Quelque chose s'est passé et j'ai écrit ça...
Proposée le 18 Jan 2012 par Perrin
Quelque chose a dû se passer, et les premières mûres sont déjà mûres, les échelles sont appuyées contre les arbres fruitiers, toute l'étendue du paysage est illuminée par le bleu des prunes, les noix pendent dans les arbres qui bougent, le jaune du figuier se prolonge sur la tige de ses feuilles et continue, lumineux, à glisser à l'intérieur du vert profond, et le bruit des feuilles de maïs dans le vent rappelle celui des moulins d'enfant, quelque chose s'est passé et j'ai écrit ça avec des doigts tout tâchés de mûres.
Peter Handke
Une femme toute seule, faisant jouer avec ostentation ses hanches...
Proposée le 25 Aou 2011 par Jacques Perrin
La plage entièrement déserte de l’heure du dîner, au moment où le crépuscule s’assombrit. Très grande, élancée, très bien faite, les cheveux dénoués, les bras nus, la taille serrée dans une de ces longues jupes de gitane aux bandes biaises qui sont à la mode cette année et qui traînent fastueusement sur le sable, une femme toute seule, faisant jouer avec ostentation ses hanches l’une après l’autre et renversant parfois le visage d’un mouvement voluptueux du cou, s’avance vers la mer à pas très lents, avec la démarche théâtralissime d’une cantatrice qui marche vers la rampe pour l’aria du troisième acte. Il y avait dans ce jeu du seul mimé devant l’étendue vide une impudeur tellement déployée qu’elle en devenait envoûtante ; aucun miroir au monde, on le sentait, aucun amant n’eût pu suffire à une telle gloutonnerie narcissique : elle marchait pour la mer.
Julien Gracq, Lettrines 2
Je crois bien que je ne dormis jamais...
Proposée le 31 Juil 2011 par Jacques Perrin
Nous étions très jeunes. Cette année-là, je crois bien que je ne dormis jamais. Mais j’avais un ami qui dormait encore moins que moi, et certains matins, on le voyait déjà se promener devant la gare à l’heure où arrivent et partent les premiers trains.
Cesare Pavese, Le Bel Eté