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Jacques Perrin

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Verticale de Côte Rôtie « Maison Rouge » du domaine Vernay

Lundi 6 Mai 2013, 17:27 GMT+2Par Jacques PerrinCet article a été lu 2422 fois

On doit à la personnalité de la famille Vernay la renaissance du Condrieu. Rappellons que, au début des années 1950, il restait moins de 10 ha de l’appellation en production, soit un vingtième environ de la surface actuelle.

Aujourd’hui, c’est Christine Vernay et son mari, Paul Ansellem, qui dirigent ce domaine de 20 ha situé à Condrieu même. Le Coteau du Vernon et les Chaillées de l’Enfer sont reconnus, grâce notamment à la vision et à la ténacité de Georges, le père de Christine, comme les fers de lance de l’appellation Condrieu.

Christine Vernay et Paul Ansellem (photo domaine Vernay) 

Un peu moins connus, les rouges sont au même niveau d’excellence. Christine Vernay (troisième génération) s’est en effet beaucoup investie sur les rouges, depuis son premier millésime, en 1997.  Comme elle le dit elle-même  :

"je me suis autorisée peut-être un regard plus neuf sur les rouges, et j'avais sans doute plus de liberté sur les rouges. Les rouges, c'était l'occasion d'une signature par rapport aux blancs. »

 

Maison Rouge : c'est la première vigne de Georges Vernay en Côte Rôtie, une vieille vigne acquise autour de 1970. C'est un coteau au sud de l'appellation. A partir de 1996, Christine, a eu l’intuition du potentiel de ce terroir et a donc isolé cette parcelle sur Tupin-et-Semons. C’est un des seuls terroirs monocru revendiqué comme tel  sur la partie sud de l’appellation. Originellement, la parcelle, située sur terroir granitique, couvrait une surface de 1 ha. En 2011,  la maison Georges Vernay a eu l’occasion d’acheter 2 ha supplémentaires de Maison Rouge.

Cette dégustation – une première dans l’histoire du domaine – fut passionnante de part en part, car elle a révélé l’aptitude de ce terroir à produire de grandes Côte Rôtie et mis en exergue la quête qualitative du couple Vernay-Ansellem qui privilégient la finesse et la fraîcheur à de vins plus tonitruants et massifs. 

Côte Rôtie Maison Rouge 1997

Christine Vernay : "année plutôt chaude et sur des vendanges assez tardives. Eté indien. Etat sanitaire qui était bon.

Nez sur les épices, le poivre blanc, les notes balsamiques, les fleur séchées, la truffe. A l’évolution,  note un peu plus animale. Belle entrée en bouche, avec une agréable tension qui contrebalance la richesse naturelle du millésime. C'est un vin très continu, actuellement dans son épanouissement." 

Côte Rôtie Maison Rouge 1998

Christine Vernay : "petite récolte, gel au printemps, jolie acidités."

La robe est proche de celle du 1997. Nez d'une belle intensité. Epices, café, truffe. Très belle bouche, trame serrée, caractère séveux.  Ensemble frais, tonique. Très beau vin malgré une légère fermeté dans le tanin.

 

Côte Rôtie Maison Rouge 2000

Christine Vernay : "millésime plus précoce, vendangé vers le 20 septembre :ce n'est pas un millésime qui a marqué la décennie. 30 % de bois neuf sur ces trois vins. En 1997, il y avait peut-être un élevage un tout petit peu moins long." 

Nez discret. La forme en bouche est différente de celle précédent. C'est un vin de texture, de forme sphérique, belle chair centrale mais il manque un tout petit peu de trame. 

Côte Rôtie Maison Rouge 2002

Christine Vernay : "c'est une trilogie particulière avec des extrêmes, parapluie d'abord, puis chaise-longue. 2002 : millésime de souffrance, très pluvieux. Comme 2003 et comme 2008." 

Nez sur des notes boisées, plus florales, violette, moyennement complexe. Jolie bouche, sur la fraîcheur, un peu effilée, tendue, stricte. Le travail accompli ici a porté ses fruits et ce vin, littéralement sauvé des eaux, tient son rang. 

Côte Rôtie Maison Rouge 2003

Christine Vernay : "vendanges au mois d'août, le 28. Compliqué le 2003, c'était des raisins cuits et pas forcément mûrs. C'est un millésime qui reste comme ça, suspendu dans le temps. Je suis allée voir mon père pour avoir des références. Il m'a dit : "fais ce que tu penses devoir faire, car je n'ai jamais vu un millésime pareil". Je réagis toujours avec le ressenti. En goûtant les raisins confits, je ne trouvais pas ça très intéressant, le dessus du cake, un peu cramé, j'ai donc tout trié. En blanc, j'ai fait la même chose. Au mois de décembre, j'ai goûté et j'ai eu l'impression de chocolat, puis le fruit est un peu revenu." 

On est sur des notes très chaleureuses, vanillées, les épices ressortent à l'ouverture. La bouche est contradictoire par rapport à ce que laisse présager le nez,  avec une forme d'austérité aromatique. Notes grillées, thé, tabac, cacao. Finale d'une agréable persistance. C’est quand même un très bon 2003 dans un millésime difficile à gérer.   

Côte Rôtie Maison Rouge 2004

Christine Vernay : "ce n’est pas un grand millésime, c'est un millésime d'équilibre que j'aime bien. Je revendique ces millésimes (2002, 2003, 2044). Je suis vraiment ravie sur ces millésimes."  

Le plus joli nez des trois. Encore du fruit, des épices. Avec une agréable densité de fruit. La bouche est droite, serrée, dotée d’une très jolie trame. C'est un vin qui a de la reprise dès le milieu de bouche et qui finit assez persistant. Le tanin est plutôt fin, juteux. 

Côte Rôtie Maison Rouge 2005

Christine Vernay : "sur cette trilogie, on est un peu plus homogène par rapport à la précédente. millésimes assez classiques."

Robe sombre. Nez dense, racé, beaucoup de finesse. Entrée en bouche précise, corps serré, magnifique trame, le tanin est séveux, long, ciselé.  Magnifique finale avec un rétro-olfaction de grande classe. Un modèle de grande Côte Rôtie même si, actuellement, il est un peu janséniste, strict.  Entendu parmi les dégustateurs présents : "Je suis curieux de savoir ce qu'il va devenir dans 5 à 6 ans."

 

Côte Rôtie Maison Rouge 2006

La prise de bois est plus marquée sur ce vin avec un côté un peu vanillé, boisé.  Entrée en bouche souple, un peu moins de continuité et de consistance dans la texture, il est plus saccadé dans son rythme, moins harmonieux, jolie pulpe pourtant. Finale avec une légère pointe alcooleuse. 

Côte Rôtie Maison Rouge 2007

Robe sombre. Grand nez, complexe, sur les épices, les fruits mûrs, légèrement rôtis, la vanille. Ensemble fastueux, plus baroque que classique. Grande texture, presque opulente mais avec une très belle fraîcheur préservée. Il finit très réglissé, sensuel. 

Côte Rôtie Maison Rouge 2008

Christine Vernay :   "de la pluie, pas de maturité et départ en pourriture, le dilemme du vigneron, qu'est-ce que je fais ? J'ai joué, j'ai trié, on a enlevé tous les pourris, qu'on a sortis de la vigne. Et on a effeuillé, en priant pour que le soleil revienne. J'ai pu vendanger beaucoup plus tard et j'ai pu avoir des maturités très honorables." 

Jolie robe. Nez sur le bois, les épices, notes de fruits rouges. Léger côté mentholé. Très fin profil aromatique, même si un peu linéaire. Attaque poivrée, bouche fine, ciselée, avec de la fraîcheur, belle tonicité. Encore un millésime de rédemption ! 

 

Côte Rôtie Maison Rouge 2009 

Christine Vernay : "c'est le millésime solaire, chaud, on a vendangé tard." 

Notes vanillées, fruits mûrs, épices. Belle attaque, évasée, volume généreux, corps ample.Les tanins sont suaves, très jolie finale, caressante, c'est délicieux, d'une buvabilité immédiate. C'est un vin très charnu, d'une grande texture, sensuel.  

Côte Rôtie Maison Rouge 2010

Christine Vernay : "millésime un peu plus froid. Vendanges éraflées mais pas foulées. Moi je travaille doucement sur l'extraction, je ne chauffe pas. Macérations de 3 à 4 semaines. Une chose encore : la Maison Rouge est 100 % syrah. "

Robe sombre. Le nez est  encore sur la réserve mais la complexité est là. Belle entrée en bouche, assez tendue, corps dense, assez solaire dans sa texture mais sous-tendue par une très belle acidité. Très longue finale. Beaucoup d'énergie sur ce vin. Grande race. A mettre en cave ! 

Merci à Christine et à Paul pour leur présence, leur disponibilité et bravo pour la qualité d’ensemble des vins présentés !  

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Ouvert une maison rouge 2004 il y a 2 ans environ.
Je craignais (sur la base de la rencontre de millésimes précédents) un vin un peu alourdi par l'élevage.

Il n'en fut rien et nous avons apprécié une superbe syrah, fruitée, florale, épicée, fine et fraîche ...

Mardi 7 Mai 2013, 23:11 GMT+2 | Retour au début