Elle avait derrière elle l'éternité, ou presque, qui était sa jeunesse...
Proposée le 10 Aou 2011 par Jacques Perrin
L’humanité n’allait pas vers l’éternité, elle voulait l’accélération du temps. Elle avait derrière elle l’éternité, ou presque, qui était sa jeunesse, animée par des mouvements extrêmement lents et des transformations imperceptibles qui pourtant n’altéraient pas sa substance. Une éternité, ou presque, dans laquelle les hommes avaient produit les mêmes choses, pendant des siècles et des millénaires. (…) Dès lors le monde, tout au moins celui dans lequel elle avait grandi, s’était lancé dans une course effrénée contre le temps qui lui aussi s’était emballé : l’accélération passait par la technique, mais c’était une accélération sans fin. Le monde était soumis aux mêmes lois que celles des individus : la première année de vie semblait recouvrir une durée infinie, la deuxième un peu moins déjà.
Antonella Moscati, L’Eternité ou presque.
Eh bien, ça ne finit pas.
Proposée le 16 Jan 2010 par Jacques Perrin
De bien des façons, la continuation de la vie est une mort vivante. Nous sommes hantés par les fantômes de nos amours passées. Par le pays que nous avons quitté. Par la religion de notre père. Les visages de nos parents apparaissent dans les miroirs. Nos joues se dessèchent sur leurs os. Nous grondons nos enfants avec leurs gestes, à la fois celui qui hante et celui qui est hanté. Mon fils dit « Oh merde » en m’imitant parfaitement. Mes yeux, ceux de ma mère, regardent dans son jeune visage. Un jour, écrira-t-il sur moi ? Je ne suis pas contre la viande froide le soir. Et en ouvrant le frigo, j’entends, très distinctement, les mots mêmes de mon père. Je les ai peut-être prononcés moi-même. Il me semble parfois qu’il existe une étrange distance entre la personne que je sens être et la vie que je mène. La mort nous guérira-t-elle de cela ? « Tout est bien qui s’achève », dit Robert Lowell de façon lapidaire. Eh bien, ça ne finit pas.
Tim Parks, Adultère et autres diversions
Le premier qui touche ma part, je le tue...
Proposée le 6 Sep 2009 par Jacques perrin
Autour d’elle ça fait : » Oh ma chérie, comme tu es belle » et vas-y que ça minaude et ça éclate de rire à peu près tous les mètres, des gens ravis de se voir, bruyants. Plein de vieux, assez survoltés dans l’ensemble. « Nooon ? Tu ne connais pas machin machin ? Viens vite par là que je te présente. » Ils ne s’aiment pas. Ils bâfrent tous du même gâteau alors il faut qu’ils se côtoient, mais ils n’ont rien d’autre en commun que cette volonté de profiter, ni humour, ni religion, ni conviction, ni origines. Rien de rassemblant et qui fait qu’on aime être ensemble. Ils se retrouvent là par obligation, hostiles et mal à l’aise. Mais restent vigilants au pactole : le premier qui touche ma part, je le tue.
Virginie Despentes, Les jolies choses