Son écriture semble toujours sur le point de s’effacer, comme traces d’oiseaux sur le sable : non par défaut, mais par excès d’acuité.
Proposée le 21 Nov 2012 par Jacques Perrin
Je vous écris d’un pays lointain. Les chevelures des femmes de Douchanbé ont des feux aussi sombres que le vin d’Homère. Qui vient de Kaboul, la ville des femmes sans visage, en est bouleversé. Michaux est-il un jour passé par ici ? Je ne me souviens pas, je ne crois pas. J’essaie de rassembler quelques images. La distance où je suis suscite d’abord le voyageur : pas l’amateur d’exotisme qu’il ne fut jamais, mais celui qui sans trêve brouille les pistes, celui qui ne laisse pas d’adresse, abandonne les demeures aux demeurés, le sans feu ni lieu, le cosmopolite. Cela commence, jeune homme, sur le quai d’un port du Nord. Son écriture semble toujours sur le point de s’effacer, comme traces d’oiseaux sur le sable : non par défaut, mais par excès d’acuité. Ni photo, ni Pléiade, il ne voulait rien qui enferme, qui pèse ou qui pose, il est cet être paradoxal et admirable, cette chimère : un révolutionnaire discret. Il est encore un maître de bizarrerie, et même de drôlerie. Ceux qui ne voient pas l’humour de Michaux, qu’ils aillent manger de la tarte à la compote de boulons. Que ferions nous face aux imbéciles, aux importants, aux importuns, s’il ne nous avait légué ces armes secrètes que sont la séance de sac et la mitrailleuse à gifles ? Il est l’insaisissable, le très libre, l’incongru, l’ironique, aussi le très douloureux, celui qui est né troué, dont les mots fulgurants disent les soubresauts de l’animal de lin sous les coups de ciseaux du malheur. Deux images pour finir, aux




























