Naissance d’un grand vin.
Mercredi 13 Juin 2012, 18:46 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2224 fois
Allez, on ne va pas barguigner ! Commençons par dire tout le bien qu’on en pense : voici un ambitieux projet qui a commencé il y a six ans déjà, au vignoble. La cave a surgi l’an dernier, alignant les toupies en un temps record. Elle n’est pas encore finie, mais avec ses 5000 m2, elle en impose. On prend les paris ? Terres des Amoureuses sera le prochain kif des vins de la région et, même, de plus loin...

Jean-Michel Novelle, domaine du Colombier, mardi 12 juin.
Tout y est ! Un terroir intéressant constitué par une mosaïque de parcelles (77 sur 58 ha) ; une équipe cosmopolite, encadrée par un œnologue, Jean-Michel Novelle, qui n’est ni tiède ni frileux, simplement intransigeant ; la passion d’un homme qui dispose de quelques moyens : Jean-Pierre Bedel, PDG du groupe Fabemi (800 collaborateurs). Bref, l’exigence du meilleur. Ajoutons-y une touche de folie ou de grâce (c’est selon…), comme si toutes les fées amoureuses s’étaient penchées tout à coup sur ce projet pour en permettre la gestation.
Rien ne se fait sans émotion. David Cobbold n’a pas caché la sienne à l’issue de la première présentation officielle des vins de Terres des Amoureuses. «Les mots me manquent, a-t-il déclaré, c’est tellement rare d’assister à la naissance d’un grand vin ! »

Assisté par Claudia Gomez et Christine Basson, les deux œnologues du domaine, Jean-Michel Novelle, qui intervient ici en tant que consultant, a présenté les 2011 des Terres Amoureuses. Deux rosés en bouteilles, Loverose et Rosé Vintage, deux blancs et six rouges encore en élevage.
Les rosés se distinguent par leur équilibre et leur pureté aromatique. Le premier, issu de grenache, séduit par ses notes florales et poivrées, alors que le second (Vintage), plus complexe, est un vrai rosé de bouche, « qui irait bien avec un homard » comme l’a décrit Guy Jullien (la Beaugravière à Mondragon).
Trois blancs pour suivre, une marsanne, une roussanne et un viognier, tirés au fût. Deux d’entre eux (ou les trois ?) seront sans doute bientôt assemblés pour donner naissance à un quatrième blanc. On admire pour l’instant la générosité de la marsanne, la très grande race de la roussanne, issue d’une parcelle calcaire en altitude (380 m) et l’envolée fastueuse du viognier avec ses notes de verveine, de citron et sa touche épicée (safran).
Place aux rouges ! Avec une série de trois grenaches. Dotés les trois d’une couleur incroyable, ils impressionnnent par leur vinosité et leur richesse de constitution. Le deuxième, notamment, m’a scotché : toucher de bouche magique, arômes ébouriffants, tanicité subtile, sur l’infusion, et superbe envolée finale. En principe, je ne note pas les vins en cours d’élevage (sauf les Bordeaux primeurs hélas !), mais s’il fallait lui donner une note, elle se situerait dans une fourchette de 92-95 !

C'est un peu le milieu du monde ici...
La découverte se poursuit avec une syrah atramentaire qui, si besoin était, vient rappeler que Bourg Saint-Andéol n’est qu’à quelques encâblures de Tain l’Hermitage ! C’est un peu le milieu du monde ici et les cépages d’origine septentrionale donnent la réplique aux « méridionaux » avec un égal bonheur.
Preuve en est l’incroyable carignan et le magistral mourvèdre qui suivent ! Des vins d’une rare plénitude de saveurs, imposants et élégants à la fois, qui, comme pour les blancs, donneront sans doute naissance à un grand vin d’assemblage. De quoi tenter déjà une esquisse dans mon coin. Une base de grenache et de mourvèdre, un zeste de syrah, un autre de carignan, ça vous rappelle quelque chose ? Moi si ! Le tout était déjà meilleur que la somme des parties ! Mais, chut ! Pour la suite, rendez-vous en juillet !
La liberté a-t-elle un prix ? Ces Terres des Amoureuses sont frondeuses. Théoriquement, les vins produits ici pourraient bénéficier de l’AOC Côtes du Rhône mais ils ont été volontairement déclassés en Vin de Pays de Méditerranée. Pourquoi ? Pour plus de liberté précisément ! Le décret de l’AOC impose notamment un mode de conduite de la vigne en cordon permanent. Jean-Michel Novelle a choisi de transformer l’intégralité du vignoble en taille Guyot, avec palissage sur fil de fer. Pour des raisons pratiques, liées notamment à une vendange mécanisée (complétée au cuvier par un tri densimétrique) mais aussi pour un meilleur état d’équilibre de la vigne, surtout en ce qui concerne le trajet de sève et la répartition de la surface foliaire. Ceux qui connaissent Jean-Michel Novelle n’ignorent rien de son caractère iconoclaste. Et ce dernier de rompre une lance contre le caractère figé des AOC « : On ne peut pas faire ces vins-là dans les AOC. Aujourd’hui, le système des appellations, à part la Bourgogne, est révolu ! »

Une chose est certaine. Même si elle vient d’être initiée, l’aventure de Terres des Amoureuse a déjà valeur d’exemple. Elle devrait susciter dans la région, et bien au-delà, une émulation ! Petit souvenir personnel. Je suis arrivé ici pour la première fois en avril 1985 au volant d’une camionnette. Je venais charger une cinquantaine de cartons d’un vin qui s’appellait alors Domaine des Amoureuses. Le propriétaire de l’époque s’appelait Alain Grangaud et le vin était destiné aux premiers clients d’un petit Club qui venait de naître, le Club des Amateurs de Vins Exquis ! En 2009, Alain Grangaud a pris sa retraite et a vendu le domaine des Amoureuses à M. Bredel. Celui-ci s’est lancé dans ce projet avec fougue, passion et détermination. L’aventure continue ! Elle est hors normes. Comme toute aventure

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Nicolas Herbin dit | Jacques, vous revenez avec des échantillons ? |




























