de parfumeur, aux nuances florales, légèrement poivrée, sa texture très noble, dansante, sphérique, sa fine tanicité.
Domaine de la Romanée-Conti, Grands Echezeaux 2005
Installé, comme le rappelle JR, sur le plus beau méplat du coin, sur la dalle de calcaire du Bajocien, ce climat, acquis par les cisterciens en 1098, a eu un rôle important dans l’histoire de la Bourgogne au moment où les moines de Cîteaux deviennent les « maîtres du monde ». Très belle robe soutenue et lumineuse. Le nez est intense, complexe et mystérieux, sur la cerise sauvage, les épices douces, le cuir. Il précède un corps merveilleux, dense, mélange étonnant de densité tellurique et d’envolée aérienne dont la finale, expansive, soutenue, va vers l’assomption de la matière ! Superbe !
Domaine de la Romanée-Conti, Romanée-Saint-Vivant 2001
Le domaine possède 1 ha 80 a 59 ca sur les 9 ha 43 a 74 ca du cru. Les sols y sont profonds (90 cm), bruns calcaire à texture très argileuse (50 %). Il suffit d’ailleurs de s’y promener après une pluie pour comprendre que ce sont des « terres amoureuses. » On trouve deux types de calcaires dans la roche-mère : du Bajocien terminal et, sur la partie basse, du calcaire à entroques. Il faut les deux, rappelle Jacky Rigaux, pour avoir une grande St-Vivant. On doit ce cru aux moines de l’Abbaye éponyme qui, traversant la France à la recherche d’un endroit où s’installer, se sont arrêtés en Bourgogne, invités par le seigneur de Vergy, et ont façonné ce cru. Mais le nom Romanée Saint-Vivant apparaît plus tardivement, quasiment à la veille de la Révolution française.  
La robe est encore jeune et le nez révèle une grande noblesse, entre des nuances truffées et florales. Il s’ouvre lentement, d’une façon continue et le fond de verre est superbe, terrien, floral, fruits noirs, avec des notes de graphite. « C’est comme lorsque vous arrivez dans la cathédrale de Vézelay, prévient notre bourguignon d’adoption, dans un premier temps, cela vous écrase avant de vous élever. » Sa conclusion milite en faveur de la vraie durée et de la patience : » Pour celles et ceux qui le boiront en 2100 ou 2110, ce sera sans doute encore plus grand que ce que nous dégustons ce soir ! » Attendons un peu, pour voir…
Domaine de la Romanée-Conti, Richebourg 1991
Le domaine possède 3 ha 51 a 10 ca sur les 8 ha 03 a 45 ca du cru. Ici les sols sont peu épais mais on y trouve parmi les plus argiles de la Côte. Installé à mi-coteau, les Richebourg appartient à l’étage géologique du Bajocien terminal. Le premier nez déjà révèle la grande noblesse du cru avec des notes d’églantine et d’épices. Le corps est splendide, d’une vivacité entraînante et radieuse, avec beaucoup de continuité dans son développement. La texture est généreuse alliée à la fraîcheur, au caractère presque strict du millésime, lui confèrent une dimension inégalée de texture dynamique et de noble viscosité, comme aime à la décrire Jacky Rigaux. L’émotion est là dans ce millésime remarquable, mais passé inaperçu après 1990. L’occasion de rappeler ici que, en matière de vocabulaire de la dégustation, contrairement à ce que d’aucuns voudraient faire accroire, l’originalité et la nouveauté ont une histoire et les concepts ne poussent pas comme des fleurs de hasard au bord des chemins et n'appartiennent pas à qui se les approprie. Ainsi le terme de viscosité appliqué au domaine du vin apparaît dès 1380. De même, il est question, comme le rappelle Jacky Rigaux dans son livre Le réveil des terroirs, de consistance d'un vin (et non de puissance) dès 1589 !  

Domaine de la Romanée-Conti, La Tâche 1990
C’est un monopole du domaine avec ses 6 ha 6 a 20 ca, dont 1 ha 43 a 45 ca du terroir originel et le reste en Gaudichots. Dans ses dégustations vigneronnes au domaine, Jacky Rigaux a eu plusieurs fois l’occasion de déguster les deux « sources » qui sont ensuite assemblées. C’est un de ses rêves, une isolation parcellaire de La Tâche historique. C’est un fantasme ! Le parfum qui s’en dégage est envoûtant, associant des notes de truffe, de réglisse, de cacao. Le corps n’est pas en reste, d’une superbe richesse de constitution, généreux, expansif et énergique, avec une finale d’une grande complexité, noblement réglissée. Un chef-d’œuvre !
Domaine de la Romanée-Conti, Romanée-Conti 1978
Un autre monopole : 1 ha 80 a 50 a et une légende sur laquelle Peut-on déguster la Romanée-Conti à l’aveugle ? Non. Peut-on recracher la Romanée-Conti ? Non. Faut-il décrire la Romanée-Conti ? Peut-être. Mais comment pourrais-je traduire cette essence de vin, presque impalpable, ces parfums qui s’ouvrent tels des éventails, cette magie où par la grâce d’un vin, d’un temps, d’une vibration infinie, chacun coïncide, fait corps, fait âme avec la saveur, avec le génie du lieu, capté, transformé, restitué en vagues infinies, en ondulations, en grâce pure. Oui, c’est de la magie, et ça se décrit avec quelque chose qui est peut-être au-delà des mots et des sensations. Merci Aubert de Villaine d’avoir rendu possible ce rendez-vous avec un fragment d’éternité !    
 

PS Impression de l’un des participants : 

« Nous étions quasiment aphones après cette dégustation. Difficile de mettre des mots là-dessus. Personnellement, j’avais une telle attente par rapport à cet événement que j’avais peur d’être déçu. Je suis reparti avec mes rêves intacts. Merci aussi à Jacky Rigaux que j’ai rencontré ce soir pour la première fois. Il a réussi, par son approche, sa sensibilité, à faire de cette soirée un moment intime. J’avais l’impression d’être dans la poésie pure. Parfois, les « experts » tentaient de reprendre le contrôle et de nous parler de tel ou tel paramètre (tanins, acidité, maturité, etc). J’avais l’envie de leur dire : » Taisez-vous, fermez les yeux, laissez-vous porter par ce chant liquide. Dites-nous simplement ce que ça évoque en vous, dans votre tréfonds, jusque très loin dans votre enfance, lâchez tout ! » Et puis est arrivée cette Romanée-Conti 1978 ! Un véritable élixir, d’une telle subtilité que ce n’est plus du vin. Jamais, après avoir dégusté un vin, je n’avais senti une telle empreinte : celle d’impressions et de saveurs qui me sont restées pendant quarante-huit heures au moins ! » 
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Bref dit

Vezelay, c'est une basilique enfin bon c'est presque pareil

Mercredi 7 Decembre 2011, 21:19 GMT+2 | Retour au début

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