Qui à cet instant meurt ici ou là
Proposée le 13 Sep 2011 par Jacques Perrin
Qui à cet instant pleure ici ou là dans le monde,
Sans raison pleure dans le monde
pleure sur moi.
Qui à cet instant rit ici ou là dans la nuit,
Sans raison rit dans la nuit
rit de moi.
Qui à cet instant se lève ici ou là dans le monde,
Sans raison se lève dans le monde
vient vers moi.
Qui à cet instant meurt ici ou là dans le monde,
sans raison meurt dans le monde
me regarde.
Rainer Maria Rilke
A une femme qui se penche vers lui, il demande...
Proposée le 12 Oct 2010 par Jacques perrin
Quelqu'un, vêtu de soie blanche, admet qu'il ne peut s'éveiller; car il est éveillé, et c'est bien la réalité qui le trouble. Alors il se réfugie craintivement dans le rêve et il s'isole dans le parc, le parc ténébreux. La fête est loin. La lumière est un mensonge. La nuit le serre de près et le glace. À une femme qui se penche vers lui, il demande :
— Est-ce la nuit ?
Rainer Maria Rilke, Le Chant d'amour et de mort du cornette Christoph Rilke
Si je reste trop longtemps sans t'appeler, tu te diras : pas possible ! ce type est mort
Proposée le 22 Sep 2010 par Jacques Perrin
- J'oublie à chaque fois. Sur la carte que je te donne il n'y a pas mon adresse personnelle. Ça me fait penser que pendant tout ce temps, toi, tu n'as pas changé d'adresse, c'est étonnant...
Comme il commençait à fouiller dans la poche intérieure de son veston alors que le taxi l'attendait déjà, je l'arrêtai :
- Laisse, ce sera pour la prochaine fois. Tu pourras me rappeler quand tu veux.
Et il me dit alors cette chose étrange :
- Oui, et si je reste trop longtemps sans t'appeler, tu te diras : pas possible ! ce type est mort. Oui, c'est une bonne idée. On n'y est pas encore mais pas loin, vois-tu, petit à petit, on y arrive.
(...)
On peut vivre sous la menace et, en même temps, dans un temps grappillé. Il me sembla que l'odeur qu'il laissait derrière lui était déjà une odeur d'hôpital.
Puis un matin, en rêve, au moment où je m'éveillais, Sugaïke se tourna vers moi en disant :
C'est bien comme ça. Tu te diras : voilà, ce type est peut-être mort. Mais tu n'iras pas pour autant prendre au fond du tiroir ma carte de visite et téléphoner à mon travail pour t'en assurer. Mort ou vif, tu serais bien embarrassé pour répondre. Et alors, petit à petit, ça devient pour toi comme si tu fréquentais un mort.
Yoshikichi Furui, Les cheveux blancs.