Qu’il faut quatre-vingts jours pour monter à l’Annapurna et à son sommet voir la lumière...
Proposée le 21 Jan 2013 par Jacques Perrin
Nous vivons dans un monde de l’effort. Il s’agit, quelle qu’en soit la difficulté, de réussir dans l’entreprise, de devenir un capitaine d’industrie, d’inventer une famille, de lui acheter une résidence secondaire, de faire du saut à l’élastique pendant les vacances. On propose jour après jour à notre vénération les sportifs, ces incarnations de l’effort. Effort, effort, effort, l’effort est vénéré. Sauf en littérature, où il devient tout de suite scandaleux. On est prêt à admettre qu’il faut quatre-vingts jours pour monter à l’Annapurna et à son sommet voir la lumière, et on ne l’accepte pas pour les chefs-d’œuvre.
Charles Dantzig, A propos des chefs-d'œuvre
La nouvelle inconcevable que Rome est tombée...
Proposée le 27 Dec 2012 par Jacques Perrin
Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d’un obturateur dans la lumière de l’été, la main fine d’une jeune femme fatiguée, posée sur celle de son grand-père, ou la voile carrée d’un navire qui entre dans le port d’Hippone, portant avec lui, depuis l’Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée.
Jérôme Ferrari, le sermon sur la chute de Rome
Tiens, voilà des mondes qui disparaissent...
Proposée le 7 Sep 2012 par Jacques Perrin
Quelques étoiles filantes glissèrent tout à coup, décrivant sur le ciel comme la parabole d'une monstrueuse fusée.
— Tiens, dit Bouvard, voilà des mondes qui disparaissent.
Pécuchet reprit :
— Si le nôtre, à son tour, faisait la cabriole, les citoyens des étoiles ne seraient pas plus émus que nous ne le sommes maintenant. De pareilles idées vous renfoncent l'orgueil.
— Quel est le but de tout cela ?
— Peut-être qu'il n'y a pas de but.
— Cependant...
Et Pécuchet répéta deux ou trois fois cependant, sans trouver rien de plus à dire.
Flaubert, Bouvard et Pécuchet