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Jacques Perrin

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Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

A poings nommés.

Mardi 7 Fevrier 2012, 11:05 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 740 fois

Nous avons les héros que nous méritons. Parfaits. Bien éduqués, ripolinés, lisses ! Jamais d’injures, jamais d’horions (enfin presque). Finies les frasques à la Cantona ! Plus de sardines à la mer, les mouettes ont déserté le sillage des sombres chalutiers...

The Rumble in the jungle : Mohamed Ali contre Georges Foreman sur le ring de Kinshasa (Abbas/Magnum).

Prenez la pénultième rencontre Federer-Nadal à Melbourne. Un combat sans merci ? Une tectonique des cordages ?
 
Nadal est certes présenté comme le « pire ennemi «  de Federer, mais le spectacle était prévisible (26 ème affrontement tout de même !), trop bien rôdé.
 
Pour accéder vraiment à la dimension épique, il faudrait imaginer cette déclaration de Federer, la veille de l’affrontement titanesque : « J'ai eu la mâchoire explosée deux fois. Je suis méchant, j'abats des arbres et ici, en plus, je me suis battu contre un alligator. Oui, un alligator ! Je suis pire qu'un mal incurable ! Je suis le plus rapide! Hier soir, j'ai éteint la lumière, j'étais au pieu avant qu'il fasse noir. »
 
Vif, rapide, il l’est aussi, Roger, mais il ne s’appelle pas Mohamed Ali. La veille de son « combat du siècle » contre Foreman à Kinshasa en 1974, ce dernier déclare avoir mis des menottes aux éclairs. Le jour même, il danse autour de son adversaire, le sidère par toutes sortes de noms d’oiseaux, joignant le geste et la parole en une chorégraphie d’une perfection rare. « Mais qui est ce type pour oser me parler comme ça ? » tonne Foreman.
 
Les Frazier, Liston et autres ne sont pas des dentellières et les coups, bien réels. Pourtant, Mohamed Ali est habité par une forme de grâce. Ses combats, en dépit de leur violence, ressemblent à des ballets. Intuitivement, Ali avait tout compris de la façon dont se tisse la légende. A travers la rébellion, l’engagement, le destin forgé à poings nus.  Celui qui s’est  choisi un nom « Muhamed Ali » et un surnom « The Greatest », était un témoin clé de son époque avec ses bouleversements, ses affrontements et ses contradictions. La boxe comme métaphore d’une société ? Certainement. Muhamed Ali domine toujours de son ombre immense le monde du sport.
 
Quels exemples après lui ? Difficile de répondre à cette question car les temps ont changé. Les publicitaires ont pris le pouvoir et l’image est soigneusement contrôlée. Ali a connu les derniers combats, ceux que l’on dit « inutiles», y laissant sa santé. Il n’y a pas de combat de trop. Il n’y a que la vie, insaisissable, qui ne se laisse pas menotter. Le véritable héroïsme, c’est de ne jamais renoncer. Bon anniversaire, M. Ali !    
 
Article paru le samedi 3 février dans le quotidien 24 Heures 

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