Deux jours de mise en bouche au Château La Dauphine. Deux jours d’un vrai printemps qui démarre en beauté, au milieu de ces paysages virgiliens du fronsadais. Comme si le temps s’était arrêté, ou coulait plus doucement, sans jamais rien figer. Deux jours passés à déguster les 2008 du Cercle Rive Droite en compagnie du Grand Jury. Et puis…
Et puis, je retrouve ces mêmes vins, et d’autres, dimanche, avec le millésime 2011. A Barde-Haut tout d’abord, où je croise l’ami Bettane, venu prendre la température, vaguement effrayé par ce conclave de dégustateurs, les lèvres fuligineuses, dos voûté, face à leur écran d’ordinateur, tous attachés à cette quête sans fin, traduire en mots et surtout en notes, les impressions délivrées par ces centaines d’instantanés défilant devant eux, telles de fugaces apparitions.

A la Grappe ensuite. A Plaisance enfin, où Chantal et Gérard Perse ont organisé une verticale des 15 derniers millésimes de Pavie. Tout le monde est là. Même Michel Rolland, venu avec son livre sous le bras, comme M. Jourdain « Un livre en quarante ans, ce n’est pas trop, non ? » Voir
ici. A table, plus tard, une jolie rencontre avec Pierre Arditi, vif, léger et facétieux. Vrai amateur de vins de surcroît. Si jamais les vins suisses se cherchent un ambassadeur, il est tout trouvé : » Messieurs les journalistes, c’est incroyable : nous ne serions que deux à cette table à connaître les vins de Nicolas Bonnet ? Ne me dites pas que vous ne connaissez pas les vins de Nicolas Bonnet à Genève ? » Un Yquem 1947 en point d’orgue d’une soirée etchebestienne. Quelques étoiles froufroutent dans la nuit. Les brumes matinales s’accrochent à la confluence de l’Isle et de la Dordogne. Et c’est déjà un nouveau jour qui commence.

Il y a même des dégustateurs qui savent détonner à Bordeaux. Sur la photo : Alessandro Masnaghetti d'Oenogea, auteur d'une nouvelle carte des Crus classés du Médoc que je vous recommande vivement et, à ses heures perdues, fan des Ramones.
Alors, il est comment ce millésime ? Après 150 vins, je vais pouvoir commencer à déchiffrer les contours de l’année. Dont l’appréciation – faut-il le rappeler – est déterminée autant par les qualités intrinsèques de l’année que l’image et les attentes que s’en font les différents acteurs de ce grand théâtre qu’est la scène des Primeurs. Sur ce plan-là, on manie volontiers ici la langue de bois. Nombreux sont ceux qui admettent que 2011 a été une année compliquée. Presque plus nombreux encore sont ceux qui, après avoir guetté sur votre visage un signe de contentement, susurrent que, tout compte fait, ce météorite a frôlé l’exceptionnel.
Ici aussi, un des grands vins du millésime...
« It’s a serious wine !", affirme doctement de son côté Alexandre Thienpont au Vieux Château Certan. Puis, il ajoute : « le beau pied n’a rien donné dans ce millésime, ce sont les chats maigres qui ont fait le millésime, ceux qui ont tenu, tenu, très longtemps. Et c’est le grand retour des cabernets francs à VCC ! » Le sourire qui se lit sur son visage est légitime : Vieux Château Certan est un des grands vins du millésime. Même si dans le secteur on compte de belles réussites, tout n’est pas du même acabit en 2011, vous verrez…