Nous avons adoré tous les dieux possibles...
Proposée le 25 Dec 2011 par Jacques Perrin
Nous sommes du Sud, des gens nés face aux plus belles plages de la terre, avec des cheminées et des raffineries en bord de mer et du pétrole entartré sur le sable. Nous avons en commun des yeux noirs de fiertés gaspillées, des cortèges de veuves sous le soleil à pic de midi, une morsure donnée à la tête du poulpe et un gril sismique qui hache notre sommeil et nous fait vivre avec une valise au pied du lit. Nous avons adoré tous les dieux possibles et puis nous avons déchiré tous les rites au nom du dieu unique (…). A présent, nous portons le joug de l’unique tyrannie digne de nous, celle des cieux. C’est ce que nous avons en commun nous, cordes immergées de la Méditerranée.
Erri de Luca, Essais de réponse
Nous sommes nés de l'agonie d'une étoile...
Proposée le 22 Aou 2009 par Jacques perrin
Le rythme de la mer
est
dans nos corps et nous invente.
Notre chant vient de leurs vagues.
Nous perdrons ce que nos sens découvrent
mais jamais nous
ne pourrons perdre la mer.
Nous sommes nés de l’agonie d’une étoile.
Qui sommes-nous ? Qui sommes-nous ?
dans le passé
dans le futur
faisant la guérilla dans le soleil
là où se consument
les rêves du monde...
Où allons-nous ? Où ?
Armand Gatti
Mamm'Emilia
Proposée le 13 Nov 2008 par Armand
En toi j'ai été album en, oeuf, poisson
les ères sans limites de la terre
j'ai traversé ton placenta
hors de toi je suis compté en jours.
en toi je suis passé de cellule en squelette
un million de fois je me suis agrandi,
hors de toi l'accroissement à été immensément mineur.
Je suis éclos de ta plénitude
sans te laisser vide parce que le vide
je l'ai emporté avec moi.
Je suis venu nu, tu m'as couvert
ainsi j'ai appris nudité et pudeur
le lait et son absence.
Tu m'as mis en bouche tous les mots
par cuillerées, sauf un: maman
celui-là le fils s'invente en battant ses deux lèvres
celui-là le fils l'enseigne.
De toi j'ai pris les mots de mon lieu,
les chansons, les injures, les blasphèmes,
de toi j'ai écouté mon premier livre
derrière la fièvre de la scarlatine.
Je t'ai aidé à vomir, à cuire les pizzas
à écrire une lettre, à allumer un feu,
à finir tes mots croisés, je t'ai versé du vin
et j'ai taché la table,
je ne t'ai pas mis de petit-fils sur les genoux
je ne t'ai pas fait frapper à une prison
pas encore,
de toi j'ai appris le deuil et l'heure où y mettre fin,
je ressemble à ton père, à ton frère,
je n'ai pas été ton fils.
De toi j'ai pris les yeux clairs
pas leur poids
à toi j'ai tout caché.
J'ai promis de brûler ton corps
de ne pas le donner à la terre.
Je te donnerai au feu
frère du volcan qui orientait notre sommeil.
Je te répandrai dans l'air après l'averse
à l'heure de l'arc-en-ciel
qui te faisait ouvrir grand les yeux
Erri de Luca