BIENVENUE SUR Le Blog de Jacques perrin
RECHERCHE
Accueil> Des vins en liberté > Diversité et grandeur du Clos de Vougeot.
Jacques Perrin

Le Blog de Jacques perrin

Il n'y a pas d'autobiographie : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie, c'est la revivre autrement, selon d'autres perspectives. Destins croisés. Rencontres. Instantanés. Territoires du goût. Archipels à explorer.

Diversité et grandeur du Clos de Vougeot.

Vendredi 1 Juin 2012, 18:40 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2198 fois
50 ha 59 et une cinquantaine de propriétaires, le Clos de Vougeot, un des emblèmes de la grande Bourgogne, était à l’honneur récemment à l’Ecole du Vin avec une soirée animée par Jacky Rigaux.
Le morcellement de ce qui, à l’origine, était une entité pose toujours la question des styles de vins qui y sont produits...
Jacky Rigaux et le Mémoire de Dom Denise, moine cistercien. "S'il n'y avait qu'un livre à posséder sur la Bourgogne,
ce serait celui-ci!"
 
Partie haute, partie médiane, partie basse en composent les premiers étages mais la ligne de partage passe également par un clivage entre l’est et l’ouest, la partie basse côté Chambolle étant plus intéressante dans son expression. Sans parler de la fameuse ligne de faille géologique qui traverse le Clos dans sa partie inférieure.
 
Jacky Rigaux a rappelé que c’est le seul grand cru d’un seul tenant dont la frontière, marquée par la RN74, passe abruptement du grand cru à l’étage le plus bas de la hiérarchie qualitative : Bourgogne passetoutgrain. Le domaine de la Vougeraie qui y possède des vignes, juste de l’autre côté de la Nationale, y produit une cuvée de gamay appelée « En Bollery Terres d’en face ».
Quand l’abbaye de Cîteaux fut créée en 1098, quatre obscurs donateurs ont cédé aux moines des terres situées dans les bas du futur Clos « pour le remède de leurs âmes et celles de leurs prédécesseurs. » Heureux temps où le legs de terres incultes vous sauvait tout en assurant, peut-être, le bonheur des générations futures !
 
Par ajouts successifs, et grâce à l’esprit entreprenant des cisterciens, le Clos va s’agrandir progressivement et on estime, sans en être totalement certain, que sa forme actuelle date du 12ème siècle. Le mur d’enceinte, date en revanche du 13ème siècle et la dernière acquisition de la part des cisterciens remonte à 1336. A cette époque seuls les climats du haut de l’appellation Clos de Vougeot plantés en vignes. 
 
Ainsi le Clos de Vougeot rassemble un certain nombre de cantons ou climats. Et ce n’est pas un hasard si les cisterciens vont inventer le plus grand clos du Moyen Age : ils ont, rappelle Jacky, toute la main d’œuvre nécessaire, les frères convers, qui sont en quelque sorte des serfs.
 
Selon Jean-François Bazin, auteur d’un livre sur le Clos de Vougeot, en regroupant ces climats, les cisterciens opèrent en quelque sorte la première dérive bordelaise en terre bourguignonne. Ils développent la notion de château avec un premier vin, le grand vin, un deuxième vin et, sans doute, un troisième vin. Selon les climats, on parle d’ailleurs, à l’intérieur du Clos, de terroir pontifical (Musigni, Chioures, Grand Maupertuis, etc.), de terroir royal (Dix journaux, Baudes) ou de terroir monacal.
Les vins dégustés
 
Clos de Vougeot 1996 Domaine Anne Gros « Le Grand Maupertui »
Robe un peu évoluée. Nez sur des notes de musc, truffe, ambre, épices orientales, puis nuances balsamiques et brûlées. Très belle signature olfactive, complexe. Le corps porte l’empreinte du millésime, tonique, porté par une fraîcheur vibrante. Il conserve une petite pointe d’austérité dans le tanin et finit très sapide mais un peu effilé.
 
Clos de Vougeot 1996 Domaine Jean-Jacques Confuron
Robe plus évoluée que celle du précédent. Notes florales mêlées de notes plus « terriennes ». Bouche sphérique, avec une chair confortable et un beau volume de bouche. Plus enveloppé que le précédent mais avec moins d’éclat. Légère amertume finale dans la tanicité.

Clos de Vougeot 2002 Christophe Perrot-Minot
De la finesse au nez, malgré un boisé encore assez présent. Quelques notes un peu animales à l’ouverture. Entrée en bouche caressante. Très joli dessin de bouche, pur. C’est le vin le plus fin, le moins terrien de cette série.  
Jacky Rigaux rappelle les paroles d’H. Jayer à un jeune viticulteur : “tu cherches trop à bien faire. Il faudrait qu’en vinification, tu laisses davantage le raisin prendre sa trajectoire”.
Clos de Vougeot 2007 Château de la Tour « Vieilles vignes »
Robe un peu plus claire (vendange entière). Premier nez très boisé. Entrée en bouche souple, évasée. Corps généreux, à la texture superbe, expansive, vin très sphérique, avec du volume. Complexe, notes de réglisse, fruits légèrement confits et rose fanée. Texture expansive. Grand vin. Très belles notes épicées en finale. Cette superbe cuvée est une isolation parcellaire d’une vigne plantée en 1910. Elle est située dans le cœur du Clos.
 
Clos de Vougeot 2007 Domaine Chantal Lescure
Beaucoup plus jeune que le précédent dans sa couleur et dans son expression aromatique. Beau fruit, sur des notes de petits fruits rouges, de cerise. Bonne tonicité avec un tanin un tout petit peu ferme même si certains dégustateurs lui trouvent un caractère confit, trop mûr. Moins “terroir” que le précédent. Situé dans la partie haute (sic !) des Montiotes Basses.
 
Clos de Vougeot 2007  Domaine Louis Jadot
C’est le deuxième plus gros propriétaire sur le Clos de Vougeot (avec plusieurs parcelles et près de 2 ha)
Nez intense, notes un peu exotiques d’agrumes, de baies des bois. Beaucoup de finesse en bouche, très ciselé pour un 2007, élancé, belle densité, assise tannique assez ferme mais racée.  Très belle forme en bouche, Un peu moins charnu que le Clos Vougeot de Mortet  mais on a une belle dimension minérale sur la finale. Finale persistante. Il a un côté ascendant.  
 
Clos de Vougeot 2007 Domaine Denis Mortet
C’est le premier millésime où Arnaud est seul aux commandes. Couleur sombre. Premier nez caractérisé par des notes fumées et boisées. Fruit très mûr, sur la cerise. Bouche suave, d’une belle densité. Texture généreuse et noble tanin réglissé. La plupart des dégustateurs ont préféré le Clos de Vougeot de Mortet à celui de Jadot, « un vin qui séduit alors que le vin de Jadot me touche… » conclut Jacky Rigaux.

Clos de Vougeot 2009 Domaine Faiveley
Jolie robe. Nez expressif, précis, avec une bonne intégration du bois. Ensemble réussi, équilibré mais qui souffre un peu de la comparaison avec le vin suivant.

Clos de Vougeot 2009 Domaine Confuron Cotetidot  
Belle robe soutenue. Nez complexe. Très belles notes épicées, florales. Bouche ample, racée, ascendante. Très beau vin à la finale complexe. Beaucoup de fraîcheur et de race sur ce vin. Un des vins de la soirée avec juste la petite pointe d’austérité qu’il faut. C’est un vin qui trace longuement.
 
Clos de Vougeot 2009 Domaine Méo Camuzet « Près le Cellier »
On est très près ici de la roche-mère du Musigny, plus affleurante, dans les Chioures, que dans le Grand Maupertuis. Pour des raisons bien compréhensibles, Jean-Nicolas Méo-Camuzet a préféré renoncer au nom de ce climat au profit d'un toponyme de fantaisie. Robe soutenue, très jeune. Le vin le plus moderne dans sa vision. Complet. Ensemble de très grande classe. Vision très moderne et très aboutie. Un vin très maîtrisé. Un chef-d’œuvre dans son style.
 
Photos (Jacky Rigaux et vins) : Serge Pulfer 
Lire d'autres articles de la rubrique

Cet article a été commenté 6 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

Merci pour ces analyses détaillées.

Vins dégustés dans cet ordre ?

Lundi 4 Juin 2012, 13:21 GMT+2 | Retour au début

Nicolas Herbin dit

Oui.

Grand coup de coeur perso pour le Confuron Cotetidot.

Lundi 4 Juin 2012, 13:28 GMT+2 | Retour au début

Vendange entière conférant une fraîcheur appropriée ?

Lundi 4 Juin 2012, 13:50 GMT+2 | Retour au début

Nicolas Herbin dit

Oui, et parfums envoutants, et tanins succulents.

On le boirait dès aujourd'hui, mais je suis sûr que dans 20 ans il sera encore top.

Lundi 4 Juin 2012, 15:56 GMT+2 | Retour au début

Bettane dit

Et Jean Pierre Confuron, frère d'Yves était en charge dans le 2007 du château de la Tour, vendanges entières aussi et même philosophie du pinot (maturité,cuvaison et élevage) que dans le domaine familial.

Mardi 5 Juin 2012, 16:59 GMT+2 | Retour au début

Nicolas Herbin dit

Et le vin est très bon aussi mais plus "rentré" et un peu moins "tactile" à ce stade. Mais c'est pur, profond et corsé, très précis, ça décline du pétale de rose dans le fond du verre comme on aime. On devine un vrai coureur de fond.

Mardi 5 Juin 2012, 17:11 GMT+2 | Retour au début