Horizontale de Châteauneuf-du-Pape 2009.

Dans les vignes, le tri a été ramené au strict minimum et les vendanges se sont déroulées en toute sérénité, laissant à chaque vigneron la liberté d'organiser ses chantiers de récolte au mieux. Les pluies survenues courant septembre n'ont en rien affecté le bon avancement des vendanges, qui ont débuté fin août et se sont terminées début octobre. D'un point de vue quantitatif, la récolte est peu élevée avec des rendements moyens estimés entre 28 et 30 hectolitres par hectare. Les fermentations se sont déroulées dans de bonnes conditions et les derniers décuvages ont eu lieu début novembre. Aujourd’hui en bouteilles pour la majorité d’entre eux, les vins se goûtent plutôt bien. Et nous avons pu en déguster une jolie sélection (forcément subjective) comme suit.

Pierre André : premier nez nuancé évoquant les fruits rouges, la pivoine, les agrumes puis évoluant vers de notes plus « sombres » de poivre noir et de zan. Belle richesse de matière sur l’attaque, développant ensuite une trame ronde, savoureuse et sans aucun excès de chaleur. Très beaux tanins, finement poudrés et veloutés. Stylistiquement proche du Charvin, voilà un cru de très vieilles vignes abouti, produit par un domaine discret.
Cros de la Mûre : le nez se présente sur un profil déconcertant avec des notes d’acétate d’éthyle et une acidité volatile sensible, sur les deux bouteilles dégustées. La bouche délivre, à l’attaque, une sensation polissée, puis un fruit qui bascule vers des notes confiturées rejoignant les arômes du nez. Difficile de juger ce cru en l’état.

« Tradition » - Bois de Boursan : notes de cuir, de musc, d’herbes sèches. Il est sur son versant animal. Le vin n’est pas en place ce jour-là et le côté perlant gêne sa dégustation au palais. Mais comme nous l’avons dégusté de bien meilleure manière et à diverses reprises, il n’y a aucun souci à se faire.
Clos des Papes : nez profond et riche sur les fruits noirs, la réglisse, le kirsch et des nuances toastées/grillées. Bouche structurée, riche, tendant vers une certaine opulence. Tanins gras, veloutés, un poil « sucrailleux », assez massif à ce stade mais très crémeux. On pourrait lui reprocher aujourd’hui un côté un peu lourd, mais les éléments sont là pour le porter vers la garde et retrouver, avec le temps, la finesse nécessaire.
Château de Beaucastel : nez mûr, précis mais un peu « simple », évoquant le caramel, la cannelle, les épices et le bonbon arlequin. Comme l’a parfaitement résumé un participant, nous voilà en présence d’un « vin d’attaque ». En effet, si la prise en bouche est plutôt plaisante, la matière semble faire défaut avec une légèreté dans l’allonge qui tend presque à la maigreur compte tenu des origines. Impression mitigée sur ce cru ce jour là.

Le Vieux Donjon : nez retenu, distillant quelques notes de cassis, de graphite, de cuir frais (mais pas de sensation phénolée) avec une légère acescence. Bouche réservée, peut-être un peu stricte à ce stade avec des tanins puissants, serrés, austères et terriens. Finale chaude. Dans le plus pur style traditionnel, c’est finalement le lendemain de la dégustation qu’il se livrera le mieux. Il aura donc sans doute besoin de temps.
Domaine de Ferrand : nez très « grenache », puissant, solaire, avec des parfums de cerise noire, d’herbes sèches, d’épices et de cacao amer. On aurait pu s’attendre à une bouche confite, mais la matière est équilibrée par une belle structure. Avec ses tanins bien présents, le vin a de la mâche et s’appuie sur un grain précis. Vin complet, chaud mais sans excès, qui devrait gagner à vieillir.

« Chaupin » - La Janasse : nez puissant avec des notes de fruits noirs, puis d’intenses arômes mentholés, truffés, toastés et cacaotés. La matière est massive dés l’attaque, dévoilant une forme d’opulence tannique. Trame riche, plus large que longue à ce stade et marquée de quelques notes d’élevage. On perçoit également une légère amertume en fin de bouche. Vin puissant, dans le style « maison », qui aura besoin de temps pour se nuancer.
« Vieilles Vignes » - Domaine de Villeneuve : expression « nature » avec des arômes tirant sur le végétal, un fruité framboisé et hélas aussi une touche d’évent. L’attaque est marquée par du gaz carbonique, ce qui confère à la bouche un coté croquant, presque juteux et ciselé. Mais la finale montre un vin apparemment fragile.
« Vieilles Vignes » - La Janasse : par rapport à la cuvée Chaupin, le nez est empreint d’un boisé plus appuyé, sans se dénuer toutefois d’une certaine forme de finesse : notes truffées, toastées et épicées. Bouche doucereuse, voluptueuse, caressante, avec une impression charnue et une forme de sucrosité. Un vin large d’épaules, opulent, dont les aficionados apprécieront la netteté et le style caractéristique ! A laisser vieillir impérativement.
Article écrit en collaboration - et avec la participation - de Nicolas Bon, que nous remercions par ailleurs vivement pour l’animation de cette très belle dégustation.
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Laurentg dit | 2009 moins torride que 2007 ? |
Nicolas Bon dit | En terme de climat, peut-être pas, mais en terme d’équilibre dans les vins, certainement ! |
Laurentg dit | Merci, Nicolas, |
Nicolas Herbin dit | Oui largement Laurent, largement. |
Mauss dit | Comme d'hab, des vins de chasseurs, mais là, soyons magnanime, des chasseurs travaillant au Purdey |
Nicolas Herbin dit | Pas tous François, pas tous. Tu serais surpris... |
Mauss dit | Je ne demande que ça |
Nicolas Herbin dit | |
Laurentg dit | Châteauneuf est tout de même un territoire magistral pour produire (en nombre) des vins capiteux, complexes, de garde ... |





























