Lettre ouverte à...
M. M. Monti , Président du Gouvernement d’Italie
M. L. Papademos, Président du Gouvernement de la Grèce
M. M . Draghi, Président de la Banque Centrale Européenne
M. P. Sutherland, Ancien Attorney General d’Irlande
M. O. Issing, Ancien Membre du Conseil de la Deutsche Bundesbank
M. A. Borges, Directeur FMI
M. P. Achleitner, Président du Conseil de Surveillance de la Deutsche Bank
"Messieurs,
Depuis quatre ans, l’Union Européenne souffre d’une crise financière qui ne fait qu’empirer, sans que ne se dessinent, pour y mettre fin, des solutions unanimement acceptées par tous les gouvernements des pays concernés. Pour l’instant, les propositions conflictuelles et contradictoires formulées en vue de faire face aux difficultés présentes ne peuvent qu’accroître une instabilité que redoutent les marchés financiers. Il apparaît cependant de plus en plus que toute opération destinée à redresser une situation précaire ne relèvera pas seulement de la technique financière, mais qu’elle devra s’accompagner d’une vision politique et éthique renouvelée de l‘avenir de notre continent, à défaut de laquelle celui-ci pourrait sombrer ainsi que l’enseigne l’histoire des civilisations.
Vos carrières, Messieurs, comportent deux point communs : d’une part, vous assumez tous actuellement de très grandes responsabilités dans la tragédie que nous vivons et, d’autre part, vous avez été associés, à des titres et moments divers, à une institution sévèrement critiquée, « La Banque Goldman Sachs » de New-York, signe de grande intelligence dans la stratégie de recrutement, le cas échéant protectrice, de cette institution. Les activités de cette dernière ont fait récemment l’objet d’une enquête aux Etats-Unis d’un comité présidé par le Sénateur Carl Levin, enquête qui a mis en évidences des actions pour le moins discutables, si ce n’est plus, de votre employeur. La justice américaine donnera-t-elle suite à l’investigation sénatoriale, en dépit du fait que le département du Trésor des Etats-Unis, quelle que soit la tendance du gouvernement, a toujours été proche, voire très proche, de cette banque ? C’est son problème.
En Europe, Goldman Sachs a permis au gouvernement grec de camoufler une dette atteignant progressivement 350 milliards d’Euros qui, malgré des annonces prématurées de règlement partiel, deviendra une bombe à retardement pour toute l’Europe. La banque intéressée a bien tenté de minimiser une action qu’elle n’a sans doute pu conduire qu’avec le concours d’un gouvernement corrompu ; peu importe : elle a aidé à tricher vis-à-vis de l’UE. Entre parenthèses, on peut se demander comment les autorités de Bruxelles n’ont pas été à même de déceler, il y a déjà plusieurs années, un montant aussi élevé. Je suis prêt à croire que la plupart d’entre vous ne porte aucune responsabilité dans les turpitudes de la banque incriminée. En revanche, vous ne pouvez sans autre rejeter le fait que votre présence en son sein lui donnait une crédibilité à la mesure de votre autorité ; afin d’éviter toute confusion, je pense qu’il serait bon, eu égard à la situation dramatique de la Grèce, que vous condamniez publiquement et sans appel les agissements indélicats de Goldman Sachs dans ce pays. Ce serait un premier pas dans la direction d’un retour à une morale faisant cruellement défaut à ce jour et, de surcroît, une incitation à l‘ouverture d’une procédure judiciaire par les autorités de Bruxelles.
L’abandon d’une partie des créances bancaires envers la Grèce, détenues par des banques européennes, qui semblait acquis il y a peu de temps, est, apparemment, remis en question. Ne serait-il pas opportun que Goldman Sachs soit invitée à contribuer, à titre compensatoire en raison de ses fautes, pour un montant comparable à celui de l’ensemble des banques européennes, à la réduction de la dette grecque ? Alors, oui, il serait possible d’envisager une dette compatible avec les ressources du pays et, surtout, d’affirmer que la justice considère les faits sans tenir compte de la situation de ceux qui les ont provoqués, contrairement à ce que prétend malheureusement le grand Jean de La Fontaine.
Je vous prie de croire, Messieurs, à l’assurance de ma très haute considération."
Prof. Hon. Jean-Louis Juvet
Dr H.C. Ancien administrateur principal de l’OCDE, ancien directeur général d’un organisme professionnel dans l’Union Européenne
PS. Cette Lettre ouverte du Professeur Jean-Louis Juvet pose des questions d'une grande pertinence – questions que l'on évite généralement d'aborder quand on évoque la question grecque. Je la publie donc avec un vif intérêt. Merci à Jean-Louis Juvet pour cet éclairage original.
Mille Plateaux a été, dès l'origine, un blog interactif qui a abordé de nombreux sujets : le vin et la gastronomie certes, mais également la littérature, la philosophie et l'économie. Cette contribution s'inscrite donc tout à fait dans cette tendance.
Cet article a été commenté 25 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Olivier dit | Petit rappel: |
François R dit | Tout comme Olivier, |
Epiméthée dit | François R, que vient faire le poujadisme là dedans ? Quant au simplisme, on ne sait pas très bien de quel côté il se trouve. Ne pêchons pas par angélisme. Cette histoire est compliquée et les Grecs ont leur part de responsabilité dans l’affaire. Cela dit, les rapports troubles qu’a entretenus G/S avec la Grèce depuis 2001 sont une réalité. G/S a aidé la Grèce à rendre ses comptes présentables en pratiquant du swap de devises très astucieux. Et dès 2009, G/S a joué sur plusieurs tableaux, rassurant d’un côté les marchés à travers des falsifications comptables, encaissant des commissions substantielles pour le prix de cette cosmétique, ce qui ne l’empêchait pas de spéculer, par ailleurs, sur une faillite possible de la Grèce… Et où sont aujourd’hui certains des stratèges de G/S ? On est toujours le naïf de quelqu’un d’autre… |
Olivier dit | @Epiméthée: |
Candide dit | Si ce n'était "GS", ce serait un autre. |
Olivier dit | @ Candide: Ben j'ai bien l'impression que le peuple grecque à troqué Héraclite et les autres anciens pour s'adonner au sport national favori: comment faire pour ne pas payer d'impôts... |
Candide dit | Pensez-vous que la situation dramatique dans laquelle se trouve le peuple grec résulte de sa réticence à payer des impôts ? |
Armand dit | Que Goldman ait la maladie de Sachs, ne devrait étonner personne vu que les "sciences" économiques relèvent plus de la psychologie que d'une science exacte. |
François R dit | Epiméthée, |
Candide dit | François R, |
François R dit | Candide, |
Candide dit | J'évoque l'incidence d'acteurs économiques qui ont la tentation, ce n'est pas nouveau, d'échapper à tout contrôle et, ça l'est davantage, provoquent, par la spéculation (comment justifier la spéculation sur le soja, par exemple ?) des bouleversements qui dictent à des états démocratiques (ou non) leur conduite. |
Candide dit | Les hedge funds ne sont pas si étrangers au sujet posé |
Olivier dit | @Candide: sur le rôle des Hedge funds dans la crise, de Paulson et GS un livre bien plus intéressant: |
Candide dit | Le Crédit Agricole ? |
Candide dit | Merci de votre avis sur le livre, je vais me le procurer. |
Epiméthée dit | François R |
Candie dit | Gauchissement léger, poujadisation, d'un fragment d'Héraclite, pour amuser François R à propos des impôts qui, comme chacun le mesure, doivent être faciles à lever et toucher le plus grand nombre, pour ne jamais combler tout à fait aucun déficit creusé par d'autres: |
Bingo dit | Le communisme est mort a-t-on pu dire de ne pas avoir su calculer des coûts de production, le capitalisme mourra-t-il de en pas avoir su mesurer la solvabilité de ses emprunteurs, c'est la question. mais comme je viens de lire qu'aucun économiste n'a, à ce jour été capable d'expliquer comment le prêt à intérêt pouvait fonctionner ou comment 100 peut donner 104 on se dit que le seul capitaliste sérieux était Madoff, un gars qui emprunte en sachant qu'il ne remboursera pas, tout le reste est du pipeau |
Bercyfox dit | Bingo ? un jeu peu répandu par nos contrées; |
Olivier dit | @Epiméthée et Candie: |
Candie dit | Le coup du référendum ? Je ne sais pas. Ce doit être un bon moyen de trancher des questions importantes en cas de crise, mais ce n'est pas un moyen de gouverner; ça ne peut pas se substituer à la démocratie représentative que nous connaissons, ni singer la démocratie directe que nous avons oubliée. Puis ça me rappelle cette blague: quelle est la couleur du drapeau français ? Répondez par oui ou par non |
Mauss dit | "quelle est la couleur du drapeau français ? Répondez par oui ou par non" : |
Candie@ dit | |
Frs dit | " À cette heure matinale, l’endroit offrait un calme, certes précaire, mais pour l’instant, propice à la réflexion. Naturellement il n’était pas dans l’intention du jeune homme de réfléchir encore sur la pérennité de la bêtise humaine, ni vitupérer les minables dirigeants de ce monde, tous ces sujets étant depuis longtemps épuisés et ne méritant aucune nouvelle critique plus approfondie. " |




























