Un quart de siècle de grands Beaujolais !
A l’instar de nombreux vignobles européens historiques, la vigne est cultivée dans cette région depuis des temps reculés, sans doute depuis Jules César et ses légions. Le Beaujolais viticole occupe aujourd’hui plus de 20'000 hectares, et représentera en 2009 moins d’un million d’hectolitres de vin, une tendance à la baisse. Il commence au nord avec le val d’Azergues et le charmant village de Chasselas, et descend jusqu’à la commune de L’Arbresle, où l’atmosphère lyonnaise se fait déjà sentir.
Tout le monde ou presque connaît l’histoire de Philippe le Hardi, Duc de Bourgogne, qui bannit en 1395 des vignobles de son duché le « Gaamez déloyal », celui qui donnait en abondance un vin « de très grande et horrible âpreté », « plein de très grande et horrible amertume ». Rien moins ! Mais il n’avait probablement pas tort, car l’adéquation du cépage avec les sols argilo-calcaires et le climat bourguignon n’est sans doute pas idéale. Bien heureusement, le « banni » trouva terre d’élection plus au sud, sur les granits et schistes beaujolais, et là le mariage fut heureux !


Chez Cédric et Michel Chignard, une triplette de Moriers passionnante. Une cuvée Spéciale 2006 (élevage prolongé, 18 mois, mise "PMG", sans filtration) de beau style, enlevée, déjà élégante, intégrant bien sa barrique, avec en dote un superbe potentiel. La version 2000 était légèrement plus marquée par le fût dans l’arôme et la saveur, mais que ne chipote-t-on pas, c'était déjà très beau. Et Enfin, le 1999 avait gardé la densité du 2006, lui adjoignant l’apaisement du 2000. Une "douceur dense" difficile à cracher. Un grand coup de cœur. Et quels merveilleux vignerons que les Chignard !
De Bernard Striffling, nous dégustâmes une doublette de Morgon vieilles vignes des Charmes, issus d’années antagonistes, mais intéressantes à comparer : 2004, ô combien difficile, limité par le climat, mais ayant au moins le mérite d’être allé au maximum de la maturité possible, avec une certaine finesse qui est la patte du secteur Charmes. En 2003, le monde change pour davantage de confit, la précision du vin n’est pas grande mais on apprécie tout de même sa franchise dans la construction et le caractère granitique du tanin.
Avec les Côte-du-Py de Jean-Marc Burgaud, des quadruplés à l’air de famille furieusement reconnaissable, et en même temps différents : un 2003 sur des notes de gratin de griotte et de fraise épicée, à la fraicheur et sapidité tout droit sortie du Py, sa terre nourricière. Un des plus grands 2003 beaujolais que je connaisse. Le 2000 peut être légèrement en manque de pureté, en tout cas sur ce magnum. Un gros 1999, musclé, opulent, Py de bout en bout, et surtout encore loin du bout ! Et un 1995 aujourd’hui prêt à boire, bien marqué par son origine, en attente de la volaille et de la poêlée de champignons d’automne qui saura le révéler !
De la cave du domaine Jean Georges, Franck avait tiré 3 vins. Un Chénas 2003 aussi baroque que l’année peut l’être : pensez dont, une vigne grêlée et triée plus tard avec pénibilité, des degrés naturels dépassant les 15, et au final une bouteille plus proche dans le type d’un vin du Nord des Côtes du Rhône que de Chénas. Certes on en boirait pas tous les jours, mais quel caractère. Les 1947 vinifiés par Jules Chauvet avaient-ils cette figure là dès leur naissance ? Le moulin-à-vent 1995, issu de plusieurs lieux-dits sur Chénas, brillait plus par sa finesse que sa densité, mais le 1990 tenait très bien son rang, délivrant l’habituelle ampleur et le fondu des beaux vins de la commune à maturité. A point.



La conclusion sera simple : merci à tous les merveilleux vignerons qui ont fait et continuent de faire ces vins qui sont l’honneur du beaujolais, et servent les plus grands terroirs locaux. Finis les complexes, avec des telles bouteilles on est au sommet de ce qui fait la force du vin se réclamant conforme à une origine : une singularité, une âme, un caractère propre, une gueule !
Cet article a été commenté 32 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas
Nonsolodivino dit | Merci Nicolas de nous faire découvrir cette région assez méconnu chez nous et chez les italiens. Ici on pense encore que les vins du Beaujolais sont les Beaujolais nouveaux ... |
Nicolas Herbin dit | Stefano, |
Laurentg dit | Superbe ! |
Laurentg dit | Série de Beaujolais 2003 - 11/10/04 : |
Nicolas Bon dit | A l'aveugle ou pas Laurent? À mon avis, cela change les choses, surtout lorsque l'on est un peu réfractaire à la région. |
Nicolas Herbin dit | Le Docteur m'a dit à la fin de la dégustation : |
Nonsolodivino dit | Oui c'est le Morgon Côte-du-Py 2007 de Jean-Marc Burgaud |
Laurentg dit | Nicolas (Bon), |
Nicolas Herbin dit | Stefano, |
Mauss dit | Des vieux millésimes du temps des grandes heures ! |
Nicolas Herbin dit | François, on ira les voir, et ils te feront gouter des "vénérables" qui te botteront, j'en fais le pari ! |
Laurentg dit | Nicolas, |
Nicolas Herbin dit | Superbe en 2005, très belle en 2007. Vin de temps, ne pas être pressé... |
Alfredo dit | Et pour Laurentg passetoutgrain : |
Laurentg dit | Alfredo, |
Paul dit | Merci Nicolas de mettre en avant ces vins que comme toi j'adore, tu le fais avec la passion et une certaine excellence que certains te reprocheront toujours. C'est le revers jaloux de la médaille. |
Paul dit | François, les grandes heures, c'est pour bientôt. |
Mauss dit | Paul : |
Nicolas Herbin dit | Je vais faire (tout) mon possible... |
Cornalin dit | Encore bravo pour cette superbe dégustation, qui fut un grand un moment d'émotion et d'érudition. J'ai plus appris sur le Beaujolais en une soirée qu'au cours de mes modestes vingt années d'oenophilie. |
Bettane dit | Et si vous saviez ce qui se prépare encore un peu en secret expérimental, mais qui est vraiment visible dans les vignes correspondantes,dans certaines caves de Romanèche, de Pontanevaux, de Fleurie, de Lantiginé, de La Roche Vineuse, de Fuissé, et j'en passe,vous pouvez préparer les mouchoirs pour consoler la bande des amateurs et des producteurs des pochtronades à la mode dans certains cercles. |
Mauss dit | C'est qu'il a une forme d'enfer notre Michel National ! |
Armand dit | Je suis pris le 20 au soir, mais le 21 je pourrais être sur place. Si ça peut se faire? |
Nicolas Herbin dit | Je savais bien qu'il allait pointer la tête... |
Laurentg dit | Nicolas, |
Nicolas Herbin dit | Laurent : |
Antoine Mantzer dit | Nicolas, n'en jetez plus...de l'autre côté du clavier on en peut plus de saliver sur ces gentillesses du beaujolais... |
Nicolas Herbin dit | Antoine, j'aime les vins de Desvignes, j'en ai en cave ! Mais Claude-Emmanuelle n'avait malheureusement plus de vieilles bouteilles pour la dégustation, ou plutôt trop peu. Je ferai d'autres dégustations, et il y aura des Desvignes ! |
Laurentg dit | Laurent Probst, qui anime le blog helvète vins-confédérés, était en famille à la maison hier soir. |
Laurentg dit | Un beau Beaujolais Villages Domaine de la vigne des Jumeaux Paul Janin VV 2006, dense, assez solaire lorgnant un peu sur le grenache (violette, cerise confite, réglisse). |
Nicolas Herbin dit | C'est du variétal de gamay mûr Laurent, vinifié sans thermo évidemment, rien à voir avec le grenache.... |
Laurentg dit | Nico, |



), je retiens la formidable série finale des moulin à vent: Jacques 94, Georges 90, Janin 90, Jacques 89 et Janin 86.
)

























