Une vision de beauté lointaine et violente...
Proposée le 11 Jan 2012 par Jacques Perrin
Baveuse à souhait, l’omelette. Et le vin, ah le vin ! Imaginez un velours d’un grenat subtilement moiré, quelque chose de caressant et de robuste, une vision de beauté lointaine et violente, eh bien oui, la châtelaine de Vergy, le bouquet de ses amours perdues, le souvenir d’un baiser pulpeux et secret, tout cela qui, je le confesse, tient de la poésie la moins digne d’estime, tout cela s’empare de moi dans cet estaminet sordide, et la boulangère-épicière-coiffeuse, que je ne reconnais plus dans la pénombre, me chuchote à l’oreille, d’une voix suavement rajeunie, que le philtre que je goûte, c’est un Morey des Monts luisants.
Jean-Claude Pirotte, Un rêve en Lotharingie
Là où vous trouvez sur la terre le point juste entre ses différents éléments...
Proposée le 15 Juil 2011 par Jacques Perrin
Pourvu que le vin garde sa vérité, le Valais gardera sa noblesse. Il faut d’abord du beau raisin, beaucoup de temps et un grand savoir naturel, une grande expérience orientée vers le naturel. Je ferai l’éloge de notre sol, lequel porte les meilleures vignes du monde. Je vous dirai d’une haleine : Là où vous trouvez sur la terre le point juste entre ses différents éléments, la note de plus haute plénitude, variété des époques, des fonds et intensités du mariage : sol, soleil, argile, sable, calcaire qui aiguise le parfum des plantes et le dur granit pointillé de noir, ces éclats de silex réchauffeur de mottes ; là où tout l’été la vieille boue glaciaire brûle et où dès le balbutiant décembre, la neige répand partout son absolution, là où règne petite pluie et grande lumière, dans la plus vive robustesse des pays tempérés, des pays à nuits fraîches et à jours ardents guettant l’automne sans brouillard ; dans la chimie la plus délicate des substances, des saisons, des fibres de la roche ensoleillée et des sucs souterrains, surplombant ce torrent-taureau le Rhône, là où dans le monde il y a la plus grande santé en tout, poussent nos vignes,vient notre vin.
Maurice Chappaz, Journal intime d’un pays.
On ne peut vivre debout que si l'on est perpétuellement tendu entre la terre et le cosmos...
Il me semble que la pensée occidentale, qu’elle soit religieuse ou philosophique, s’est bâtie autour de deux éléments sacrés : le vin et les étoiles. On boit, on regarde le cosmos et on invente la Bible, la pensée dialectique, la géométrie, l’amour du prochain, le Graal, le roman moderne. On ne peut vivre debout que si l’on est perpétuellement tendu entre la terre et le cosmos. Perdre ces deux liens c’est redevenir des singes. Aujourd’hui, on ne voit plus les étoiles à cause des lumières des villes. Voilà qu’on nous propose de tous boire le même vin. On a le droit de dire NON, parfois ?
Joan Sfar